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Abdallah II de Jordanie officiellement protecteur de l’Esplanade des mosquées

Cyrille David
5 avril 2013
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Abdallah II de Jordanie officiellement protecteur de l’Esplanade des mosquées
© Nati Shohat/Flash90

Un accord a été signé, dimanche dernier à Amman, entre le roi Abdallah II de Jordanie et Mahmoud Abbas, Président de l’Autorité palestinienne. Il confirme "la protection historique de la Jordanie sur les lieux saints musulmans et chrétiens de Jérusalem."


(Jérusalem/ c.d.)  – Un accord a été signé, dimanche dernier à Amman, entre le roi Abdallah II de Jordanie et Mahmoud Abbas, Président de l’Autorité palestinienne. Il confirme  » la protection historique de la Jordanie sur les lieux saints musulmans et chrétiens de Jérusalem.  « 

 » La raison principale (de cet accord) est de permettre à la Jordanie de défendre sur la plan judiciaire des lieux saints musulmans, en particulier la mosquée d’al Aqsa, directement menacée par Israël « , a déclaré à l’AFP un fonctionnaire jordanien. La Jordanie trouve ainsi une légitimité internationale dans sa défense des lieux saints musulmans de Jérusalem.

Ce rôle de gardien que joue la Jordanie sur les sanctuaires musulmans et chrétiens de Jérusalem était déjà reconnu par le traité de paix signé en 1994 entre Israël et la Jordanie, a rappelé le Jerusalem Post. Depuis 1924, l’émir d’abord puis le roi de Jordanie ont veillé sur les lieux saints musulmans de Jérusalem a souligné quant à lui le Jordan Times. De 1950 à 1967, la Jordanie contrôlait la vieille ville de Jérusalem qui abrite l’Esplanade des mosquées. C’est en 1967, lors de la guerre des Six jours, qu’Israël a  » réunifié « , selon sa propre terminologie, Jérusalem, tandis que le Droit international parle d’annexion.

C’est autour du Waqf qui administre l’Esplanade des mosquées, sous l’autorité du Ministère jordanien des Awaqf (œuvres religieuses), que cet accord prend forme. Cette organisation qui emploie six cents personnes utilise les dotations pour l’entretien et la restauration du site. Le Dôme du Rocher, le troisième lieu saint de l’Islam, et la mosquée al Aqsa sont situés sur une esplanade qui accueille plus de 200 000 musulmans pendant le Ramadan. L’esplanade, appelée avec respect en arabe el Haram esh Sharif (le Noble Sanctuaire), est aussi un sommet du patrimoine et de l’art islamique.

Le roi de Jordanie a financé des campagnes de restauration pour le minbar (chaire) de Saladin dans la mosquée al Aqsa ou encore pour les mosaïques millénaires du Dôme du rocher.

L’Esplanade des mosquées est aussi le point de convergence de nombreuses revendications nationales et religieuses. Certains parlent de poudrière au cœur de Jérusalem. Sur les ruines du Temple juif est bâti le Dôme du rocher, lieu saint musulman. L’armée israélienne régule les entrées et interdit aux Juifs, tout comme les Grands rabbins, de venir y prier. Ils rappellent le risque de fouler le Saint des Saints. Un espace dans lequel seul le Grand Prêtre hébreu pouvait entrer. Les incidents entre fidèles musulmans, citoyens israéliens et armée israélienne sont récurrents.

La fondation al Aqsa pour le Waqf et la préservation du patrimoine, basée en Cisjordanie, affirme que 11 000 colons, soldats et politiciens israéliens se sont introduits sur le site au cours de la seule année 2012.

 » Avec cet accord, c’est la première fois qu’un représentant du peuple palestinien reconnaît officiellement le rôle du roi Abdallah et de la Jordanie dans la protection des lieux saints de Jérusalem,  » a fait remarquer Azzam Khatib, directeur du Département de Jérusalem des Awaqf.

 » Cet accord est à la fois une nouvelle chance pour la Jordanie de concrétiser son rôle sur la scène internationale et une réalisation là où des accords passés ont échoué  » explique Sultan Hattab, chroniqueur au journal al Rai.

 » Il montre aussi que la Jordanie et l’Autorité (palestinienne) ont des solutions originales concernant la question de Jérusalem « , a ainsi estimé pour sa part le directeur du centre d’études politiques al Quds, Oraib Rintawi.

Cet accord a été signé quelques jours à peine après la visite de Barack Obama en Israël et dans les Territoires palestiniens, du 20 au 24 mars dernier. Certains observateurs voient dans le pas de la Jordanie vers les Palestiniens une reprise des négociations de paix avec un rôle accru de la Jordanie.

Chacun choisit son camp ? Cet accord fait écho à la proposition que l’émir du Qatar, le cheikh Hamad, a émise quelques jours avant la signature de l’accord jordano-palestinien. Lors de l’ouverture du sommet arabe de Doha, il a proposé la création d’un fonds d’un milliard de dollars pour  » défendre al Quds (Jérusalem) « . Son émirat contribuerait à hauteur du quart de ce fonds. En octobre dernier, lors de sa visite à Gaza, il s’était engagé à verser en projets de développement 400 millions de dollars au Hamas. Quant aux sommes promises fin 2012 à une Autorité palestinienne chroniquement au bord de l’asphyxie financière, elles sont toujours en attente. La Jordanie, modérée, se placerait ainsi derrière l’Autorité palestinienne, là où le Qatar semble avoir choisi le Hamas.

L’État d’Israël, avec la loi de Jérusalem votée en 1980 à la Knesset, a fait de Jérusalem sa  » capitale éternelle et indivisible « . De leur côté, les Palestiniens veulent que Jérusalem-Est soit la capitale de leur futur État. Cet accord entre la Jordanie et l’Autorité palestinienne resterait valable même en cas de constitution d’un État palestinien ayant Jérusalem-Est pour capitale.

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