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Accord historique entre Israël et la Jordanie pour sauver la Mer morte

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3 mars 2015
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Accord historique entre Israël et la Jordanie pour sauver la Mer morte
Les ministres israéliens et jordaniens de l'Energie, signant l'accord le 26 février ©HaimZach/GPO

Fin février, l’Etat hébreu et la Jordanie ont signé un accord historique pour tenter de sauver la Mer morte.  Le projet –imaginé en 2013- de canal entre le nord du Golfe d’Aqaba et la Mer de sel semble devenir réalité. Un ministre israélien parle « d’accord le plus important depuis le traité de paix avec la Jordanie ».


(Jérusalem/n.k.) – L’accord est historique, et pourrait bien être déterminant pour l’avenir de la région. Fin février, la Jordanie et Israël sont parvenus à la signature d’un accord sur la Mer morte. L’enjeu était à la fois de fournir de l’eau potable aux populations limitrophes (israéliennes, jordaniennes et palestiniennes), mais également d’enrayer la disparition de la Mer morte, gravement affectée par le pompage de ses eaux.

Le projet n’est pas réellement nouveau. A vrai dire, Theodor Herzl, père fondateur du sionisme, y avait déjà pensé, imaginant un approvisionnement de la Mer morte à partir de la Méditerranée. Après plusieurs tentatives échouées, les négociations d’Oslo ont remis au goût du jour l’idée d’une collaboration internationale pour sauver la Mer morte. En décembre 2013, une déclaration d’intention est signée conjointement par Israël, la Jordanie et l’Autorité palestinienne, en présence des Etats-Unis et de la Banque mondiale.

L’accord signé le 26 février dernier entre le Royaume hachémite et l’Etat hébreu est donc une première étape de concrétisation de ce projet ancien.

Très concrètement, il s’agira d’installer à la pointe du Golfe d’Aqaba un système de pompage, pour acheminer l’eau de la Mer rouge à la Mer morte. Les différents pays se sont accordés sur un chiffre de 300 millions de mètres cubes par an.

Mais le but n’est pas uniquement de résoudre les problèmes spécifiques à la Mer morte. Une partie de l’eau captée devrait être redistribuée entre les différents pays frontaliers. L’eau dessalée pourrait ainsi bénéficier à Israël et à la Jordanie, mais également à la Palestine qui devrait recevoir près de 30 millions de mètres cubes par an.

Comme on peut s’y attendre, un tel projet va coûter des sommes d’argent importantes. Le chiffre de 90 millions de dollars est évoqué, pour des travaux qui pourraient durer près de trois ans. Le canal, lui, devrait mesurer 180 kilomètres.

Les nations proche-orientales concernées ne seraient pas les seules à débloquer de telles sommes, puisque les Etats-Unis et la Banque mondiale ont dores et déjà annoncé leur soutien. 

Le sauvetage de la Mer morte est en effet un enjeu qui touche au delà des seuls enjeux régionaux. En à peine quarante ans, la Mer de sel  s’est presque réduite de moitié. Et si rien n’est fait, il ne resterait presque rien en 2050 d’une des mers les plus célèbres au monde.

Le ministre israélien de l’énergie et de l’eau, Silvan Shalom, n’a pas caché sa joie après la signature de l’accord : « Je me tiens ici profondément ému, après avoir signé un accord historique. Nous réalisons la vision sioniste de Theodor Herzl qui, dès la fin du XIXe siècle, avait prédit la nécessité de revitaliser la mer Morte. »

Le projet ne va cependant pas sans rencontrer des oppositions.

En Jordanie, le Front de l’Action Islamique (FAI), branche des Frères Musulmans, a critiqué un « accord avec l’ennemi sioniste liant les intérêts stratégiques des deux pays en matière d’énergie et d’eau ». Pour ce groupe politique, le texte signé représente « une menace flagrante pour l’économie nationale et les intérêts jordaniens ».

Différents responsables palestiniens ont quant à eux redouté que l’accord ne lie de façon trop formelle la Palestine à Israël sur des questions aussi sensibles que l’eau. Ils rappellent également le rôle d’Israël dans l’asséchement de la Mer morte.

Par ailleurs, les associations environnementales comme les Amis de la terre Moyen Orient (Friends of the Earth Middle East – FoEME), si elles se réjouissent que des efforts soient enfin consentis, ne manquent pas de faire part de leurs inquiétudes. En effet, l’approvisionnement naturel de la Mer Morte a de tout temps été celui des eaux de pluies et le déversement des eaux du Jourdain. Or la retenue des eaux pluviales par les pays limitrophes, comme l’assèchement qui en découle de la rivière du Jourdain ne sont toujours pas remis en cause.  Les Amis de la terre soulignent aussi que l’apport d’eau salée pourrait entrainer un déséquilibre de l’écosystème environnant. Les quelque 4% de taux de salinité de la Mer rouge entreraient en réaction avec les quelque 27% de salinité de la Mer morte. Enfin, le drainage des algues de la Mer rouge et le gypse blanc qu’elle contient pourraient également altérer la chimie de la Mer morte.

Partenaire de l’opération, la Banque Mondiale a estimé que ce lancement, « sous le contrôle de scientifiques », devrait permettre de mieux comprendre les conséquences d’un mélange des eaux de ces deux étendues.