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Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

« A Istanbul, nous construisons des ponts »

Giuseppe Caffulli
23 août 2016
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« A Istanbul, nous construisons des ponts »
Mgr Ruben Tierrablanca Gonzalez durant son ordination épiscopale, le 11 juin dernier à Istanbul. (Photo Nathalie Ritzmann)

Entretien avec Mgr Ruben Tierrablanca Gonzalez, frère mineur mexicain, devenu il y a un peu plus de deux mois vicaire apostolique des catholiques de rite latin à Istanbul.


Le 11 juin dernier, Mgr Ruben Tierrablanca Gonzalez initiait à Istanbul son ministère de vicaire apostolique, c’était à la veille d’une période particulièrement difficile pour une Turquie déjà marquée par une longue série d’attaques terroristes sanglantes. « Malgré tout ce qui se passe ici, il n’y a pas de problème spécifique pour l’Eglise locale même si l’état d’urgence nous préoccupe », explique l’évêque, frère mineur d’origine mexicaine, présent en Turquie depuis plus d’une décennie et responsable, depuis Istanbul, de la Communauté internationale des Frères mineurs pour le dialogue. Tout récemment, il a accepté de répondre à Terrasanta.net afin de nous aider à mieux comprendre l’engagement de l’Eglise catholique, aujourd’hui, en Turquie.

Mgr Tierrablanca, quand et comment avez-vous reçu la nouvelle de votre nomination comme nouveau vicaire apostolique d’Istanbul ? L’attendiez-vous où est-ce que cela fut une surprise ?

Je savais que l’on devait nommer un nouvel évêque pour notre Vicariat apostolique d’Istanbul, mais pour ce qui me concernait, je ne pensais pas que les consultations mais encore moins la nomination m’impliquerait. Par tradition, Istanbul est un évêché qui a toujours eu des évêques ou des administrateurs apostoliques européens ; la Conférence épiscopale de Turquie fait d’ailleurs partie de l’Assemblée des Conférences d’Europe. Je ne sais pas si, à l’heure actuelle, il y a des évêques non-européens en Europe. Désormais je suis au service de l’Eglise locale d’Istanbul et le Seigneur, qui m’a appelé à servir, m’appuiera.

Quelle est la situation actuelle du Vicariat ? Combien de prêtres, religieux et religieuses compte-t-il ? Qui sont les ordres et les congrégations en présence ?

Notre vicariat apostolique regroupe 34 prêtres, presque tous religieux, un seul fait partie du clergé diocésain. Les institutions religieuses en présence sont : les Augustins de l’Assomption, les Dominicains, les Franciscains des différentes familles (Frères Mineurs, Conventuels et Capucins), les Jésuites, l’Institut Christ Rédempteur, la congrégation de la Mission (Lazaristes) et un prêtre du Mouvement des Focolari. Les religieuses sont une quarantaine appartenant à différents instituts religieux : les Filles de la Charité (Saint-Vincent de Paul), les Petites Sœurs de Jésus, les Petites Sœurs des Pauvres, les Sœurs de l’Immaculée Conception d’Ivrea, les Sœurs franciscaines du Sacré-Cœur, une de l’Ordo Virginum et des laïcs, hommes et femmes, consacrés du Mouvement des Focolari et d’un institut autrichien.

Et vos fidèles laïcs combien sont-ils ?

Les fidèles laïcs sont entre 15 et 16 000 en majorité ce sont des étrangers. Il y a aussi quelques catholiques turcs. Il convient de rappeler que l’Eglise catholique en Turquie est composée de communautés aux rites différents : arménien, syriaque et chaldéen. Ces derniers temps, en raison de l’immigration en provenance d’Europe de l’Est, il y a aussi des catholiques ukrainiens de rite byzantin.

Quelles sont les priorités et les urgences de l’Eglise catholique d’Istanbul ?

Établir des priorités pour le Vicariat apostolique d’Istanbul implique de faire des choix en fonction de l’interlocuteur qui lui fait face. Mais selon moi, il est urgent de créer ensemble un projet pastoral qui réponde à notre nécessité de minorité ecclésiale partagée avec les Églises orientales et les autres Eglises et communautés de la Réforme et du Protestantisme, le tout dans un pays à majorité musulmane. Les relations avec les chrétiens des autres Églises sont excellentes et nous donnent l’espoir d’un cheminement commun guidé par l’Esprit Saint.

Au sujet de ces relations avec les Églises sœurs, l’amitié qu’entretiennent le pape François et le patriarche Bartholomée aidera certainement ce dialogue du quotidien ?

Les relations œcuméniques sont très encourageantes et l’amitié fraternelle du pape François avec Bartholomée Ier, patriarche œcuménique de Constantinople, nous encourage à poursuivre la recherche de l’unité en Christ. J’ai voulu placer mon ministère épiscopal sous la devise : Unum in Cristo. De même, nous entretenons de véritables relations d’amitié avec le Patriarcat apostolique arménien d’Istanbul ou encore le métropolite de l’Église syrienne orthodoxe.

Rencontrez-vous des problèmes dans vos relations avec la majorité musulmane ? Avez-vous des exemples de dialogue ?

En Turquie, et plus précisément à Istanbul, les musulmans sont habitués à vivre en paix avec les chrétiens. Parfois, des déclarations sur la soit disant rivalité des religions, souvent prononcées depuis l’étranger, peuvent endommager ces relations, mais au cours des treize années de mon service à Istanbul, nous avons créé de bonnes relations avec nos frères musulmans et encouragé le dialogue interreligieux à la fois avec l’Islam et avec nos frères aînés du Judaïsme. Désormais, nous devons respecter l’état d’urgence décrété par le gouvernement mais notre présence et notre service, en tant qu’Église catholique, c’est de construire des ponts et des relations de paix et de fraternité dans le respect de toutes les religions et confessions chrétiennes.

La situation au Moyen-Orient a un impact important sur la Turquie. Comment évolue l’Eglise locale et comment réagit-elle à la nécessité de soutenir ceux qui fuient la guerre ?

Avec l’arrivée de migrants et de réfugiés en provenance d’Irak et ensuite la multitude de Syriens fuyant la guerre, l’Église catholique a réagi par une aide substantielle mais, il faut le reconnaitre, de façon plutôt désorganisée. Ce fut plus une réponse à une situation d’urgence qu’une coordination des parties en présence. Actuellement, l’organisation de Caritas dans les trois Églises catholiques locales de rite latin s’améliore. Et les communautés de rite oriental fournissent un effort considérable pour répondre aux besoins qui augmentent de jour en jour. En ce qui concerne la coopération œcuménique, il existe une organisation promue par des protestants américains, la directrice de l’association est une laïque catholique consacrée avec laquelle, nous, différentes églises et paroisses, collaborons.

Quelle est la situation après le coup d’état du mois de juillet ? L’Eglise locale rencontre-t-elle des difficultés particulières ?

La situation en Turquie, celle de l’après coup d’Etat, est celle que vous connaissez tous au travers des médias. Les gens se remettent lentement de la peur causée par l’intervention armée mais la préoccupation à l’égard du terrorisme demeure. En ce qui concerne l’Eglise catholique, jusqu’à présent il n’y a pas eu de conséquence directe après ces tristes événements ; nous devons tous respecter l’état d’urgence et pour éviter tout malentendu, préférons attendre que les difficultés actuelles soient résolues pour avoir plus de visibilité quant à l’avenir. En revanche, les activités pastorales et l’attention portée aux fidèles de nos églises tout comme nos relations œcuméniques avec les autres Eglises continuent sans difficulté.