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Palestine et Israel : après Gaza toujours plus éloignés ?

Giampiero Sandionigi
3 octobre 2014
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Palestine et Israel : après Gaza toujours plus éloignés ?
Le président palestinien Mahmoud Abbas de l'Assemblée générale des Nations Unies le 26 septembre dernier. (Photo ONU / Amanda Voisard).

Ils devaient s’appuyer sur les discours prononcés la semaine dernière, devant l’assemblée générale des Nations Unies à New York, pour relancer le processus de paix. Mais force est de constater que palestiniens et israéliens s’éloignent chaque jour un peu plus d’un possible accord après les affrontements de cet été à Gaza.


Ils devaient s’appuyer sur les discours prononcés la semaine dernière, devant l’assemblée générale des Nations Unies à New York, pour relancer le processus de paix. Mais force est de constater que palestiniens et israéliens s’éloignent chaque jour un peu plus d’un possible accord après la guerre de Gaza de cet été.

Le 26 septembre, le président de l’Autorité nationale palestinienne (ANP), Mahmoud Abbas (dit Abou Mazen), s’est exprimé sur un ton très ferme à l’encontre d’Israël, et sans aucune auto-critique: la responsabilité du Hamas n’a jamais été évoquée (en raison de la formation d’un gouvernement d’union nationale au printemps dernier).

L’ancien leader a débuté son intervention en évoquant la « nouvelle guerre génocidaire » qu’Israel a déchainée contre sa nation dans l’année, décrétée par l’Onu, de la « solidarité avec la peuple palestinien ». Un événement, le bombardement de la bande de Gaza, qui au cours de ces cinq dernières années s’est déjà répété plusieurs fois, mais qui a atteint une intensité et une violence sans précédent. « Cette guerre contre Gaza – a déclaré le chef de l’Autorité palestinienne – n’a été qu’une série de réels crimes de guerre commis sous les yeux et aux oreilles du monde entier. (…) Au nom de la Palestine et de son peuple, je veux dire ici et aujourd’hui : nous n’oublierons pas et nous ne pardonnerons pas. Nous ne permettrons pas plus longtemps que des criminels de guerre échappent à leur punition ».

Le président Abbas a ensuite rappelé que cette guerre a été précédée de « longues et difficiles négociations qui ont duré plus de huit mois sous l’égide des Etats-Unis ».  Des négociations qui ont échoué malgré les efforts déployés et la bonne volonté de l’Autorité palestinienne, a ajouté Abou Mazen, qui impute la responsabilité de cet énième échec diplomatique à Israël : «  Comme toujours, le gouvernement israélien n’a pas manqué une occasion de saper toute chance de parvenir à un accord de paix. Pendant tous les mois de négociations, la construction de nouvelles colonies, la confiscation des terres, les démolitions de maisons, les assassinats, les campagnes d’arrestations et la réinstallation forcée en Cisjordanie se sont poursuivis sans  relâche et le blocus injuste autour de la bande de Gaza a été renforcé. La campagne d’occupation a principalement ciblé la ville de Jérusalem et ses habitants, avec pour objectifs de modifier l’esprit, l’identité et le caractère de la ville sainte. (…) Encore une fois, le gouvernement israélien n’a pas réussi l’examen de la paix ».

«  Israël – accuse encore Abbas – refuse de mettre fin à l’occupation de l’Etat de Palestine entreprise depuis 1967. Ils veulent au contraire la poursuivre et la consolider en rejetant tout état palestinien. Ils refusent ainsi de trouver une solution juste et appropriée au problème des réfugiés palestiniens. L’avenir que le gouvernement israélien propose pour le peuple palestinien est, au mieux, celui de ghettos isolés où la terre des Palestiniens serait fragmentée, dépourvue de frontières et sans aucune souveraineté sur son espace aérien, son eau et les autres ressources naturelles qui seraient soumis au contrôle de colons racistes soutenus par  l’armée. Dans le pire des cas, notre avenir sera celui d’un apartheid à la forme hideuse ».

A ce stade, Abou Mazen a appelé à un changement de cap radical : « Il est impossible – je le répète – impossible de nous demander de revenir à un cycle de négociations qui n’ont, jusque- là, pas été en mesure de statuer sur le fond du problème et ses questions fondamentales. Nous n’accordons aucune crédibilité ni sérieux à ces négociations dans lesquelles Israël prédétermine par avance le résultat notamment en continuant ses activités de colonisation et la brutalité de son occupation. Nous ne voyons plus aucun signe ou valeur dans les négociations actuelles qui aient pour objectif de mettre fin à l’occupation israélienne et de parvenir à l’indépendance de l’Etat de Palestine, de sa capitale Jérusalem-Est et de l’ensemble du territoire occupé depuis la guerre de 1967. Toute négociation qui n’entrera pas dans cette feuille de route claire  n’aura aucune valeur ».

La nouvelle ligne palestinienne propose de supprimer la médiation de Washington en investissant dans la question de « la paix en Terre Sainte »,  l’Organisation des Nations Unies. Abou Mazen l’a ainsi expliqué : « Ces deux dernières semaines, la Palestine et les pays membres du Groupe Arabe ont intensifié leurs contacts avec les différents groupes régionaux de l’ONU afin de préparer un projet de résolution à soumettre au Conseil de sécurité de l’ONU Unies afin de faire avancer les efforts de paix ».

« Cette tentative – selon Abou Mazen – aspire à corriger les lacunes des précédents efforts de paix qui n’ont jamais réussi à mettre fin à l’occupation israélienne ni négociée la question des réfugiés palestiniens pourtant fixée dans la résolution 194 adoptée le 11 décembre 1948 par l’Assemblée générale des Nations Unies. Nous voulons un calendrier précis spécifiant la mise en œuvre de ces objectifs comme il en était le cas dans l’Initiative de paix arabe (promue en 2002 par l’Arabie saoudite). Cette médiation sera liée à la reprise immédiate des négociations entre la Palestine et Israël afin que soient définies des frontières et qu’un accord global et détaillé puisse amener les deux parties à la paix ».

Le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, s’est exprimé au siège de l’ONU le 29 septembre, ignorant totalement la voie suggérée par son homologue palestinien. Dans son discours, il a parlé de l’Islam militant comme une menace mondiale, en insistant sur deux thèmes qui lui sont chers: la lutte contre le terrorisme et la nécessité de lutter contre l’Iran des ayatollahs.

Netanyahu a cité le Hamas 27 fois, en commençant par dire que Daesh (l’Etat islamique d’Irak et du Levant – ndlr) et le Hamas sont les branches du même arbre empoisonné qui partagent la même croyance fanatique cherchant à s’imposer au-delà du territoire qu’ils contrôlent ».  Puis l’Iran des ayatollahs, une menace non moins redoutable selon le premier ministre. Tout comme nous ne laisserons pas l’Etat islamique se doter d’armes nucléaires, raison pour qu’il soit vaincu, il ne pas laisser l’Iran sur le seuil de l’énergie nucléaire :  ce serait comme gagner une bataille et perdre la guerre ».

Le Premier ministre israélien a rejeté les accusations de génocide, énoncées par Abu Mazen. «  Un génocide ? – s’est-il questionné de façon rhétorique. Dans notre univers moral peut-on parler de génocide quand la population civile est avertie par l’ennemi et invitée à se déplacer en dehors des zones à risque ? Est-ce encore un génocide quand l’on autorise chaque jour le passage de tonnes et de tonnes de matériel humanitaire alors même que des milliers de roquettes nous sont tirées dessus ? Ou encore quand nous mettons en place un hôpital d’urgence pour aider les blessés ? ».

Le premier ministre n’a cessé de marteler qu’Israël ne fait que se défendre contre les attaques de roquettes et les tunnels creusés par les militants palestiniens de la bande de Gaza (une frontière que l’Etat juif considère moins fluide que celles avec les Territoires Palestiniens en Cisjordanie) afin de s’infiltrer en territoire israélien et accomplir des actions de guérilla.

« Alors qu’Israël frappait les rampes de lancement et les tunnels – a déclaré M. Netanyahu – des civils palestiniens ont été tragiquement mais pas intentionnellement tués. Des images poignantes ont servi à alimenter des allégations diffamatoires selon lesquelles Israël a  délibérément pris pour cible des civils. Cela n’en a jamais été le cas. Nous regrettons profondément chaque vie qui a été perdue. Et la vérité est la suivante : Israël a tout fait pour minimiser les pertes parmi les civils palestiniens, alors que le Hamas a fait tout son possible pour obtenir le plus grand nombre de victimes civiles tant israéliennes et palestiniennes. (…) Israël a utilisé ses missiles pour protéger ses enfants. Le Hamas a utilisé ses enfants pour protéger ses missile ». Rappelons, en passant, que ce sont plus de 2200 morts du côté palestinien et soixante-dix (presque tous militaires) du côté israélien que l’on décompte pour ce conflit à Gaza.

En conclusion de son discours Netanyahu a également introduit un nouvel élément par rapport à l’année dernière : « Malgré les énormes défis auxquels Israël est confronté, je crois que nous avons aussi une occasion historique en face nous. Après des décennies pendant lesquelles, les grands états du monde arabe n’ont vu que pour seul ennemi Israël,  ils reconnaissent chaque jour un peu plus que nous affrontons les mêmes dangers à savoir : un Iran doté d’armes nucléaires et le développement de mouvements islamistes sunnites ».

« C’est à nous – a dit le Premier ministre israélien – que revient de travailler sur ces intérêts communs afin de créer un partenariat productif. Un partenariat qui soit en mesure de construire un Orient plus sûr, pacifique et prospère. Ensemble, nous pouvons renforcer la sécurité régionale. Nous pouvons vous développer des projets communs dans le secteur de l’eau, l’agriculture, les transports, la santé, l’énergie, et dans de nombreux autres domaines. Je crois que notre coopération peut également faciliter la paix entre Israël et les Palestiniens. Beaucoup ont longtemps pensé qu’une paix israélo-palestinienne pourrait ouvrir la voie à un rapprochement plus large entre Israël et le monde arabe. Mais ces jours-ci, je pense que le contraire peut être aussi vrai: à savoir, qu’un rapprochement plus large entre Israël et le monde arabe pour faciliter une paix israélo-palestinienne. Pour obtenir la paix, il faut regarder non seulement à Jérusalem et à Ramallah, mais aussi au Caire, Amman, Abu Dhabi, Riyad et ailleurs. Je crois que la paix peut être réalisée avec la participation des pays arabes, de tous ceux qui sont prêts à fournir un appui politique, matériel et autre ». Une approche que le gouvernement israélien avait jusqu’ici peut crédibilisée notamment lors de la tentative saoudienne « Initiative de paix arabe », serait-il sur ​​le point de changer de ligne ? Ou est-ce une tactique pour retarder indéfiniment tout nouveau cycle de négociations avec les Palestiniens ?

« Je suis prêt à accepter des compromis historiques – a réitéré Netanyahu – non pas parce qu’Israël occupe une terre étrangère. Le peuple d’Israël ne peut occuper sa propre terre d’Israël. L’histoire, l’archéologie et le bon sens, déclarent que nous avons un lien unique avec ce pays depuis plus de trois mille ans. Mais je veux la paix parce que je veux un avenir meilleur pour mon peuple. Mais cette paix doit être véritable, ancrée sur la reconnaissance mutuelle et des accords durables de sécurité sur le terrain. Parce que, voyez-vous, le retrait d’Israël du Liban et de Gaza a donné le champ libre à la création de deux enclaves islamistes à partir desquelles des dizaines de milliers de roquettes ont été tirées sur Israël ».

Les préoccupations concernant la sécurité du présent et l’avenir d’Israël sont aujourd’hui plus que jamais omniprésentes, comme l’a fait comprendre le premier ministre de l’Etat juif, « Regardez autour de vous. Le Moyen-Orient est en plein chaos. Les états se désintègrent et les militants islamistes viennent combler les vides. Israël ne peut pas se retirer de territoires qui risquent de passer sous le contrôle d’islamistes une fois de plus, comme cela a déjà été le cas à Gaza et au Liban. Cela signifierait donner l’opportunité à des hommes comme ceux de l’Etat islamique de nous atteindre avec des tirs de mortier – c’est-à-dire à quelques kilomètres – menaçant 80% de notre population. (…) C’est pourquoi, dans tout accord de paix, il faudra un compromis territorial et j’insisterai toujours pour qu’Israël ait la possibilité de se défendre face à toute menace ».

Telles sont les paroles des dirigeants politiques des deux peuples antagonistes en Terre Sainte. Heureusement, derrière la confrontation apparente des canaux de communication restent ouverts. Informellement et secrètement, le travail continue pour celles et ceux qui, d’une part comme de l’autre, tissent du dialogue et des relations. Avec la médiation égyptienne, il a été possible de parvenir à un cessez-le-feu stable dans la bande de Gaza le 26 août dernier. Toujours avec les bons soins du Caire, il s’agit maintenant d’assouplir les restrictions imposées à la population de la bande de Gaza et d’engager des processus de réhabilitation et de reconstruction.

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