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Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

Un village 100% araméen en Israël ?

Christophe Lafontaine
7 septembre 2018
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Un village 100% araméen en Israël ?
Shadi Khalloul, président de l'Association des chrétiens araméens d�Israël ©Yaakov Naumi/Flash90

Shadi Khalloul, de l’Association des chrétiens araméens d’Israël a soumis au bureau du Premier ministre israélien un projet de ville nouvelle pour les chrétiens araméens en Israël. Un genre d’initiative controversé.


L’araméen n’est pas une langue morte. Lorsqu’il était étudiant aux Etats-Unis, il y a quelques années de cela, Shadi Khalloul (un chrétien israélien de 42 ans) a pourtant entendu l’inverse. Ce fut pour lui un déclic. Lui et sa famille parlant l’araméen, il s’est alors donné comme ambition de préserver la culture et la langue araméennes.

Dans un article publié le  28 août 2018 dans le Daily Wire, un site américain d’information conservateur,  Shadi Khalloul explique que les chrétiens araméens modernes sont nés en Israël et qu’ils sont les descendants des premiers chrétiens. C’est pourquoi celui qui est aujourd’hui président de l’Association des chrétiens araméens d’Israël ne rêve que d’une chose : créer une ville nouvelle en Israël qui serait réservée aux chrétiens araméens (de langue et/ou de liturgie araméenne).

Shadi Khalloul fait remarquer au Daily Wire qu’Israël a des villes juives, des villes bédouines, des villes arabes, des villes druzes et des villes mixtes, mais pas une ville araméenne. « En tant que minorité, affirme-t-il, nous voulons vivre comme des chrétiens araméens autochtones et pouvoir avoir une seule ville araméenne capable de préserver notre foi chrétienne, notre langue araméenne, notre identité ethnique et notre héritage », explique-t-il. Selon lui, 15 000 chrétiens israéliens (13 000 selon le journal Haaretz) prient en araméen en Israël et la majorité d’entre eux appartiennent à l’Eglise syriaque maronite d’Antioche. Il avance même que certains se sont déjà  engagés à déménager dans la future ville.

Le lieu serait tout trouvé. Près de l’ancien village de Kafr Bir’im, au nord d’Israël. Shadi Khalloul explique que 1 050 chrétiens appartenant à l’Eglise syriaque maronite d’Antioche parmi lesquels figuraient ses ancêtres, y ont vécu pendant les 400 années qui ont précédé son évacuation pendant la guerre d’indépendance israélienne de 1948. Par la suite, en 1953, le village a presque entièrement été détruit.

Shadi Khalloul croit en son projet et dit que le tourisme sera la principale source de revenus de la ville. Ainsi, il vise sur 60-80 hectares la construction de 250 à 500 maisons, d’un hôtel, d’une école qui « fera revivre la langue parlée de Jésus ». Dans les rues les gens parleront l’araméen. Il espère aussi attirer des usines et des entreprises. Il dit aussi que la ville possèdera  un « centre culturel » pour encourager l’apprentissage de la langue araméenne et un centre de recherche qui se concentrera sur la construction de relations juives et chrétiennes. Car pour lui, le projet permettra « d’expliquer davantage nos racines communes avec les juifs. » Pour mémoire, une grande partie du Talmud est écrite en araméen.

Tout récemment, indique le Daily Wire, Shadi Khalloul a rencontré le directeur général du bureau du Premier ministre, Yoav Horovitz pour lui soumettre la demande de terrain et les tenants et aboutissants du projet de ville nouvelle araméenne. Cette dernière pourrait être baptisée « Aram Hiram ». « Aram » qui est le nom, dit-il, de tous les royaumes araméens de la Bible. Et  « Hiram » faisant référence au roi Hiram du Liban qui a fourni du bois (provenant des cèdres) à Salomon pour l’aider à la construction du temple de Jérusalem.

La tentation de la division

Zélé, Shadi Khalloul avait déjà rencontré en 2013 le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu. Il s’en était suivi, en septembre 2014 une décision du ministère israélien de l’Intérieur de reconnaître comme « araméens » les Israéliens chrétiens qui ne souhaitaient plus être désignés comme « arabes ». Pour rappel, le choix de la nationalité (en l’occurrence ici araméenne) est différent de la citoyenneté qui, elle, est israélienne.

La Commission Justice et Paix des Ordinaires catholiques de Terre Sainte avait alors vigoureusement dénoncé dans un communiqué cette initiative au motif qu’elle contribuait à diviser entre eux les Arabes israéliens qui s’identifient aussi sous le terme de palestiniens d’Israël, étant les descendants des Arabes qui restèrent dans les frontières de l’Etat d’Israël après la guerre de 47-49.

Le communiqué affirmait : « aujourd’hui en Israël, nous sommes palestiniens arabes », cette mesure vise à « séparer les chrétiens palestiniens des autres Palestiniens. » C’est-à-dire vise à démarquer parmi les citoyens israéliens non-juifs, les musulmans des chrétiens. Il est à craindre aussi une division entre chrétiens. D’un côté les chrétiens parlant l’araméen ou étant de liturgie araméenne. De l’autre, les chrétiens de langue et culture arabes. Traditionnellement enfin, les Eglises chrétiennes de Terre Sainte rejettent toute tentation de repli sur soi.

A l’opposé, Shadi Khalloul et ceux ralliés à sa cause voient dans ce projet un facteur d’intégration plus poussée les chrétiens araméens dans la société israélienne. Shadi Khalloul souligne d’ailleurs que les résidents qui décideraient de vivre dans la ville nouvelle devront respecter deux règles. « 1. Nous sommes tous des Israéliens et des citoyens égaux, mais nous auront notre spécificité d’araméen et nous serons enregistrés comme araméens. 2. Tout le monde doit signer un accord avec le ministère de la Défense pour que les enfants soient obligés de servir dans l’armée israélienne », énonce celui qui a servi dans les forces de défense israéliennes. Un point auquel ne souscrivent pas, là encore, les Eglises de Terre Sainte pour qui les chrétiens arabes qui sont citoyens d’Israël n’ont pas à renier leurs racines et ont le devoir de rester unis, en conservant leur identité arabo-palestinienne.

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