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Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

Il y a 14 400 ans, la Jordanie fleurait le bon pain

Christophe Lafontaine
24 juillet 2018
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Il y a 14 400 ans, la Jordanie fleurait le bon pain
Une des structures en pierre du site de Shubayqa 1 où l'on a trouvé l'ancien pain © Arranz-Otaegui et al. 2018.

Des restes du plus vieux pain du monde, cuit il y a 14 400 ans - 4 000 ans avant l’apparition de l’agriculture - ont été retrouvés sur un site jordanien. Reste à savoir si la boulangerie a précédé la culture céréalière.


Traditionnellement, les historiens lient le pain à l’apparition de l’agriculture. C’est-à-dire à la domestication des céréales et des légumineuses. Au moment dit de la « révolution néolithique », vers le 8e millénaire avant J.-C.

Mais une découverte sur un site archéologique en Jordanie fouillé entre 2012 et 2015 indique que les chasseurs-cueilleurs de la méditerranée orientale savaient fabriquer du pain bien avant l’ère agricole.
Contrairement aux idées reçues qui considéraient jusqu’à présent que la plus ancienne preuve de pain datait de 9 100 ans et provenait d’un site  en Turquie. A Çatal Höyük exactement.

Ainsi, les miettes du pain retrouvé dans le « désert noir » au nord-est de la Jordanie sur le site de Shubayqa 1, d’époque natoufienne (Paléolithique final au Proche-Orient), l’institueraient comme le plus vieux du monde.

Aux dires d’Amaia Arranz-Otaegui, chercheuse postdoctorale en archéobotanique à l’Université de Copenhague, «  la présence de pain sur un site de cet âge est exceptionnelle. » Celle qui est l’auteure principale de la recherche publiée le 16 juillet 2018 dans la revue PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences) n’hésite pas à déclarer que « nous savons maintenant que des produits semblables au pain ont été cuisinés bien avant le développement de l’agriculture. »

Elle n’était pas seule au moment des fouilles. La découverte a été faite par une équipe de chercheurs britanniques et danois de l’université de Copenhague, de l’University College London et de l’université de Cambridge. Les chercheurs ont étudié les restes de nourriture brûlée découverts dans un four en pierre – structure ovale avec un trou au milieu, entourée de pierres de basalte plates disposées soigneusement. Puis ont analysé et datés 24 restes carbonisés dudit pain. Grâce entre autres à un microscope électronique à balayage.

A priori, plus qu’un pain, il faudrait mieux parler d’une galette de céréales, plutôt plate car très probablement cuite sans levain. Son apparence se rapprocherait de ce que sont aujourd’hui les pitas et présente beaucoup de similitudes avec celle des pains plats non levés identifiés sur plusieurs sites néolithiques et romains en Europe et en Turquie. 

Les Natoufiens du Levant auraient donc produit – 4000 ans avant l’apparition « officielle » de l’agriculture – ce pain  à partir de céréales sauvages (et donc non cultivées) telles que l’orge, l’engrain ou l’avoine, ainsi qu’à partir de tubercules d’un parent du papyrus aquatique qui ont été moulues en farine.

« Nous devons maintenant évaluer s’il existe une relation entre la production de pain et les origines de l’agriculture », a déclaré Amaia Arranz-Otaegui. « Il est possible que le pain ait incité les gens à se lancer dans la culture et l’agriculture, si cela devenait un aliment désirable ou très recherché », affirme-t-elle. Autrement dit, est-ce que la demande a provoqué l’offre ? Et favorisé ainsi l’avènement d’un marché agricole ?

Ce qui est sûr c’est que la culture natoufienne se caractérise par les premières expériences de sédentarisation au Proche-Orient. Il est donc aisé de comprendre que le régime alimentaire a commencé à changer à cette époque. Mais vu que les céréales n’étaient pas cultivées, il est fort à parier que le pain restait une denrée rare vu le travail trop intense requis pour sa préparation et  faute de rendements agricoles. De fait, « le pain nécessite un processus de production intensif entre le décorticage des graines, le broyage, le pétrissage et la cuisson », précise Dorian Fuller, archéobotaniste à l’University College de Londres, au Telegraph.

Un ancêtre du sandwich ?

Peut-être faut-il en déduire que sa confection puis sa consommation étaient réservées occasionnellement pour des fêtes ou des cérémonies rituelles. Les chercheurs n’ont pas encore la réponse. Il est en tous les cas fort probable que les chasseurs-cueilleurs utilisaient probablement le pain pour l’enrouler autour de la viande grillée comme un sandwich. Des ossements d’une douzaine d’animaux retrouvés avec les miettes confirmeraient cette idée. Quoi qu’il en soit, il s’agit d’une découverte importante, car c’est la première fois que l’on observe que ces types d’ingrédients sont mélangés pour réaliser un repas.

Mais peut-être que de son emploi  d’abord exclusivement social ou rituel, le pain est apparu peu à peu comme aliment de base vital aux fortes valeurs joutées nutritives, augmentant le taux de glycémie de l’homme. Les Natoufiens ont sans doute jeté les prémices de la révolution agricole avec l’envie de produire plus de pains et de manière plus pratique. Cela expliquerait pourquoi les anciens peuples ont d’abord commencé à cultiver le blé et l’orge puisque ces céréales occupaient déjà une place particulière dans leur quotidien.

D’ailleurs, « les faucilles en silex ainsi que les outils en pierre trouvés sur les sites natoufiens au Levant nous ont aiguillés sur l’idée que cette population avait commencé à exploiter les plantes d’une manière différente et peut-être même plus efficace », explique Tobias Richter, professeur associé d’archéologie à l’université de Copenhague et coordinateur de l’étude parue dans la revue PNAS.  La découverte du pain, estime-t-il par ailleurs, « montre que la cuisson a été inventée avant la culture des plantes. »

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