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Canonisation de Paul VI: l’écho oecuménique de Mar Saba

Christophe Lafontaine
20 octobre 2018
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Canonisation de Paul VI: l’écho oecuménique de Mar Saba
Translation des reliques de Saint Saba en 1965, chapiteau dans la galerie franciscaine du Saint-Sépulcre de Jérusalem ©M.-A. Beaulieu/CTS

Dans la nuit du 13 au 14 octobre, le corps de Saint Sabas (439-532 après J.-C) a été placé dans un reliquaire neuf. Un écho quasi simultané à la canonisation de Paul VI qui avait permis la restitution des reliques en 65.


La semaine dernière, dans la nuit de samedi à dimanche, les membres de l’Eglise grecque-orthodoxe de Terre Sainte ont déposé la dépouille de Saint Sabas (en syriaque Mar Saba) dans un nouveau reliquaire. C’est le patriarche grec-orthodoxe, Theophilos III, qui a célébré à la laure de saint Sabas (ou monastère Mar Saba), lovée dans le désert de Judée, la divine liturgie à l’occasion du transfert de ces saintes reliques « dans un nouveau et élégant reliquaire en argent », annonce le site du patriarcat grec-orthodoxe de Jérusalem.

Considéré comme l’un des plus anciens monastères habités au monde, le monastère Mar Saba – inaccessible aux femmes – se trouve dans le sud de la Cisjordanie à mi-chemin entre la vieille ville de Jérusalem et la mer Morte, dans le gouvernorat de Bethléem. Le monastère a été fondé à flanc de montagne par saint Sabas en l’an 483. C’est là qu’il a composé le Typikon de Jérusalem (instructions sur l’ordonnancement et les hymnes de l’office divin). Le Typikon est devenu la norme dans toute l’Eglise orthodoxe orientale. Le monastère est aussi connu pour avoir accueilli au VIIe siècle, saint Jean Damascène.

Saint Sabas ardent défenseur du concile de Chalcédoine fut avec son contemporain saint Théodose le Grand, l’un des principaux organisateurs des communautés monastiques en Terre Sainte.

Jusqu’à présent les reliques du saint, logées dans le catholicon (église principale) du monastère de Mar Saba reposaient dans une sorte de cercueil de verre aux armatures en bois qui avait été rapporté d’Europe en 1965. Le nouveau reliquaire, quant à lui, est finement ciselé et recouvert d’une vitre qui permet encore de voir et vénérer le corps du grand saint de Judée notamment par les couples en désir d’enfant et les malades du cancer.

Le corps de Saint Sabas est reconnu comme incorrompu, indique le site du patriarcat grec-orthodoxe. C’est-à-dire que le corps n’a pas ou peu subi de putréfaction. L’Eglise orthodoxe (comme l’Eglise catholique) perçoit l’incorruptibilité des corps comme un signe de sainteté.

Aux dires de l’higoumène du monastère (le père abbé), la cérémonie fut des plus émouvantes. « Nous rendons grâce à Dieu plein de miséricorde qui nous a jugés dignes de changer les vêtements liturgiques de notre saint, de recevoir sa grande bénédiction, nous tous qui avons participé à ce beau service », a déclaré le supérieur du monastère, l’archimandrite Evdokimos. Le Patriarcat grec-orthodoxe a publié sur son site des clichés de cette célébration singulière au cœur du monastère Mar Saba où théoriquement les appareils-photo sont interdits sauf à l’occasion des fêtes du patriarcat.

Un épilogue œcuménique

Cette cérémonie singulière du transfert des reliques d’un reliquaire à l’autre, vient conclure une épopée qui s’étend sur plusieurs siècles. Le corps du saint capadoco-syrien, ayant vécu en « Palaestina Prima (Palestine de la période byzantine) une grande partie de sa vie de moine, avait été dérobé pendant les croisades et vendu à des nobles vénitiens. A compter du XIIe siècle, le corps de saint Sabas, reposa dans la Basilique saint Marc à Venise. Il aura fallu attendre octobre 1965 pour que les reliques quittent la cité des Doges et reviennent solennellement en Terre Sainte dans le monastère d’origine du saint. Le retour du corps de Sabas le Sanctifié avait été décidé lors de la rencontre historique entre le pape Paul VI et le patriarche œcuménique de Constantinople Athénagoras Ier, le 5 janvier 1964 au Mont des Oliviers à Jérusalem. Pour mémoire, la dernière rencontre d’un pape et d’un patriarche œcuménique remontait à 1439. Celui qui allait devenir le patriarche Theophilos III et l’hiérodiacre Cyriaque, actuellement métropolite de Nazareth sont les deux témoins encore vivants de cet événement, il y a 53 ans, précise l’archiprêtre Alexander Abraham Winogradsky Frenkel sur sa page LinkedIn. A Jérusalem, un chapiteau rappelle cette restitution dans la basilique du Saint Sépulcre.

Comme en écho à ce geste œcuménique, la déposition du corps de Saint Sabas dans son nouveau reliquaire le week-dernier a eu lieu quelques heures avant que soit canonisé Place Saint-Pierre à Rome, Paul VI. « Il avait ouvert la voie au dialogue et à l’espoir et avait béni le retour de la maison de Mar Sabas », se souvient le père Winogradsky Frenkel. Alors « hasard ou providence, l’Eglise de Jérusalem fut liée, dans ce haut-lieu de la spiritualité chrétienne (ndlr : monastère Mar Saba), à cette canonisation du pape qui mit en œuvre les intentions du Concile de Vatican II. » Notamment dans le développement des relations œcuméniques. Un événement historique que n’ont pas manqué de commémorer le Patriarche Bartholomée 1er, successeur d’Athénagoras, et le Pape François, successeur de Paul VI, cinquante ans après, à Jérusalem en mai 2014.

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