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Sur fond de crise à Gaza, le président d’Israël au Vatican

Christophe Lafontaine
15 novembre 2018
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Sur fond de crise à Gaza, le président d’Israël au Vatican
Le président israélien Reuven Rivlin lors de sa première visite chez le pape François au Vatican, le 3 septembre 2015 © Haim Zach / GPO

Le 15 novembre, le pape a reçu le président d’Israël après une poussée de fièvre à Gaza. L’occasion a aussi été donnée d’évaluer les relations entre les autorités en Israël et les communautés catholiques locales.


« L’Etat achète le calme à court terme au prix de graves dommages à long terme pour la sécurité nationale. » Le ministre israélien de la Défense a ainsi présenté hier sa démission suite à l’accord passé le 13 novembre indirectement entre Israël et les groupes palestiniens dans la bande de Gaza (notamment le mouvement islamiste du Hamas). En trois jours, plus de 400 roquettes ont été tirées depuis Gaza contre le territoire de l’Etat hébreu, et de son côté l’aviation israélienne a bombardé les sites du Hamas et du Djihad islamique dans l’enclave palestinienne. Quinze Palestiniens ont été tués ainsi qu’un officier israélien.

Le désormais ex-ministre de la Défense, Avigdor Lieberman, a appelé à la dissolution du gouvernement israélien et à la convocation de nouvelles élections (normalement prévues pour novembre 2019).

La situation globale demeure extrêmement volatile et le risque d’une nouvelle guerre – ce serait la quatrième en dix ans – entre Israël et le Hamas qui gouverne la bande de Gaza, n’est pas à écarter.  

Mgr Giacinto-Boulos Marcuzzo, le vicaire patriarcal latin de Jérusalem a déclaré à AsiaNews que ces dernières violences sont « un fait, malheureusement, devenu ordinaire. » Les deux fronts « se battent, puis acceptent une trêve pour se réorganiser, pour enterrer les victimes, puis reprennent l’affrontement », dit-il en posant l’amer constat qu’il y a un « manque de vision à long terme. »

C’est dans ce contexte fébrile que le chef de l’Etat hébreu a rencontré 35 minutes durant, le pape François ce matin, puis s’est entretenu avec le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’Etat, accompagné par Mgr Paul Richard Gallagher, secrétaire pour les rapports avec les Etats. Il s’agissait de la deuxième visite du président israélien au Vatican. La première remontant à septembre 2015.

Un communiqué de presse publié par le bureau de la présidence israélienne, indique que Reuven Rivlin a affirmé au pape qu’«Israël ne veut pas d’escalade ni blesser des civils innocents, mais ne restera pas les bras croisés pendant que le Hamas est cause de déstabilisation et nuit à nos civils. » Lors de sa rencontre, le président israélien a déclaré que la récupération des soldats des FDI (ndlr : Forces de Défense d’Israël, Tsahal) et des citoyens israéliens détenus par le Hamas à Gaza constituait une condition préalable à la conclusion d’un accord avec le Hamas. Rajoutant que le mouvement islamiste « aggrave encore et encore la situation en exploitant de manière cynique la population de Gaza. »

« Renforcer la confiance mutuelle »

Un communiqué publié par la salle de presse du Saint-Siège indique que les rencontres de ce matin au Vatican ont permis aux différents protagonistes de rappeler dans ce contexte politique et social difficile, « l’importance du dialogue entre les différentes communautés religieuses (…) afin de garantir la coexistence pacifique et la stabilité. » Le communiqué du Saint-Siège rappelle aussi « l’importance de renforcer la confiance mutuelle en vue de la reprise des négociations entre Israéliens et Palestiniens pour parvenir à un accord respectueux des aspirations légitimes des deux peuples. » Trois jours auparavant, Mgr Bernardito Auza, Observateur permanent du Saint-Siège aux Nations Unies à New York venait de réaffirmer l’attachement de la diplomatie vaticane « à la solution des deux Etats, seul moyen viable à long terme de résoudre le problème de l’apatridie prolongée qui continue d’être la condition des Palestiniens. »

En outre, la question de Jérusalem a été évoquée « dans sa dimension religieuse et humaine pour les juifs, les chrétiens et les musulmans », souligne le Saint-Siège en insistant sur la nécessité de préserver « son identité et sa vocation de Cité de la paix. »  Le chef de l’Etat hébreu a exprimé que Jérusalem est une « Ville sainte pour les trois religions monothéistes depuis des siècles. » En précisant que la ville est « le centre spirituel » pour le peuple juif « depuis l’époque du Premier Temple, il y a plus de 3000 ans. » Reconnaissant aussi qu’elle est « un microcosme de notre capacité à vivre ensemble. » Ces propos ont été tenus alors qu’une loi adoptée le 19 juillet dernier, définit Israël comme un Etat-nation pour les seuls juifs, discriminant ainsi les autres peuples et autres communautés religieuses (arabes, chrétiens, musulmans, druzes et baha’is… ). Les Ordinaires catholiques de Terre Sainte ont d’ailleurs vivement réagi le 31 octobre en demandant l’abrogation de la loi qui leur apparaît en totale contradiction avec notamment la « Loi fondamentale » de 1992 sur « la dignité humaine et la liberté » qui a été selon eux, « une étape importante dans la lutte pour la protection et la promotion de ces valeurs » pour tous en Israël.

Trouver des accords adéquats

Par ailleurs, à l’approche du 25ème anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre l’Etat d’Israël et le Vatican, Reuven Rivlin a souligné une expérience « d’une grande importance et d’une grande valeur pour les deux Etats. » Une relation qui, espère-t-il, « pourrait être encore renforcée ». Le Saint-Siège indique que les rencontres qu’a eues le président d’Israël au Vatican ce matin, ont en effet permis d’évoquer « les relations positives » entre les deux Etats. Malgré cela, concernant les autorités de l’Etat israélien et les communautés catholiques locales, le Saint-Siège n’a pas caché son espoir de voir que « des accords adéquats [soient] conclus sur certaines questions d’intérêt commun. » Le communiqué faisant référence au projet de signature (en gestation depuis 20 ans) d’un document final devant traiter de la délicate question du statut juridico-financier de l’Eglise catholique à Jérusalem et en Terre Sainte alors que plane une incertitude et une insécurité sur la question des propriétés ecclésiastiques, entre autres, ainsi que la problématique des exonérations fiscales sur le revenu des activités commerciales des communautés chrétiennes.

Lors de cette rencontre qui a été commentée comme chaleureuse, cordiale, voire même amicale, le président de l’Etat d’Israël a voulu remercier le pape pour son soutien dans la lutte contre l’antisémitisme et ce au nom des juifs du monde entier. « Votre condamnation des actes d’antisémitisme, et le fait que vous les définissez comme anti-chrétiens, est une étape significative dans la lutte contre [son] éradication. »

Il avait aussi, en amont de sa visite au Vatican, twitté vouloir accueillir « davantage de pèlerins chrétiens en Terre sainte. » Ce qu’il n’a pas manqué de dire au pape François en lui expliquant que le projet intitulé « Terre des monastères » situé près du site du baptême de Jésus dans la région de Judée, progressait. L’Autorité nationale d’action contre les mines (INMAA), qui fait partie du ministère israélien de la Défense et qui travaille avec l’organisation humanitaire internationale Halo Trust vise à nettoyer le site de Qasr el-Yahud de mines anti-personnel et anti-tank pour promouvoir ainsi un plus grand nombre de visites de touristes chrétiens dans une zone sécurisée.

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