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Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

Syrie, la guerre qui n’en finit pas

Giuseppe Caffulli
30 mars 2017
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Syrie, la guerre qui n’en finit pas
Janvier 2017, Frère Ibrahim Alsabagh observe les ravages de la guerre dans l'un des quartiers Est d'Alep. © Paroisse latine d'Alep

Depuis six ans, nous sommes témoins de la tragédie syrienne. Au côté des frères de la Custodie restés dans le pays avec leur peuple. Témoins des horreurs de la guerre et présence solidaire.


En mars, il y a six ans, s’ouvrait pour la Syrie une saison tragique. Après les espoirs timides suscités par les Printemps arabes (d’abord en Tunisie, puis en Egypte), le pays a été traversé par une série de manifestations contre le gouvernement du président Bachar al-Assad. Bien vite, cependant, la Syrie a plongé dans le chaos, en proie à des jeux de stratégie et des motifs géopolitiques qui ont vu l’entrée sur scène, de manière plus ou moins directe, de pays voisins, de puissances étrangères et des forces combattantes islamiques qui se réfèrent surtout au bloc sunnite. Seul objectif : renverser Assad (qui bénéficie du soutien populaire dans une grande partie du pays) et démembrer le pays en différentes zones d’influence.

Aujourd’hui, les chiffres de cette guerre sans fin sont tragiques. Personne ne connaît le nombre de morts : peut-être plus de 450 000, dont 100 000 seraient des civils, 20 000 des enfants et 10 000 des femmes. Les réfugiés représentent aujourd’hui près de la moitié de la population : 6,5 millions de déplacés à l’intérieur du pays, 5 autres millions dispersés dans 5 camps de réfugiés en Turquie (2 700 000), en Irak (230 000), au Liban (plus d’1 million) et en Jordanie (660 000).

Dans ce contexte, il faut noter la lueur d’espoir dont témoignent chaque jour les frères mineurs de la Custodie de Terre Sainte. Ils ont décidé de rester dans le pays malgré tout, risquant leur propre vie (nous n’avons pas oublié l’enlèvement de frère Hanna Jallouf et frère Dhiya Aziz, ni, la mort tragique – au cours d’une opération de djihadistes – d’un religieux hébergé dans un couvent de la région d’Oronte, le père François Mourad).

Outre leurs encouragements sans relâche envers la population locale, les frères (syriens pour la plupart, présents à Damas, Alep, Lattaquié et dans les villages de l’Oronte) sont au service des plus pauvres, sans aucune distinction religieuse. Aussi bien proches des miséreux (et loin des compromis politiques), qu’assurant un accompagnement pastoral, ils exercent de nombreuses activités de bienfaisance : distribution de colis alimentaires et de biens de première nécessité, distribution d’eau et de gaz pour l’électricité et le chauffage.

Il y a aussi les interventions sanitaires et l’approvisionnement en médicaments, le soutien aux survivants des hôpitaux (en particulier à Alep) et aux œuvres éducatives. Enfin, la reconstruction, si possible, de ce qui a été détruit. Un soutien important pour le travail des Frères de la Custodie, provient des différentes Eglises à travers le monde, grâce à des dons et des programmes d’aides. Ces dernières années, l’Association pro Terra Sancta (l’ONG de la Custodie) a également tenu à donner un coup de main aux Frères et à la population locale, en promouvant une collecte de fonds pour des projets spécifiques.

Un témoignage de ce que les Franciscains (actuellement une douzaine) font en Syrie, nous vient du frère Alsabagh Ibrahim, curé de la paroisse latine d’Alep. Le texte a été publié sur Echo de Terre Sainte (en italien) de mars-avril : « Après les événements de fin décembre, avec la reconquête d’une grande partie de la ville, la situation est effectivement meilleure. Nous sommes heureux parce que la plupart des missiles ne tombent plus sur nos maisons ; d’autre part, cependant, nos conditions de vie nous laissent le cœur déchiré par la tristesse et la douleur. »

Parmi les situations que raconte le religieux, la visite dans les camps de réfugiés habités par la population musulmane d’Alep Est, est particulièrement touchante : « Des milliers et des milliers de familles qui n’ont ni maison ni nourriture ni eau potable. En tant que chrétiens, nous avons cherché à « agrandir » notre tente. Avec l’évêque Mgr George Abu Khazen et le nonce apostolique le cardinal Mario Zenari, qui est resté avec nous pendant quelques jours à Alep, nous nous sommes rendus à Jibrin où se trouvent les « camps terribles » avec des milliers et des milliers de personnes sans-abri. Nous sommes aussi allés dans une autre zone, à Nano, pour dispenser le nécessaire. Nous avons distribué beaucoup de vêtements, petits bouteilles de gaz pour le chauffage et pour la cuisine. »

La situation des enfants est particulièrement tragique : « Ce à quoi nous avons assisté nous a profondément impressionnés : voir de nombreux enfants qui n’ont pas les conditions minimales pour une vie digne ; mais aussi tant de femmes abandonnées par leurs maris qui ont fui parce qu’ils font partie d’al-Nosra, ou qui ont été tués, ou ont fui leurs responsabilités envers leurs enfants. J’ai demandé à un garçon de 8 ans à quand remontait sa dernière douche ; il me regardait avec de grands yeux. Et il m’a dit : “Je ne me souviens vraiment pas. Il y a longtemps, très longtemps ». Voici les signes d’un grand besoin, au niveau de l’hygiène, mais aussi de l’éducation. Tant et tant d’enfants qui nous ont accueillis en nous saluant sont dans le dénuement de tout ; ils n’ont pas d’école à disposition pour recevoir un minimum d’éducation. Ils seront les citoyens de demain et notre pays sera entre leurs mains. Avec les chrétiens de notre paroisse, nous avons été heureux de passer du temps parmi ces frères, pour pouvoir leur montrer quelque chose de l’amour du Christ. »

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