Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

Moulin, moudras-tu ?

Fanny Houvenaeghel
30 septembre 2011
email whatsapp whatsapp facebook twitter version imprimable
Moulin, moudras-tu ?

Au cœur du quartier de Yémin Moshé qui domine la route de Bethléem à la sortie de la porte de Jaffa, le moulin Montefiore pourrait bien reprendre du service. Découverte d’un monument de la ville de Jérusalem.


Moses Montefiore, philanthrope juif séfarade britannique d’origine italienne, tomba amoureux de la Terre Sainte lors de ses voyages dans le pays et décida de faire profiter ses congénères de sa fortune. Ses entreprises en ce sens étaient très diversifiées, allant de l’assistance des populations suite à des catastrophes naturelles à la mise en œuvre de projets destinés à défendre les intérêts des Juifs de Palestine.
C’est ainsi qu’en 1857 il fit construire, avec l’argent d’une donation du Juif Américain Judah Touro, un moulin à farine en face de la Vieille Ville, entre la porte de Jaffa et le mont Sion (l’actuel quartier de Yémin Moshé). Cette machine fut édifiée afin de permettre aux Juifs de venir y travailler et de se procurer de la farine. À cette époque, les Palestiniens étaient à la tête de la plupart des moulins, et il s’agissait dans l’esprit de Moses Montéfiore d’assurer l’autonomie des Juifs de Palestine.

Le moulin maudit

Pour la petite histoire, les propriétaires arabes du moulin auraient demandé à un vieil homme de jeter un sort au moulin, par jalousie pour la modernité de l’ouvrage. Succès de la malédiction ou concours de circonstances ? En tout cas, les ailes du moulin demeurent figées depuis le milieu des années 1870. Concrètement, une mauvaise exposition au vent et un défaut technique expliqueraient sa courte durée d’activité. En effet, la machine a été construite sur le modèle des moulins européens, or le blé de Terre Sainte étant plus dur, il fallait donc plus de vent pour l’écraser et en faire de la farine. De plus, la Révolution industrielle accoucha des premières machines à vapeur qui rendirent obsolètes les techniques de fonctionnement du moulin.
Plus tard, en 1948, le toit du moulin fit office de poste de tir et d’observation pour l’armée israélienne. Afin de gêner cette dernière, les Britanniques auraient alors fait sauter le toit du moulin. Il fut restauré en 1998 par la Fondation de Jérusalem (voir encadré) et abrite aujourd’hui un musée consacré à la vie de Moses Montefiore.
Liat Rosner, porte-parole de la Fondation, confie qu’un projet de remise en marche du moulin est en cours afin de rendre le site touristique plus attrayant. Il est prévu que le moulin ne fonctionne qu’avec la puissance du vent. Cependant, lors des visites scolaires et de groupes un générateur pourrait prendre le relais en cas de besoin, lorsque le vent ne sera pas assez fort pour faire tourner les ailes. Dans un but pédagogique, les visiteurs pourront assister au processus de transformation du blé en farine.

Début des travaux

Les travaux devraient commencer en août ou septembre 2012 et durer trois mois. Pour le moment, les responsables du projet fabriquent en ce moment les différents éléments nécessaires à la construction du moulin. Les pièces sont usinées en Hollande et en Angleterre, le but étant de construire une réplique authentique du moulin d’origine, monté en Angleterre. Une fois les matériaux arrivés sur place, des ingénieurs israéliens s’occuperont du montage.
Il est également question de faire des travaux d’agrandissement du musée, dont la visite est pour l’instant gratuite. La question du maintien de la gratuité suite aux innovations n’a pas encore été étudiée. Affaire à suivre pour ce qui demeure un monument historique au cœur du plus ancien quartier juif hors les murs.


Yémin Moshé

Yémin Moshé, également appelé quartier de Montéfiore, est le premier quartier Juif à avoir été construit hors des murs de la Vieille Ville.
Les premières habitations de l’actuel quartier formèrent un bloc appelé avec optimisme Mishkenot Sha’ananim, les « Demeures des Bienheureux ». Pourquoi avec optimisme ?
En fait, Moses Montéfiore fit construire cette bâtisse à cet endroit pour désengorger la Vieille Ville, grouillante et quelque peu insalubre. Cependant, les nouvelles habitations n’attirèrent pas foule, justement à cause de leur situation géographique. Autrefois en effet, vivre à l’intérieur de la Vieille Ville était considéré par les Juifs comme l’endroit le plus sûr, ces derniers redoutant de se faire attaquer en dehors des murailles. Pour mettre en confiance les destinataires, le toit du bâtiment avait même été orné de créneaux pour imiter des remparts !
Après l’épidémie de choléra en 1866 qui toucha gravement la population de la Vieille Ville de Jérusalem, le moulin et ses environs connurent un succès grandissant, jusqu’à nos jours où l’on se bat pour un lopin de terre.


La Fondation de Jérusalem

La Fondation de Jérusalem, créée en 1966, est une association se définissant comme indépendante et apolitique. Elle a pour vocation de développer et promouvoir une société moderne et ouverte à Jérusalem en répondant aux besoins culturels, artistiques, éducatifs et sociaux de la ville. Ses fonds proviennent de dons de différents partenaires mondiaux, dont l’Union Européenne. Trois millions de shekels (environ 59 000 euros) furent nécessaires pour la restauration du moulin en 1998. Le budget prévu pour les innovations est à ce jour impossible à obtenir !

 

Dernière mise à jour: 31/12/2023 15:15

Marie-Armelle Beaulieu

Les migrants témoins de la foi

Marie-Armelle Beaulieu

Bonne année !

Magdala, les premiers chrétiens de Galilée
Sofia Sainz de Aja

Magdala, les premiers chrétiens de Galilée

Témoin de la naissance des premières communautés chrétiennes, la ville de Magdala, située sur la rive occidentale du lac de Tibériade nous révèle, plus de deux mille ans plus tard, d’importantes traces de la vie au temps de Jésus.

La Magdala Franciscaine
Sofia Sainz de Aja

La Magdala Franciscaine

La pierre, de la septième synagogue
Propos recueillis par Sofia Sainz de Aja

La pierre, de la septième synagogue

Novembre 2009, l’équipe du Ministère des Antiquités met à jour les restes d’une synagogue du Ier siècle après J.-C. sur le terrain où les Légionnaires du Christ commençaient à construire le Centre Magdala. Quadrangulaire, entourée d’un mur de pierres et équipée de deux bancs, la synagogue s’est révélée être un trésor. Et pour cause, une pierre au caractère unique mise à jour au sein de la synagogue. Le responsable des fouilles à cette époque, l’archéologue Arfan Najar, explique l’importance de cette découverte.

Les autres catholiques de Terre Sainte
Sofia Sainz de Aja

Les autres catholiques de Terre Sainte

Avec le durcissement du conflit israélo-palestinien, une nouvelle population de travailleurs est venue remplacer la main d’oeuvre palestinienne en Israël. Ils seraient 200 000 travailleurs étrangers et la plupart seraient chrétiens. Une réalité nouvelle à prendre en compte pour l’Église locale.

L’économie palestinienne et le « danger chinois »
Giuseppe Caffuli

L’économie palestinienne et le « danger chinois »

Aux difficultés endémiques générées par la situation politique, l’économie des Territoires palestiniens (notamment) doit lutter de plus en plus contre les effets de la mondialisation.

Jérusalem Mamelouk
Sofia Sainz de Aja

Jérusalem Mamelouk