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Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

Du défi de combler le fossé entre Israël et la diaspora

Christophe Lafontaine
26 octobre 2018
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Du défi de combler le fossé entre Israël et la diaspora
Le chef de l'Agence juive, Isaac Herzog à Tel-Aviv, le 23 octobre 2018. © Miriam Alster / FLASH90

Le président d’Israël et le directeur de l’Agence juive ont appelé à renforcer les liens entre les juifs d’Israël et de l’étranger, lors de l’AG des Fédérations juives d’Amérique du Nord tenue fin octobre, à Tel Aviv.


8% des juifs israéliens contre 50% des juifs américains s’identifient comme juifs libéraux (réformés). 43% des juifs israéliens contre 61% des juifs américains pensent qu’Israël et un Etat palestinien indépendant peuvent coexister. 49% de juifs israéliens contre 80% des juifs américains pensent que les rabbins non orthodoxes devraient officier lors des cérémonies juives en Israël. Et, même si 95% des juifs israéliens comme 95% des juifs américains sont fiers d’être juifs, les chiffres parlent d’eux-mêmes et donnent la mesure des fissures qui se creusent entre les juifs de la diaspora et ceux d’Israël. « Nous partageons un héritage. Et un avenir. Mais nous ne voyons pas toujours les choses de la même manière. » C’est le slogan qui accompagne ces statistiques publiées sur le site officiel de l’Assemblée générale des Fédérations juives d’Amérique du Nord (JFNA). La grand-messe, qui revient tous les cinq ans, s’est tenue pour la toute première fois à Tel Aviv du 22 au 24 octobre, et a réuni selon le Jerusalem Post, 2600 représentants de la diaspora (essentiellement américaine et canadienne) et des communautés juives israéliennes. Ces deux pôles, regroupent à eux seuls 80% de la population juive mondiale.

Mais le cousinage tangue selon des lignes géographiques. L’Etat hébreu a beau être laïc, les affaires religieuses sont sous la coupe du rabbinat orthodoxe. Or, la communauté américaine, elle, est composée majoritairementnon pas de juifs orthodoxes mais de juifs « réformés » et « conservateurs » (ou massortis). Autre grande différence, les juifs américains votent surtout démocrate, alors que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’appuie sur le parti républicain et les puissants lobbys chrétiens évangéliques aux Etats-Unis. Des désaccords sont ainsi apparus face au manque de pluralisme religieux en Israël pointé du doigt par les juifs nord-américains. Un autre sujet emblématique a été le projet de zone mixte au mur Occidental dont l’ouverture a été longuement retardée. Le gouvernementisraélien a annulé – au grand dam de la diaspora – ses plans, suite aux pressions ultra-orthodoxes, mais a depuis ouvert la zone sous une forme plus réduite que celle initialement prévue. Figurent également sur la liste des points de crispation, la problématique des conversions, la loi sur l’Etat-nation juif, la manière de gérer le conflit israélo-palestinien, l’intégration des communautés haredi (ultra-orthodoxes) et arabes dans la société israélienne actuelle.

Pour Benjamin Netanyahu, cependant,le problème n’est pas tant qu’Israël prenne ses distances vis-à-vis de la diaspora juive, ou que la diaspora s’écarte d’Israël, mais que la diaspora s’éloigne du judaïsme.C’est ce qu’il avait déclaré fin septembre lors d’un voyage aux Etats-Unis, citant un article du magazine Mosaic. Mercredi, devant les participants à l’AG, il a estimé que le développement d’une conscience et d’une fierté juives chez les jeunes est la plus importante mission dont la diaspora doive s’acquitter. Il a déclaré vouloir qu’Israël soit un foyer pour « tous les juifs » – libéraux, conservateurs et orthodoxes.Le chef du mouvement Réformé en Israël, le rabbin GiladKariv, sceptique sur les velléités du Premier ministre (allié avec les juifs ultra-orthodoxes), l’a plutôt accuséde ne pas reconnaître son rôle dans la crise avec la diaspora juive.

« Nous devons parler »

En référence explicite aux relations tendues qui se sont développées entre certaines parties de la communauté de la diaspora et Israël, l’Assemblée générale de la JCNA, cette année, a voulu s’articuler autour du thème injonctif « Nous devons parler ». La situation est telle qu’elle représenterait même une « menace existentielle » selon le nouveau président de l’Agence juive pour Israël. Cet organe (gouvernemental) est chargé de l’immigration juive en Israël (Alya). Dans son intervention, mardi, Isaac Herzog n’y est pas allé par quatre chemins : « Nous ne pouvons plus faire semblant d’être tous les mêmes », a-t-il asséné.

Le Times of Israel a souligné qu’Isaac Herzog a appelé mardi à un dialogue urgent pour renouer l’amitié entre les juifs d’Israël et de l’étranger pour ne pas « risquer de perdre une part importante du peuple juif. » L’ancien chef de l’opposition travailliste, rapporte le quotidien en ligne a expliqué que « l’indifférence mutuelle constituait une grande partie du problème ». Autrement dit, certains Israéliens refusent de reconnaître les juifs américains non-orthodoxeset certains Américains n’appréhendent pas la place centrale qu’occupe Israël dans la vie juive.

L’ancien leader de gauche a formulé le vœu dedévelopper « des centaines de débats entre les communautés juives, entre les courants de pensée, à travers les continents ». Isaac Herzog a aussi appelé le gouvernement israélien à « honorer son engagement historique de prendre soin du peuple juif de la diaspora en allouant une part substantielle de son budget annuel à une entreprise nationale de diffusion et d’enseignement de l’hébreu dans le monde juif. » Et a ajouté qu’«à partir de maintenant, ce sera le droit de naissance de chaque jeune juif, où qu’il vive, non seulement de visiter cette patrie historique, mais également d’apprendre la langue du peuple juif, son patrimoine et son avenir. »

Vers un nouvel accord

Devant le même constat, la veille, le président d’Israël Reuven Rivlin qui a ouvert l’AG a appelé à un nouvel accord entre Israël et les juifs de diaspora, a rapporté la chaîne de télévision i24News. Pour le chef de l’Etat hébreu, cet accord devrait s’inscrire dans le sillage de celui qui avait été signé en 1950 par le Premier ministre israélien, David Ben Gourion, et le président du Comité juif américain, Jacob Blaustein, qui définissait les relations entre Israël et la communauté juive américaine. « L’accord Blaustein-Ben Gurion […] a habilement combiné l’équilibre entre responsabilité mutuelle profonde et la non-ingérence. Nous devons chérir ce principe », a exhorté le chef de l’Etat qui invite à sceller un nouvel accord qui répondrait « aux réalités et aux défis actuels », a-t-il souligné.

Le président Rivlin a également soutenu l’idée de créer sous le principe des vases communicants des « Taglit inversés », ces voyages éducatifs et culturels de 10 jours en Israël qui permettent aux jeunes de confession juive, âgés de 18 à 26 ans de découvrir (Taglit signifie « découverte ») en hébreu une nouvelle signification de leur identité juive personnelle et leur lien avec l’histoire et la culture juive. Un « Taglit inversé » permettrait d’«exposer davantage » les juifs israéliens aux écoles, aux camps et aux communautés juives de l’étranger. « Il est temps (ndlr : pour eux) de réaliser et de ressentir qu’ils ont une famille, une famille qu’ils doivent prendre en considération. » a-t-il martelé, indique le Times of Israel.

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