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Le cardinal Martini s’en est allé vers la Jérusalem Céleste

Giampiero Sandionigi
31 août 2012
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Le cardinal Martini s’en est allé vers la Jérusalem Céleste
Le cardinal Martini conversant à Jérusalem avec le Ministre général de l'Ordre des Frères Mineurs, frère José Rodriguez Carballo, en 2003. © E. Bermejo

Vendredi 31 août après midi, le cardinal Carlo Maria Martini, archevêque émérite de Milan, éminent bibliste très proche de la Terre Sainte et de son peuple, un homme de profonde spiritualité s’en est allé vers la Jérusalem céleste. Le frère Pierbattista Pizzaballa, Custode de Terre Sainte, revient sur le lien qui attachait le cardinal à Jérusalem.


(Milan) – Le cardinal Carlo Maria Martini est décédé à l’infirmerie de la maison des Jésuites de Gallarate (Varese), Italie, où il vivait depuis 2008. Cette année-là, la détérioration de son état de santé et l’avancée de la maladie de Parkinson l’avait forcé à quitter Jérusalem. Nous avons demandé au Custode de Terre Sainte, Pierbattista Pizzaballa, son souvenir personnel de Martini.

De la fin de l’année 2002 au printemps 2008, le cardinal Carlo Maria Martini, archevêque émérite de Milan, a séjourné à Jérusalem jusqu’à ce que l’aggravation de son état de santé ne l’oblige à retourner en Italie. Les chrétiens de Terre Sainte ont-ils été témoins de cette période, la présence du Cardinal était-elle connue ? A-t-il participé à la vie ecclésiale locale ?
Le cardinal Martini avait fait un choix clair. Il était à la retraite. Il ne participait pas aux réunions publiques de quelle que nature que ce soit, à de rares exceptions près. Il ne prenait pas non plus part aux fêtes liturgiques, à l’exception de la Semaine Sainte. Nous savions, en revanche, qu’il aimait passer quelques jours ou des périodes plus longues dans certains lieux saints (comme le Tabor), mais personne n’a vraiment remarqué sa présence. C’était un choix délibéré, principalement pour des raisons personnelles, mais je pense qu’il ne voulait être un obstacle pour personne. Il savait que sa présence pourrait peser, malgré lui, dans certaines circonstances. Avec les chefs des Églises, il entretenait des relations amicales. Nous nous rencontrions surtout dans des circonstances formelles et institutionnelles.

Avez-vous des souvenirs personnels à son sujet? Y avait-il des relations entre les frères de la Custodie et le Cardinal Martini? Si oui, comment se sont-elles manifestées ?
Je n’ai pas beaucoup de souvenirs de cette époque, parce que, comme je l’ai dit, le cardinal menait une vie assez isolée. Je n’ai eu avec lui que quelques rencontres personnelles, lorsque j’ai été confronté à certaines questions, personnelles ou ecclésiales. J’ai apprécié sa sincérité et sa simplicité dans les réponses.
Ses relations avec les frères de la Custodie passaient par des rencontres dans les Lieux Saints. Les sacristains des différents sanctuaires, en particulier ceux de Jérusalem, le connaissait. Parfois, lorsque nous allions célébrer,  et que nous voulions prendre de beaux vêtements sacerdotaux, les sacristains commentaient avec désinvolture: «Ce sont ceux du cardinal ».Se référant à ses passages habituels et familiers, au point de laisser là ses habits personnels, qui ont ensuite été offerts au sanctuaire. C’est ce genre de signes qui nous faisait découvrir sa familiarité avec les lieux saints et avec les frères en service.
Au Tabor, un de ses endroits préférés, les frères lui avaient réservé et aménagé une chambre. Les lits était petits et lui était grand, mais ils avaient trouvé une solution dont je bénéficie à mon tour.

Pendant son épiscopat à Milan, Mgr Martini a été très apprécié par les Juifs pour sa contribution au dialogue entre juifs et catholiques, peut-être à cause de sa relation personnelle et de sa connaissance de l’Écriture Sainte. A-t-il continué à œuvrer dans ce sens à  Jérusalem?
C’était peut-être le seul domaine dans lequel le cardinal s’est investit dans les réalités locales. Les Juifs l’aimaient et réciproquement. À l’Université hébraïque, il était à la maison. Il y a tenu plusieurs conférences et reçu de nombreuses récompenses. Certains de ses livres ont été traduits en hébreu. Il était considéré comme l’un des promoteurs du dialogue avec Israël, un ami de confiance. Nous devrions lui être reconnaissants, en particulier nous à Jérusalem, parce qu’il a accepté de se laissé aimer par les Israéliens, dans ce pays et dans cette ville, où la peur d’être étiqueté paralyse souvent nos efforts. Il ne s’en est jamais soucié. Il aimait et se laissait aimer, librement, sans blesser personne.

A Jérusalem Martini  continuait de rencontrer des pèlerins italiens ou invitait les pèlerins à visiter la Terre Sainte. Il conseillait de venir avec un esprit ouvert, sans parti pris mais en essayant d’écouter et d’observer. Il a proposé un chemin de la prière d’intercession. Pour un chrétien, est-ce un moyen plausible ou anachronique aujourd’hui en Israël / Palestine?
C’est la seule réponse possible. Il n’y a pas d’autre moyen. La politique ou les politiques ont le souffle, malheureusement, le plus souvent trop court. La prière et l’intercession sont la manière typiquement chrétienne d’être dans le combat (Luc 22, 44: « Il est entré dans le combat, il priait plus instamment, et sa sueur devint comme de grosses gouttes de sang qui tombaient à terre»). Voilà ce que nous enseigne la vie à Jérusalem.

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