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Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

Le voyage inédit des Paulettes à bicyclette

Hélène Morlet
19 janvier 2015
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“Notre pèlerinage c’est une forme d’évasion pour les détenues de la prison de Fleury”. À la rencontre de trois avocates qui, d’Istanbul à Jérusalem, ont porté à bicyclette la prière de ces femmes incarcérées.

Un mercredi matin de novembre, 5 h 30, messe au tombeau au Saint-Sépulcre. Trois jeunes filles, l’air encore endormi et un look d’aventurières en pleine expédition, se serrent pour pouvoir tenir dans la sainte et minuscule tombe. Cela fait près de huit semaines qu’elles ont quitté Istanbul, pédalant sur leur vélo en Turquie, à Chypre et en Israël, dormant où la Providence les mène, et les voilà enfin arrivées.

Louise Dumont Saint-Priest, Amélie de Colnet et Clémentine Horaist viennent de terminer leurs études d’avocat en droit pénal. Amies depuis quelques années, elles se sont lancées dans un projet de pèlerinage un peu particulier. En plus de suivre les traces de saint Paul, les “Paulettes”, comme elles se surnomment, ont décidé d’associer à leur aventure les détenues de la Maison d’arrêt des femmes de Fleury-Mérogis. “Grâce aux sœurs de la communauté Marie-Joseph-et-de-la-Miséricorde, qui habitent dans la prison et sont au service des détenues, explique Amélie, nous avons pu les approcher, aller à la messe avec elles et leur proposer de porter leurs intentions de prière jusqu’au mur des Lamentations”.

Elles ont recueilli les intentions d’une soixantaine de détenues, en majorité catholiques et orthodoxes, mais il y avait aussi quelques musulmanes et juives. Clémentine précise : “Elles savaient que nous sommes catholiques et que c’était un pèlerinage catholique. Mais comme il y a peu de rites organisés en prison, la messe hebdomadaire est le seul moment où elles peuvent sortir de leur cellule et nourrir leur spiritualité. Et nous ne voulions pas faire de sélection”.

C’est pour cela qu’elles ont choisi le mur occidental et non le Saint-Sépulcre pour y porter les intentions. “C’est un lieu symbolique, qui parle à tous. Et puis c’est bête, mais physiquement, on y dépose les petits papiers contenant les intentions écrites par les détenues. On sait qu’ils sont là, dans le mur, avec les prières d’autres personnes. Même le pape y a mis sa prière !” ajoute Louise.

Tous les jours de leur périple et en plus de lire les écrits de saint Paul, les “Paulettes” piochaient deux intentions dans la belle boîte fabriquée par les détenues, et priaient pour ces deux personnes. “C’était très porteur. Le fait qu’elles nous aient fait confiance nous poussait à en être dignes” confie Clémentine. Et Louise d’ajouter : “C’était beau de dire les intentions de ces détenues, de réaliser, sans voyeurisme aucun, ce qu’elles ont dans le cœur. Cela va du petit quotidien, dans lequel nous pouvons tous nous reconnaître, au drame humain qui nous dépasse. Mais elles ont toujours une foi, une confiance en Dieu, qui impressionne.”

En Communion

De leur côté, les détenues priaient aussi pour les trois élèves avocates sur la route. Pour mieux visualiser, elles avaient dessiné une grande carte sur laquelle elles déplaçaient des petits vélos au jour le jour. L’aumônière a également organisé un groupe d’étude sur les écrits et la vie de saint Paul. “Elles, autant que nous, sont persuadées que la prière porte du fruit” affirme Clémentine. Ayant rencontré plusieurs fois ces femmes en captivité, les “Paulettes”, avaient volontairement refusé de connaître les crimes ou délits qu’elles avaient commis. “Nous ne les connaissons pas tant que ça, nous ne sommes liées à elles que par la prière, mais c’est bien l’essentiel” précise Louise.

Toutes trois expliquent que le métier d’avocat pénal déchaîne les passions. “C’est lié à un sujet de société sensible, tout le monde a son avis et beaucoup de gens s’indignent que l’on puisse défendre des criminels. En portant les prières de ces femmes, nous voulions montrer qu’elles ne se résument pas à l’acte répréhensible qu’elles ont commis” explique Amélie.

Louise renchérit : “Le fait de faire ça gratuitement, en dehors de tout lien avocat-client dans lequel l’argent et la carrière entrent en jeu, nous a permis de mettre le côté humain au centre de la relation avec les détenues. Nous le savions déjà, mais là nous avons expérimenté le fait qu’il y a une parcelle de Dieu dans le cœur de chaque être humain. Nous rejoignons ces femmes dans leur petitesse d’Homme.”
Avec cette approche chrétienne, et fortes d’une expérience qui a “ouvert les portes et les cœurs”, les “Paulettes” sont rentrées en France, encore plus déterminées à se battre pour les détenus, et à voir Dieu dans l’humble quotidien.

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