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Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

Sammak: Un dialogue possible grâce à Wojtyła

Stefano Pasta
18 octobre 2018
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De Bologne, Mohammad Sammak, l'une des personnalités musulmanes libanaises les plus engagées dans le dialogue avec les catholiques, reconnaît le mérite historique des intuitions de saint Jean-Paul II.


Il y a 40 ans, le 16 octobre 1978, après un conclave inattendu, le cardinal Karol Wojtyła fut élu pape. L’hebdomadaire Time titra en une The Church in Shock, L’Eglise sous le choc. L’élection de Jean-Paul II en troubla plus d’un et ouvrit une crise chez ceux appelés jsuqu’alors « conservateur-progressiste » : et relégué au rang de « conservateurs ».  Jean-Paul II était un évêque de Vatican II, il avait une forte personnalité formée dans la résistance aux deux totalitarismes du XXe siècle.

C’était un pape charismatique qui sut inviter un Occident fatigué et apeuré à ne pas avoir peur : dans le contexte bloqué de la Guerre froide, il a nourri la confiance pour que puissent s’ouvrir des portes et a communiqué cette confiance aux peuples, pour les aider à sortir de la peur et de la résignation. « Mais ce n’était pas seulement le pape des chrétiens. Au Liban, il était le pape de tous les Libanais ». C’est ce qu’affirme Mohammad Sammak, conseiller politique du Grand Mufti du Liban, en prenant la parole lors de la conférence internationale Ponti di Pace organisée par la Communauté Sant’Egidio à Bologne du 14 au 16 octobre. L’intervenant sunnite, convaincu de l’importance de la présence des minorités dans le monde arabo-islamique, se souvient de la visite de Jean-Paul II à Beyrouth en 1997 : « De l’aéroport à l’église dédiée à Saint François d’Assise, il y avait tout le pays sur place : musulmans et chrétiens, indifféremment, pleuraient émus, portant des drapeaux du Vatican, les filles étaient en voile blanc. De plus, dans le vaste espace s’étirant de l’Indonésie au Maroc, il n’y a qu’une seule statue en l’honneur d’un pape, Elle se trouve au cœur du « quartier musulman » de Beyrouth, dans le quartier chic de Clémenceau, et elle est dédiée à Wojtyła. ».

Sammak entretenait une relation amicale avec Jean-Paul II, nourrie de rencontres et de relations épistolaires ; en 1995, il l’invita à Rome en tant qu’expert du Synode pour le Liban. En 1986, il était l’un des représentants sunnites à la Journée internationale de prière pour la paix, lorsque le pape a convoqué à Assise les chefs de toutes les religions du monde : « Il avait l’intuition – dit Sammak – que des religions jaillissait une source de paix. On ne devait pas discuter, mais prier les uns à côté des autres. Il nous a appelés « frères ». Le message était clair : jamais plus les uns contre les autres ». Ce fut un tournant historique : « Même nous, représentants musulmans, pressentions que nous vivions un moment historique. Le plus important dans le dialogue islamo-chrétien depuis la visite de saint François à Damiette ». Pour l’analyste libanais, « Assise a marqué la reprise du dialogue et de nombreux dirigeants islamiques ont commencé à étudier la déclaration Nostra Aetate de Vatican II, découvrant enfin sa valeur ».

Dans la ville de Saint-François, Jean-Paul II a déclaré : « La paix est un chantier ouvert à tous, pas seulement aux spécialistes, aux savants et aux stratèges ». Et à la fin, il a lancé un appel : « Continuons à diffuser le message de la paix et à vivre l’esprit d’Assise ! » « A ce moment de l’histoire – dit Sammak – beaucoup se sont senti la responsabilité de ne pas laisser tomber cet appel. Ce fut la Communauté Sant’Egidio qui recueillit cet héritage, prolongeant ce que nous avons appelé « l’esprit d’Assise ». D’année en année, la participation des chefs religieux aux réunions s’est poursuivie jusqu’à cette année à Bologne ». Le conseiller du Grand Mufti était un invité régulier aux événements de Sant’Egidio. Il souligne l’importance de ces réunions : « Le dialogue souffre d’un manque de connaissances et de malentendus. En nous inspirant de la culture franciscaine qui sait comment construire des ponts, nous devons corriger les stéréotypes. Au Moyen-Orient, un préjugé répandu est celui selon lequel les chrétiens d’Orient sont les descendants des croisés, oubliant qu’ils étaient présents avant l’Islam ».

Pour Sammak, le problème est « lorsque la foi devient seulement une pratique identitaire ». « Au Moyen-Orient – poursuit-il – il y a parfois trop de religions, mais trop peu de spiritualité ». Comme l’a déclaré Andrea Riccardi en introduisant Ponti di Pace (Ponts pour la paix), « même les religions risquent d’être attirées par des œuvres de fortification de leur propre espace et de leur identité, en proie à des nationalismes ou des antagonismes. L’auto-référentialité des religions, enfermées dans leurs clôtures, est le sommeil de l’esprit. Cela se produit lorsque des projets d’unité ou de communauté entre peuples sont en crise ; les tensions unitives entre les communautés religieuses se sont atténuées. La prévalence réaliste du moi ou du moi circonscrit s’affirme ».

Selon l’intervenant sunnite, déjà secrétaire général du Comité islamique permanent du Liban, son pays reste un modèle de cohabitation à considérer : « Les relations entre les personnes de différentes religions devraient être fondées sur la foi en le pluralisme et la diversité. La citoyenneté d’un État ne repose pas sur la tolérance, mais sur les droits. Au tout premier signe de changement ou de tension dans les relations, la tolérance pourrait conduire à une violation des droits de l’homme. Les droits, eux, sont fondés sur l’égalité et la justice, et protègent les relations humaines et nationales par le respect mutuel. Exactement ce dont nos États nationaux ont besoin et sur lesquels ils devraient être fondés ».

Le Liban à la barre

Au pays des Cèdres, il existe 17 communautés religieuses différentes et, aujourd’hui, le Liban vit une impasse politique qui pourrait nuire à son équilibre interne. Le 11 octobre, le plus grand journal libanais, an-Nahar, a publié une édition vide pour protester car cinq mois après le vote, le pays n’a toujours pas de nouveau gouvernement. Le conseiller du Grand Mufti, Sammak, est clair : « Les problèmes ne sont pas d’ordre religieux, mais ils sont liés aux ambitions politiques ».

Saad Hariri, nommé Premier ministre pour la troisième fois, tente de former un nouveau gouvernement d’union national qui, composé de représentants des principales forces politiques, puisse accompagner le pays sur la voie des réformes économico-structurelles. Aujourd’hui, la dette publique représente environ 150% du produit intérieur brut – le troisième plus élevé au monde -, tandis que le déficit budgétaire a récemment dépassé 20% du PIB. Cependant, les négociations se heurtent à des difficultés, chaque partie essayant d’obtenir plus de poids dans le nouvel exécutif.

Aux élections législatives de mai, les premières depuis 2009, la majorité a été conquise par le blocus des alliés du Hezbollah, parmi lesquels les chrétiens du Mouvement patriotique libre (FPM) du président Aoun et du parti chiite Amal de Nabih Berri. Ils ont confirmé pour la sixième fois le président du Parlement. Bien qu’en 2017, la nouvelle loi électorale a remplacé le mode majoritaire par un système basé sur la proportionnelle avec un quota de 10%, depuis l’indépendance de 1943, la structure institutionnelle reste fondée sur le confessionnalisme. Chacune des communautés religieuses a son propre quota de sièges au Parlement et les principaux bureaux sont répartis entre les trois confessions les plus nombreuses : le président de la République doit être chrétien maronite, le premier ministre sunnite et le président du parlement chiite. (S.P.)

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