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Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

Tantur 40 ans et après ?

Cyrille David
11 février 2013
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Fêter un anniversaire, c’est s’exposer à envisager l’avenir. Lors du colloque organisé par Tantur pour son 40e anniversaire, les questions n’ont pas manqué sur le rôle que l’Institut sera amené à jouer dans le futur.

 

« Nous avons des gens (…) qui dévouent leur vie entière à l’œcuménisme. » Le recteur de Tantur ajoute : « Comment ont-ils vaincu le désespoir ? » Cette boutade souligne la force de l’esprit qui les anime. Cette énergie pour travailler à l’unité des chrétiens, on la trouve d’abord dans la rencontre entre Paul VI et les observateurs du Concile. 40 ans après, elle est encore vivante au colloque de l’Institut, en dépit des tâtonnements qu’il a connus. Alors que de nombreuses – et importantes réussites sont actées. Ces mots ont introduit une série de questions-réponses avec la salle.

Dans les années 70, Tantur est né autour d’un thème théologique : l’histoire du Salut. Des universitaires de différentes confessions venaient à Tantur pour travailler sur ce thème. Dans un esprit œcuménique de partage des ressources. Ils partageaient aussi une forme de vie commune. Pour plusieurs raisons, ce projet n’a pas fonctionné. L’Institut s’est ensuite adapté. En effet, l’époque de la fondation de Tantur, c’est aussi l’époque du développement d’un nouveau langage théologique. On parle de Dieu d’une façon nouvelle. Ainsi, deux langages théologiques se sont confrontés. Autour de l’histoire du Salut se sont cristallisés des blocages majeurs. De plus, Tantur a connu pendant ses dix premières années un certain désengagement de la communauté orthodoxe. Et une partie de l’énergie initiale a été abîmée. Par ailleurs, le thème de travail initial avait à voir avec la théologie de la libération. La théologie de la libération était la traduction dans les termes des années 60/70 de l’histoire du Salut. Or cette théologie n’est aujourd’hui plus vraiment d’actualité. Enfin, comme le précise le Père Bouwen, les universitaires qui arrivaient à Tantur venaient souvent avec dans leurs bagages des travaux personnels en cours. Ces travaux étaient pour eux plus importants que le thème commun. Ainsi, le travail autour de l’histoire du Salut a fonctionné dans les premiers temps. Puis d’autres sujets ont pris le pas.

Mutation

Le dialogue interreligieux est un de ces sujets. Pour le père Bouwen, œcuménisme et dialogue inter-religieux n’ont pas la même fin. Le premier vise l’unité visible et l’unité dans la foi. Ce qui n’est pas le but du second. Parce que ces formes de dialogue n’ont pas la même fin, des recherches œcuméniques sur la personne du Christ ne sont pas un obstacle au dialogue inter-religieux. Un bénédictin de la Dormition demanda : « L’étude de la christologie n’est-elle pas un obstacle au dialogue inter-religieux ? ». À cette question, André Birmelé, doyen de la faculté protestante de Strasbourg répondit : « Nous avons en France une faculté de théologie musulmane. (…) [Ils nous disent] « Nous ne sommes pas intéressés par ces choses générales que nous avons partout en faveur de la paix ou des bonnes relations. Nous voulons savoir ce qu’est votre foi. »

Le Père Bouwen poursuit : « le dialogue inter-religieux peut avoir des conséquences et des implications œcuméniques (…). Nous sommes aussi à la recherche d’un nouveau vocabulaire, d’une nouvelle terminologie. Comment pouvons-nous présenter les mystères chrétiens pour que les musulmans puissent – au moins – écouter ? Réaliser cela ensemble aurait un profit œcuménique. Dans l’élaboration ensemble d’un nouveau vocabulaire, nous. comme membres de différentes Églises, nous nous découvririons plus proches. »

L’Institut a aujourd’hui deux priorités selon le recteur. Il faut accomplir la vocation initiale de Tantur : l’œcuménisme et la recherche théologique universitaire. Pour cela, il faut continuer de développer les ressources de Tantur.

Il continue avec deux axes de développement : l’ouverture aux moins de 30 ans et aux Églises d’Asie et d’Afrique, « là où l’Église se développe ». D’après les échanges qui ont eu lieu, ce sont les deux défis des dix prochaines années.

La vocation de Tantur ce n’est pas la compréhension de l’histoire du Salut. C’est l’unité. Le potentiel de l’Institut œcuménique Tantur reste énorme. Il dispose d’un site et d’installations magnifiques. Et si l’on souhaitait à Tantur que son but soit atteint, que l’œcuménisme soit réalisé et qu’il ait disparu dans 40 ans ?

 

 

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