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Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

L’Accord de Vienne, vu de Téhéran

Giuseppe Caffulli
19 juillet 2015
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L’Accord de Vienne, vu de Téhéran
A gauche, l'ayatollah Ali Khamenei et à droite le président iranien Hassan Rohani.(Photo Présidence de la République Iran)

Sur les premières pages des journaux iraniens trône la photo souriante des négociateurs à Vienne. Après de longues et épuisantes négociations, la signature de cet accord est finalement arrivée - 14 juillet - : l'Iran des Ayatollahs renonce à tout type d'activité nucléaire à des fins militaires en échange de la levée de l'embargo économique. L’Iran tourne une page de son histoire.


Sur les premières pages des journaux iraniens trône la photo souriante des négociateurs à Vienne. Après de longues et épuisantes négociations, la signature de cet accord est finalement arrivée – 14 juillet – : l’Iran des Ayatollahs renonce à tout type d’activité nucléaire à des fins militaires en échange de la levée de l’embargo économique (y compris financier) qui, pendant des décennies, à étrangler l’économie du pays. Ironie du sort, ce qui devait être l’«événement historique» et l’une des plus grandes nouvelles du Moyen-Orient a été éclipsée (au moins en Europe) par la question grecque.

Prévues à l’origine pour le 30 juin, les négociations ont été prolongées deux semaines plus pour des raisons de propagande interne que pour des raisons de fond. En effet, outre les questions relevant purement des négociations, pas un jour n’est passé sans que les chaînes de télévision d’Etat ne lancent des piques contre les Etats-Unis et l’Occident. En effet, justifier d’un accord avec les États-Unis et les puissances européennes, après des décennies d’hostilité publique, fut peut-être l’exercice diplomatique le plus ardu. Sans surprise, dès la signature de l’accord, les déclarations du Guide suprême (guide religieux) Ali Khamenei tout comme celles du président de l’Etat, Hassan Rouhani, ont été embellies de phrases plus ou moins crédibles clamant une « victoire de la révolution » et « une nouvelle page d’histoire pour le Moyen-Orient ». Frappant ses poings sur la table et fustigeant Israël mais aussi les États-Unis (« le grand Satan ») sur des questions certainement importantes pour le pays mais désormais loin dans le temps (comme la fourniture d’armes chimiques à Bagdad pendant la guerre Iran-Irak 1980-1988) ; l’Iran s’affiche un jeu de plus en plus apparent.

A l’intérieur du pays, le résultat des négociations n’a jamais été considéré comme équilibré. La prolongation même de la durée des négociations à Vienne a été saluée comme un signe positif et nécessaire pour mieux préparer la voie à un accord déjà donné mais plus encore déjà rédigé et approuvé. Les intérêts certes concomitants et nombreux dans la région ne laissaient même pas imaginer, un instant, un échec.

Sur le plan intérieur, l’Iran a la nécessité absolue de trouver un moyen de dépasser l’époque des Pasdaran* qui ont encore un poids important dans le pays et qui voient, inévitablement, venir l’élan d’un mauvais œil tout changement. Dans un pays où chaque année plus de 200.000 jeunes diplômés émigrent, où le désir de liberté est grand tout comme la soif de culture et toutes formes d’Humanisme, il semblerait judicieux de gouverner un changement (déjà en marche) plutôt que d’en pâtir. Bloquer de nouveau les aspirations d’un peuple héritier d’une si grande histoire pourrait éventuellement mener à des événements dramatiques.

Il y a ensuite l’aspect économique, le pays est riche et pas seulement en raison de son pétrole. La fin de l’embargo marquera peut-être le début d’une nouvelle phase de croissance interne. Trois fois plus grand que la France, l’Iran connait déjà la présence de grandes entreprises étrangères opérant dans divers secteurs, de la chimie à la construction. Une présence qui s’est accrue dans les derniers jours des négociations ; des délégations d’entrepreneurs venant du monde entier ont été accueillies à Téhéran, toutes désireuses de trouver «leur place au soleil» et d’ouvrir un marché très prometteur.

Il y a aussi l’aspect stratégique. La fin de l’isolement de l’Iran constitue une carte-clé dans la lutte contre le terrorisme de l’Etat islamique (Daesh). Les musulmans chiites iraniens sont en fait des alliés essentiels pour qui veut s’opposer à la montée de l’Etat islamique (compoée de forces musulmanes sunnites). Les États-Unis le savent pertinemment (bien que le bloc sunnite dirigé par l’Arabie saoudite craignent l’hégémonie iranienne) ; mais aussi le Califat, qui non pas par hasard, a frappé ces jours des mosquées chiites en Irak tuant des nombreux civils.

Au final, les négociateurs de Vienne, en présence des représentants de gouvernements occidentaux, le secrétaire d’Etat américain John Kerry en tête, ont certainement eu à résoudre un grand nombre de détails techniques mais bien d’autres seront abordés et résolus dans le futur. La signature de cet accord est véritablement la chute d’un mur. Comme l’a précisé le président Rohani, « après 12 ans, nous avons tourné une page et, ensemble, nous avons décidé d’écrire un nouveau chapitre. »

* Le corps des Gardiens de la révolution islamique, une organisation paramilitaire de la République islamique d’Iran dépendant directement du Guide de la révolution, le chef de l’état iranien.

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