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Shawarea Masr, une nouvelle voix pour les Cairotes

Anna Clementi
13 avril 2014
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<i>Shawarea Masr</i>, une nouvelle voix pour les Cairotes
Nader Naim récolte les informations parmi le peuple, afin que les gens puissent être entendus

Tête à tête avec Nader Naim, créateur et directeur du projet Shawarea Masr («Les rues d'Egypte »), né il y a un an pour donner au peuple un moyen de se faire entendre. À commencer par les habitants du quartier d’Abdeen, qui s’expriment sur une chaîne de télévision locale. Le but de ce projet est de faire remonter les informations d’en bas vers le haut, afin qu’elles soient entendues par ceux qui feignent de les ignorer.


«Depuis trois ans je suis sans emploi, il n’y a aucune protection sociale, aucune aide financière. Qui va me donner de quoi vivre ? »

« Dans le quartier, il y a le problème de la sécurité, et aussi celui de l’entretien. Pourquoi personne ne fait rien ? ».

«Les enfants jouent dans les rues, sans protection, sans qu’aucune activité ne soit organisée pour eux. Pourquoi devons-nous continuer à accepter ça ? »

Ainsi s’expriment les habitants d’Abdeen, un quartier du centre du Caire, dans une vidéo réalisée par Abdeen Television, à destination du nouveau responsable du quartier. Il suffit de marcher un peu dans les rues étroites de la zone, à quelques pas de la place Tahrir, et d’observer les logos et les affiches accrochés aux murs des maisons pour voir à quel point cette nouvelle chaîne de télévision locale est devenue populaire.

Dans une petite pièce, au premier étage d’une vieille maison du Caire, nous rencontrons le créateur et directeur du projet, Nader Naim. Tout en sirotant un thé à la menthe encore fumant, Nader nous raconte comment il a réussi à réaliser ce projet « d’informations par la base ».

«Je suis né et j’ai grandi ici, et je suis toujours étonné de voir à quel point la politique et les informations sont éloignées du peuple, des travailleurs, des étudiants, des mères de famille, des malades… Les politiciens locaux cherchent toujours des voies sans vraiment se soucier des besoins du peuple. Les journalistes ne descendent dans les rues que pour faire quelques interviews rapides qui confirment leurs idées. Jusqu’à présent, nous n’avions aucune chaîne de télévision qui rendait compte de ce qui se passe réellement au sein de la population ».

C’est pourquoi Nader a ressenti le besoin de créer un outil qui donne la voix à ceux qui n’en avaient pas, afin de faire participer les gens ordinaires au processus de construction sociale, politique et culturelle du pays. Le 10 mai 2013, il a lancé le projet Shawarea Masr (« Les rues d’Egypte »), aboutissant à la création d’Abdeen Television, et qui organisent des activités récréatives pour les habitants du quartier.

«Abdeen Television est un programme fait par le peuple et pour le peuple », explique Nader. « Pour chaque épisode, qui ne dure jamais plus de 5 minutes, on choisit un thème, puis on se rend dans les rues du quartier avec une caméra, pour écouter les besoins et les opinions des habitants. Chaque vidéo que nous réalisons est ensuite diffusée sur la chaîne Youtube, puis retransmise via Twitter et Facebook, mais aussi envoyée à des organisations locales et aux représentants politiques, afin qu’ils connaissent les vrais problèmes de la population».

Les sujets sont sans cesse renouvelés et suivent les changements politiques et sociaux qui ont eu lieu ces derniers mois en Égypte : le renversement du président Mohamed Morsi, la candidature du général Abdel Fattah al-Sisi ou encore l’élection présidentielle. En plus de l’actualité politique, les vidéos offrent un grand espace aux aspects culturels et sociaux d’Abdeen, pour faire connaître, à travers l’histoire des habitants eux-mêmes, le riche patrimoine historique et culturel de ce charmant quartier du Caire. Le programme Ehna At-Talaba («Nous sommes les étudiants») a également été lancé pour faire entendre les principaux problèmes rencontrés par les étudiants, de l’école élémentaire à l’enseignement supérieur.

Shawarea Masr n’est pas qu’une simple chaîne de télévision : d’après Nader et les garçons d’Abdeen qui l’ont aidé à la réalisation de cet ambitieux projet « il est nécessaire aussi d’organiser des activités sociales et culturelles faites par les gens et pour les gens ».

« Depuis mai dernier, nous avons mis en place à Abdeen des ateliers de jeux éducatifs pour les enfants, des soirées culturelles pour les adultes et des événements artistiques et musicaux, réalisés par les enfants de la région », poursuit Nader. « Abdeen est un quartier immense où vivent près de 800 000 personnes : il y a une partie moderne où se concentre la haute bourgeoisie des intellectuels cairotes, tandis que les travailleurs et les plus pauvres vivent dans la partie la plus délabrée ; et ces deux réalités ne se rencontrent jamais ». Le but de ces manifestations culturelles, tenues dans les rues mêmes du quartier, est de créer un pont et un lieu concret de dialogue et de compréhension mutuelle entre ces deux composantes très différentes.

Moins d’un an après sa naissance, Shawarea Masr s’est avéré être un projet populaire dont la célébrité commence à s’étendre bien au-delà d’Abdeen, et à attirer la jeunesse des autres quartiers de la ville. Malgré quelques problèmes économiques, principalement dus au manque de donateurs, au niveau local comme institutionnel, les idées pour l’avenir ne manquent pas : dans quelques mois, une bibliothèque pour adultes et enfants sera inaugurée, ainsi qu’un endroit spécifique pour organiser des événements et des soirées culturelles. De plus, Nader ne désespère pas que bientôt Abdeen Television puisse s’élever au rang de chaîne satellite.

« Nous devons partir du bas pour atteindre le haut », conclut Nader, en souriant. « Et c’est ce que nous faisons avec Shawarea Masr. Nous recueillons les voix de la rue, puis nous les faisons entendre à ceux qui font semblant d’être sourds ».

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