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Cisjordanie : l’attente aux points de contrôle israéliens dorénavant sur smartphone

Chiara Cruciati
29 février 2016
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Cisjordanie : l’attente aux points de contrôle israéliens dorénavant sur smartphone
Capture d'écran de l'application Azmeh.

L'occupation militaire israélienne en Cisjordanie impose de nombreuses limites à la liberté de mouvement des Palestiniens. C'est pourquoi Basel Sader, 20 ans et habitant de Jérusalem-Est, a décidé de faciliter la vie de ses compatriotes en inventant une application interactive pour les smartphones afin de connaître, en temps réel, combien de temps durera l'attente au prochain point de contrôle de l'armée israélienne.


Ceux qui vivent en Cisjordanie le savent bien : le matin, vous savez quand vous quittez la maison, mais vous ne savez jamais quand vous reviendrez. Parce qu’entre vous et votre objectif de destination – que ce soit votre lieu de travail, l’université ou l’école – se trouve très certainement un point de contrôle militaire israélien. Quelle est la durée du trajet ? A chaque fois c’est la grande inconnue. Quelques minutes pourraient vous suffire, ou une demi-heure, mais cela se calculera plus probablement en heure. Lorsque vous traversez un point de contrôle vous devez descendre de voiture (si vous n’êtes pas déjà à pied), vous faire contrôler, montrer vos documents d’identité aux soldats israéliens et entreprises privées. Durant ce temps, la file ne fait que s’allonger.

Parmi les points de contrôle militaires qui divisent la Cisjordanie de l’État d’Israël et ceux internes aux territoires occupés, on atteint le nombre de 96 « check points » selon l’association israélienne pour les droits de l’Homme B’Tselem. S’ajoutent à ceux-ci, environ 360 points de contrôle dits « volants ». Ils divisent les principales villes palestiniennes et bloquent les entrées de certains villages. Ils divisent les paysans de leurs terres et les communautés de la zone A (sous contrôle de l’Autorité palestinienne soit 18% de la Cisjordanie) de celles de la zone C (sous contrôle israélien soit 60%). Une restriction de liberté de mouvement qui, selon les données du Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA), a multiplié par cinq les temps moyens de déplacement pour des dizaines de milliers de personnes.

Difficile de surmonter les nombreux obstacles placés par l’occupation militaire israélienne mais, comme l’a pensé Basel Sader, jeune homme de 20 ans de Jérusalem-Est, on peut toujours se rendre la vie un peu plus facile. C’est ainsi qu’il y a quelques mois, il a inventé une application pour iPhone et smartphone : elle s’appelle Azmeh, qui en arabe signifie « embouteillage » ou « trafic ». Allumez-la et elle vous indique en temps réel combien de temps durera l’attente au prochain point de contrôle israélien. Par des couleurs, on vous avertit de la praticabilité : vert s’il n’y a pas de trafic, jaune s’il y en a peu, rouge si les temps d’attente sont longs et noirs si le point de contrôle est fermé.

Aux notifications s’ajoute la possibilité pour les utilisateurs d’envoyer des messages et de signaler les incidents ou les fermetures des points de contrôle ou même l’apparition soudaine de points de contrôle volants. Pour l’instant Azmeh couvre 47 points de contrôle mais devrait bientôt étendre sa couverture. La langue arabe a été rejointe par une version anglaise pour les nombreux étrangers qui travaillent en Palestine.

L’idée est venue, comme cela arrive souvent, de la vie de tous les jours : Basel a des parents dispersés à Bethléem, Ramallah et Jérusalem, il joue au basket dans le championnat national et se déplace souvent pour les matches, il vit par ailleurs dans une ville (Jérusalem) divisée du reste de la Cisjordanie par le mur israélien. Les points de contrôle sont son quotidien : « Il y a 100 points de contrôle en Cisjordanie – nous explique Basel -. En plus des barrières le long du mur, il y a les points de contrôle à l’intérieur de la Cisjordanie, y compris dans les villes palestiniennes. C’est une immense frustration pour un Palestinien qui doit se réveiller à 5 heures pour passer par un checkpoint humiliant afin d’aller au travail, à l’école, au collège. J’ai seulement 20 ans et je suis un étudiant en droit tout ce qu’il y a de plus banal, j’ai pensé que cette application pourrait nous aider à faire un meilleur usage de notre temps. Je sais que cela ne supprimera pas les points de contrôle militaires, ni ne désengorgera le traffic mais sachant un peu à l’avance s’il y a des embouteillages ou pas, nous pourrons emprunter d’autre chemin« .

La création de ce nouveau logiciel est une entreprise familiale : pour améliorer la conception et le design ce sont les frères de Basel qui, l’expérimentant, ont imaginé des utilisations plus larges. En quelques mois, plus de 12 000 utilisateurs ont téléchargé l’application sur leur téléphone et tous les jours au moins un millier de personnes l’utilisent.

Mais derrière Azmeh il y a plus qu’un outil permettant de se faciliter la vie. Il y a un défi : celui d’utiliser les mêmes moyens que l’occupation pour améliorer le quotidien. Surtout dans un contexte où la liberté de mouvement est un des principaux problèmes pour la population palestinienne. Sur la liberté de mouvement se fondent en effet beaucoup d’autres droits fondamentaux tels le droit à l’éducation, à la santé, au travail, au commerce.

« Nous avons utilisé tous les moyens pour obtenir nos droits : les soulèvements populaires, les négociations diplomatiques jusqu’à l’aide internationale – continue Basel – Mais rien n’a fonctionné. Qui sait, peut-être qu’avec la technologie les choses pourraient changer : je ne dis pas que Azmeh est une solution au conflit, mais il peut être un coup de pouce pour les Palestiniens afin qu’ils développent le secteur des start-up (entreprise qui vient d’être lancée) et améliorent la vie de chacun nous. Mais que les choses soient claires : l’objectif que je sers est celui du peuple palestinien pas de rendre l’occupation acceptable ou tolérable. Nous n’avons qu’un objectif : la fin de l’occupation, la fin des points de contrôle, la liberté d’utiliser notre eau et nos ressources« .

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