Terresainte.net - Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible.
Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

La ligne Haïfa-Ryad bientôt sur les rails?

Christophe Lafontaine
28 juin 2018
email whatsapp whatsapp facebook twitter version imprimable
La ligne Haïfa-Ryad bientôt sur les rails?
Le ministre des Transports Yisraël Katz devant une carte du réseau ferroviaire en projet le 5 avril 2017. © Miriam Alster/Flash90

Israël veut donner un coup d’accélérateur à son projet « Tracks for Regional Peace ». Une ligne ferroviaire de fret, israélo-sunnite, reliant Israël aux pays du Golfe via la Cisjordanie et la Jordanie.


Le Times of Israel a indiqué que la chaîne de télévision israélienne Hadashot (Les nouvelles) avait fait part le 23 juin dernier de l’initiative « Tracks for Regional Peace » (Des rails pour la paix régionale). Une ligne de chemin de fer entre Haïfa et l’Arabie saoudite via la Jordanie notamment. Coïncidence ou pas, cette communication intervient après que le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a rencontré la semaine dernière le roi Abdallah II de Jordanie quelques jours après que le royaume hachémite a bénéficié d’une aide de 2,5 milliards de dollars de la part de l’Arabie saoudite, des Emirats arabes unis et du Koweït, alors que le pays traverse une grave crise économique et sociale.

Toujours est-il qu’une vidéo de relations publiques réalisée par les services du Premier ministre israélien et de son ministre des Transports fait état des ambitions ferroviaire d’Israël pour la région qui avait été dévoilée officiellement lors d’une conférence de presse à Jérusalem le 5 avril 2017. Mais aujourd’hui, Benjamin Netanyahu et Yisrael Katz veulent passer à la vitesse supérieure et promouvoir leur plan. Selon le Times of Israel, le Premier ministre a ainsi chargé son bureau de présenter les avantages de ce plan à plusieurs dirigeants de pays européens et asiatiques, mais aussi arabes, particulièrement l’Arabie saoudite et ses voisins du Golfe. L’initiative avait été présentée en mars 2017 à l’américain Jason Greenblatt, l’émissaire spécial du président Donald Trump pour le Proche-Orient. Du reste, à ce stade, si la presse israélienne subodore un important soutien américain, aucune position officielle n’a été encore confirmée. Toutefois, à n’en pas douter, cela s’inscrit dans la logique de normalisation – de moins en moins cachée – sur les plans commerciaux et diplomatiques qu’opérent Israël et l’Arabie saoudite depuis quelques temps, quand l’actuel président américain tonne contre l’Iran.

Israël un « pont terrestre » et la Jordanie un « carrefour » 

Destiné à devenir un corridor commercial, la liaison ferroviaire ambitionne de relier l’Europe avec le port maritime de Haïfa au nord Israël (où seraient expédiées les marchandises) et les ports des pays du Golfe Persique, notamment celui de Dammam sur la côte est de l’Arabie saoudite. Aux dires du Times of Israel, la vidéo de relations publiques lancée par le gouvernement explique que « l’infrastructure de transport existante en Israël, en Arabie saoudite et dans le Golfe permettra l’application de l’initiative dans un laps de temps relativement court. »

Le quotidien en ligne croit savoir qu’ « un document publié par le gouvernement, intitulé « les rails de la paix régionale », décrit Israël comme un « pont terrestre » et la Jordanie comme un « carrefour » ». Ceci afin de permettre aux pays arabes d’avoir un accès terrestre à la méditerranée.

Concrètement, indique la même source, le plan envisage de prolonger vers l’est la ligne ferroviaire déjà existante du nord du pays de Haïfa à Beit Shean, qui s’étend de la méditerranée à la vallée du Jourdain sur 60 km. Une extension de 6 km devrait donc tirer jusqu’au passage frontalier israélo-jordanien Sheikh Hussein. Et se greffer ensuite physiquement sur le réseau ferroviaire jordanien, qui rejoindrait, à son tour, celui de l’Arabie saoudite au sud. Ainsi que celui des Etats du Golfe et de l’Irak à l’est et au sud-est. La ligne inclurait aussi un arrêt à Jénine au nord de la Cisjordanie, à une petite trentaine de kilomètres à l’ouest de Beit Shean. « Associant ainsi les Palestiniens au projet dans son ensemble », souligne le Times of Israel.

En décembre 2017, d’après l’édition française du site d’information Middle East Eye (MEE), le ministre israélien des Transports avait affirmé au journal en ligne arabe Elaph (solidarité) que les Jordaniens s’étaient engagés à compléter leur ligne de chemin de fer sur leur sol vers la frontière israélo-jordanienne, à l’ouest. Le ministre avait aussi dit qu’il espérait aussi que soit intégrée au plan – et en clair ré-impulsée – la ligne historique du Hedjaz en Arabie saoudite destinée à faciliter le pèlerinage à la Mecque qui reliait, au temps de l’empire ottoman, Damas en Syrie à Médine en Arabie Saoudite et qui desservait notamment, Amman, Bosra, Beyrouth, Haïfa, Acre, Naplouse…

Commerce et paix

Mais les bases de ce projet sont avant tout – on le devine aisément – économiques et commerciales. Elles sont aussi politiques. Depuis le début de la guerre civile en Syrie, Israël a ouvert son port de Haïfa afin de permettre un transit des marchandises en provenance de Turquie et d’Europe à destination des états arabes de la région du Golfe. Pour autant, le transit reste limité en raison des faibles capacités de transport et des routes de transport terrestre bloquées en Syrie et en Irak. D’autre part, d’après les inspirateurs israéliens du projet, le détroit d’Ormuz dans le golfe Persique et au détroit de Bab al-Mandab à l’extrémité sud de la mer Rouge sont tout deux menacés par l’Iran. Rendant ainsi incertain et donc plus cher le transit commercial.

C’est face à ce double enjeu que le réseau « Tracks for Regional Peace » devrait offrir des routes commerciales plus courtes et plus rentables. Permettant de transporter des marchandises en train, plutôt qu’en camion, vers, via et depuis la Jordanie. Au vu de ces considérations, le projet prévoirait que le volume des échanges commerciaux augmente jusqu’à 250 milliards de dollars, en 2030.

L’autre argument qui vient en soutien au projet, est diplomatique. « Au-delà de sa contribution à l’économie israélienne, jordanienne et palestinienne, l’initiative reliera Israël économiquement et politiquement à la région et consolidera concrètement la situation dans la région », avait déclaré le ministre Yisraël Katz, lors de la conférence de presse d’avril 2017. Le ministre des Transports, qui s’oppose à la création d’un Etat palestinien, – rappelle le Times of Israel, a soutenu que le fait de relier les Israéliens et les Palestiniens au monde arabe sunnite augmenterait considérablement les échanges commerciaux et jetterait les bases d’une future paix régionale. Ayant derrière la tête aussi, l’établissement d’un front « pragmatique » contre Téhéran et l’axe chiite. La chaîne 10 de la télévision israélienne ne s’y est pas trompée : « la construction de ce chemin de fer vise à renforcer les relations entre Israël et les pays de la région et à faire face à l’Iran ». Toutefois, l’Etat hébreu, qui a livré trois guerres à ses voisins arabes, a signé des traités de paix avec la Jordanie et l’Egypte mais pas avec le royaume saoudien. Officiellement, les deux pays sont encore en guerre. Mais conformément à l’adage « l’ennemi de mon ennemi est mon ami » …

———-

Sur le même sujet

Quand la Palestine prenait le train – 10 pages parues dans Terre Sainte Magazine Mars avril 2012

Une gare ferroviaire au pied du mur occidental? – 15 janvier 2018

Le tunnel ferroviaire de Tulkarem pourrait être rénové – 28 aout 2017