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Les journalistes palestiniens face à la corruption de l’AP

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13 janvier 2017
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Les journalistes palestiniens face à la corruption de l’AP
Le président palestinien Mahmoud Abbas, le 3 décembre 2016, lors du vote qui l'a vu être réélu à la tête de son parti le Fatah.© FLASH90

Quand les journalistes palestiniens soupirent devant la démocratie israélienne, ou la dénonciation impossible de la corruption en Palestine.


(Jérusalem/n.h.) – Les journalistes palestiniens en Cisjordanie et dans la bande de Gaza suivent de près l’affaire de corruption présumée du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu qui aurait reçu des faveurs ou des cadeaux. Leur intérêt n’est pas seulement motivé par la chute possible du dirigeant israélien qu’ils méprisent, mais aussi par l’appréciation de certains aspect de la démocratie israélienne et de la liberté de la presse qui permettent d’interroger le Premier ministre et laissent libres les médias de mener leurs enquêtes. Car il faut dire que pour le couple Netanyahou en vingt ans ce sont douze affaires, trois procureurs généraux, deux contrôleurs d’État mais aucun acte d’accusation.

Aucun journaliste à Gaza, même des plus renommés, ne pourrait critiquer les dirigeants du Hamas et de l’Autorité palestinienne. « Nous savons tous qu’il y a une terrible corruption dans l’AP », a déclaré à Al-Monitor sous couvert d’anonymat un journaliste vétéran de Ramallah, siège de l’AP en Cisjordanie. « Nous connaissons des centaines d’histoires sur les hauts fonctionnaires de l’AP et sur les fils d’Abbas, mais nous ne pouvons pas les publier ni même en parler ouvertement.»

Selon divers rapports, l’AP a été pendant des années en proie à la corruption. La structure gouvernementale mise en place par Yasser Arafat, le dernier dirigeant de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), ne comportait pas de mécanismes de contrôle et de supervision. Tous les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza savent très bien que ceux qui sont les plus proches du siège du pouvoir, jouissent souvent d’un mode de vie incompatible avec le salaire d’un fonctionnaire de l’Autorité palestinienne.

« Nous avons vu des militants de l’OLP arrivés de Libye et Tunisie [dans les années 1990] avec seulement leurs vêtements sur le dos. Quelques mois après la création de l’AP, ils circulaient déjà dans des Mercedes, portaient des costumes italiens et construisaient des villas ostentatoires », a affirmé le journaliste. « À ce jour, ils sont tous riches, bien pris en charge et personne ne peut dire un mot ou même demander d’où cette richesse est venue.»

Les pays de l’Union européenne qui versent des centaines de millions de dollars en aide humanitaire à l’Autorité palestinienne ont tenté d’établir des mécanismes de contrôle sur les fonds qu’ils fournissent. Cependant, selon les journalistes palestiniens qui ont parlé à Al-Monitor, les hauts dirigeants de l’AP étaient plus sournois que l’ensemble des mécanismes de surveillance. Ils ont trouvé des échappatoires à travers lesquelles canaliser une partie de l’argent droit dans leurs poches.

Les critiques formulées à huis clos ne se rapportent pas seulement à la malversation dans le passé. Un journaliste de haut rang, travaillant pour un média de langue arabe, note dans une conversation que les fils du président palestinien sont également mentionnés parmi ceux qui se constituent une fortune grâce à leur lien familial à Abbas.

Tareq Abbas, par exemple, est le directeur d’une entreprise qui a par le passé employé Mohammed Rashid, un proche confident d’Arafat et son économe. Ce dernier a été condamné par un tribunal de Ramallah pour avoir volé des millions de dollars d’un fonds d’investissement palestinien et de l’OLP, et le transfert de l’argent à des comptes bancaires dans divers endroits dans le monde. Depuis le « nettoyage des écuries » après la mort d’Arafat en 2004, Tareq, fils d’Abbas, a été directeur du fonds d’investissement palestinien qui gère des centaines de millions de dollars. De sorte que son père exerce un contrôle presque complet sur ce fonds sans que personne de l’Autorité palestinienne ne puisse exprimer son opposition ou  remettre en question sa gestion.

En 2012, le site Foreign Policy a raconté une histoire au sujet de la fortune des fils d’Abbas. Les journalistes d’investigation se sont demandés s’il y avait une relation entre la richesse qu’ils accumulaient et leur lien de familial. « Nous connaissons la réponse », a déclaré un journaliste palestinien sous couvert d’anonymat. « Tout le monde sait que Tareq et Yasser Abbas remportent immédiatement toutes les offres qu’ils soumettent, que ce soit directement ou par l’intermédiaire d’hommes de paille.»

Le journaliste a déclaré que les journalistes ont appris à ne pas poser de questions « inutiles », de peur au mieux de perdre leur emploi, ou au pire d’envoyés en prison. Les médias ont appris les limites de ce qui était admissible.

Seuls quelques rapports d’enquête ont été publiés – par exemple des articles d’investigation sur la corruption dans l’AP ont été publiés par Reuters et l’Associated Press. Les chercheurs et les journalistes palestiniens qui ont aidé à compiler ces histoires n’ont pas été nommés.

En 2009, Reuters a rapporté que les entreprises dirigées par les fils d’Abbas ont remporté des contrats d’aide du gouvernement américain pour réparer les routes dans les territoires palestiniens. L’ Associated Press a publié des documents divulgués en 2015, dénonçant la corruption chez les hauts responsables de l’AP.  Aucune des personnes mentionnées dans le rapport n’a été interrogée ou perdu son emploi. La couverture des affaires signalées dans les médias palestiniens était limitée sur les ordres venant du haut de l’échelle.

Beaucoup de Palestiniens tenus au courant de l’enquête israélienne sur les versements présumés de Netanyahou – et qui jouent un rôle important dans les médias palestiniens – se demandent si recevoir des cadeaux tels que les cigares et le champagne constituent une cause suffisante pour son inculpation, la conviction de sa culpabilité et sa démission. « Si nous étions capables de parler de chaque présent et si cela devait aboutir à une enquête et à une condamnation, a déclaré un journaliste de haut rang, nous n’aurions plus d’Autorité palestinienne fonctionnelle, tous seraient déjà en prison.»

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