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Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

Jérusalem, au nom des femmes

Christophe Lafontaine
3 février 2018
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Jérusalem, au nom des femmes
Inauguration de la rue Oum Kalthoum, la célébre chanteuse égyptienne, dans le quartier de Beit Hanina à Jérusalem-Est. Photo by Yoav Ari Dudkevitch / FLASH90

Fin janvier, le Times of Israel a rapporté qu’un conseiller municipal de Jérusalem veut lutter contre la sous-représentation des femmes dans les noms de rues. Il proposera une première liste féminine au printemps.


Où sont les femmes ? « J’ai été choqué de voir que la liste des noms de nouvelles rues comprenait une femme et 15 hommes », a déclaré Yehuda Greenfield-Gilat, cité par le Times of Israel, le 31 janvier dernier. Le nouveau membre du conseil municipal du parti Yerushalmim est membre du comité des noms de rues de la municipalité de Jérusalem, indique le quotidien en ligne. Et l’élu de dénoncer le privilège hégémonique accordé aux hommes dans les odonymes (noms de rues) qui mettent en valeur des personnalités qui se sont illustrées dans l’Histoire. Roni Hazon Weiss, membre du conseil de l’organisation civique de Jérusalem et – elle aussi – du parti politique Yerushalmim, estimait il y a un an dans le même média que  seules 7 % des rues de Jérusalem portaient des noms de personnages féminins. 

Qui plus est, ces personnalités féminines sont souvent présentées comme « fille de » ou « mère de » et rarement pour leurs qualités propres. Ce fut longtemps le cas pour la rue Beruriyah et la rue Ruth où finalement des éléments de biographie plus pertinents ont été rajoutés sous leur patronyme figurant sur les plaques de la ville. 

Jérusalem n’est cependant pas la seule ville concernée. Yehuda Greenfield-Gilat constate que le problème existe aussi à Tel Aviv. La place Zina Dizengoff est un rare exemple dans la ville blanche.

« J’ai trouvé ça fou », a-t-il confié au Times of Israel. « Bien sûr, il y a 100, peut-être 50 ans, il y avait une gravité disproportionnée accordée aux hommes, mais cela a changé, et en 2018, il ne peut pas y avoir un tel déséquilibre. »

Soucieux de traduire ses préoccupations par des mesures de nomination explicitement destinées à aller vers un certain rééquilibrage, Yehuda Greenfield-Gilat a reçu l’aval de la maire-adjointe Yael Antebi, par ailleurs présidente du comité chargé d’accorder des noms aux rues à Jérusalem, pour préparer une liste de patronymes de « candidates solides ». Pour ce faire, le conseiller municipal veut se tourner  vers les habitants de Jérusalem au moyen d’une  vidéo. Intitulé « Les femmes sur la carte », le clip dresse un inventaire des divers quartiers de Jérusalem, invitant les hiérosolymitains à lever le nez de leur guidon pour découvrir les noms de rues de leur ville. 

Le constat est sans appel, il y a « pénurie générale de noms féminins », relaie le Times of Israel. Et l’objectif est clair : motiver les habitants de Jérusalem à suggérer des noms de grandes figures féminines qui méritent d’avoir une rue à leur nom. Pour qu’en matière d’odonymie, l’égalité ne soit plus à côté de la plaque…

Chaque proposition citoyenne nécessitera alors une lettre de recommandation et une courte biographie, fournissant des informations sur les raisons objectives pour lesquelles la personne proposée est digne de faire partie de la liste de noms de rues de Jérusalem.

Point de vue calendrier, Yehuda Greenfield-Gilat, prévoit de proposer sa première liste en février ou avril, en fonction de ce qu’il aura récolté.

Des candidates pour chaque culture

Le Times of Israel rappelle que « les questions de genre ne sont pas nouvelles à Jérusalem, une ville où les limites de la fracture homme-femme sont régulièrement contestées au mur Occidental, dans les bus publics et même sur les panneaux d’affichage. » D’ailleurs, Yehuda Greenfield-Gilat reconnaît dans les colonnes du journal que la mise en place de son initiative pourrait être plus hasardeuse dans les zones ultra-orthodoxes de la ville. Cependant, il estime que « le public haredi est aussi ouvert à la reconnaissance de femmes impressionnantes, et non seulement des rabbins ». 

Et de poursuivre : « Vous pouvez trouver des candidates qui correspondent à chaque culture ». A ce titre, la municipalité de Jérusalem a notamment approuvé fin décembre 2017, la désignation de la rue du Professeur Suzanne Daniel-Netaf (originaire de Tunisie, chercheuse du judaïsme hellénistique). Autre exemple, en 2012, une rue au nom de la diva de la musique égyptienne, Oum Kalthoum à été inaugurée à Jérusalem par le maire israélien de la ville, Nir Barkat. Elle se situe dans la partie arabe de Jérusalem, Jérusalem-Est, où de nombreuses rues n’ont pas eu de nom pendant des décennies. « L’astre d’Orient », par sa voix, continue de bénéficier d’une importante popularité auprès des Palestiniens, mais également auprès de certains juifs sépharades et juifs Mizrahim, descendant des communautés juives du Moyen-Orient.

Mais l’art de nommer les rues est – on le sait –  surtout à Jérusalem, un exercice qui peut servir des enjeux de mémoire, de culture et bien sûr de politique (passée, présente et future) au risque de récupérer ou taire des héritages. Mais ceci est un autre débat. Hyper-sensible, il en convient, pour la ville qui en trois mille ans est devenue trois fois sainte.