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Les patriarches catholiques d’Orient misent sur les jeunes

Christophe Lafontaine
6 décembre 2018
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Les patriarches catholiques d’Orient misent sur les jeunes
Les patriarches catholiques d'Orient réunis à Bagdad du 26 au 30 novembre 2018 © abouna.org

Du 26 au 30 novembre, en Irak, les patriarches catholiques d’Orient ont tenu leur 26ème conférence. Une déclaration finale a appelé les fidèles, surtout les jeunes, à ne pas émigrer et à être des acteurs dans la région.


« Restez fermes dans votre foi et dans vos patries … » Face aux menaces de l’émigration et de l’extrémisme qui pèsent sur la survie des communautés chrétiennes au Moyen-Orient, c’est l’appel qu’a lancé le Conseil des patriarches catholiques d’Orient (CPCO) dans un communiqué publié à l’issue d’une rencontre déroulée sur cinq jours au siège du patriarcat chaldéen à Bagdad, la semaine dernière. Cette 26ème grand-messe a réuni les patriarches (et/ou leurs représentants), têtes des sept Eglises catholiques du Moyen-Orient : latine, melkite, maronite, syriaque, arménienne, copte et chaldéenne. Intitulée « Les jeunes, signe d’espérance pour les pays du Moyen-Orient », elle se voulait l’écho direct du synode sur la jeunesse qui s’est tenu à Rome, en novembre dernier, comme l’ont précisé les patriarches dans une lettre envoyée au Pape dès le premier jour de la rencontre. « Nous réfléchissons ensemble sur le rôle de nos jeunes, leur témoignage et leur mission dans cette région du monde tourmentée par des épreuves et assoiffée de Justice et de Paix », ont-il signé.

Lutter contre l’émigration

A l’issue des échanges et réflexions du CPCO, la déclaration finale des patriarches a confirmé que les jeunes sont « un signe d’espoir » pour l’avenir des chrétiens et de l’ensemble du Moyen-Orient, malgré « les difficultés » et « les défis » auxquels ils sont confrontés. Et le plus emblématique concerne l’émigration – conséquence de l’extrémisme, des persécutions, des enlèvements – « qui menace [leur] avenir et la présence chrétienne dans l’ensemble du Moyen-Orient. » Et les patriarches de déclarer aux jeunes dans leur communiqué conjoint qu’ils partagent « les mêmes souffrances actuelles » et visent avec eux « un lendemain radieux qui ne saurait se lever sans [leur] présence », en les assurant œuvrer ensemble pour qu’ils puissent « résister et rester » sur leur terre.

Les patriarches ont lancé un appel pour que les jeunes contribuent au développement de leurs pays en citant la 11ème lettre pastoralequ’ils avaient rédigée à l’occasion de la fête de la Pentecôte du 20 Mai 2018. « Edifiez vos patries aux côtés de tous vos concitoyens, participez aux souffrances et aux sacrifices de tous, pour leur progrès et leur prospérité », ont-ils réaffirmé. Ils ont également exhorté tous les chefs d’Etat et de gouvernement du Moyen-Orient à ce qu’ils assurent le respect des droits humains de tous les citoyens, tels qu’ils sont inscrits dans la Charte des Nations Unies. Une charte, rappellent-ils, qui impose à tous les Etats membres le devoir de protéger les libertés civiles et religieuses à tous les citoyens.

A cette rencontre participait également Mgr Alberto Ortega, nonce apostolique en Jordanie et en Irak. Lui aussi a insisté sur « l’importance de la présence des chrétiens en Irak et au Moyen-Orient, non seulement pour le bien de l’Eglise », mais aussi « pour celui de la société entière. »  Relevant que « les chrétiens sont artisans de paix, de réconciliation et de développement, et qu’ils réalisent beaucoup de bonnes œuvres. » D’autre part, il a invité les patriarches à continuer « à encourager les chrétiens à rester dans leur pays.»  En Orient, a-t-il appuyé, les chrétiens « sont la présence du Christ, ils sont une bénédiction pour tous. » Selon lui, cela apparaît comme une « motivation fondamentale » pour ne pas partir.

Mgr Ortega a aussi invité les chefs catholiques du Moyen-Orient à « dialoguer avec les autorités civiles, afin que les chrétiens puissent rester dans leur pays. » Certains défendent « une séparation saine entre religion et Etat », et pour le nonce, « cela représenterait un beau changement dans nos sociétés », a-t-il jugé. Le diplomate du Saint-Siège a aussi vivement encouragé les membres du CPCO à persévérer dans le dialogue œcuménique et interreligieux, en particulier avec les musulmans.

Panorama de la situation régionale

En outre, ce n’est pas parce que la rencontre du CPCO s’est tenue – pour la toute première fois – dans le pays du Tigre et de l’Euphrate et que l’attention commune s’est naturellement tournée vers l’Irak et sa jeunesse chrétienne, que la déclaration finale ne s’adressait pas à l’ensemble des fidèles du Moyen-Orient dont les patriarches sont les pasteurs : Egypte, Irak, Israël-Palestine, Jordanie, Liban, Irak et Syrie. Les patriarches n’ont d’ailleurs pas manqué d’adresser à ces pays « des paroles d’encouragement et des appels à l’endurance. » Ce qui a valu un passage en revue des difficultés politiques, économiques et sociales auxquelles sont confrontées les différentes nations, tout en appréciant aussi les axes de progrès.

Dans leur communiqué, les patriarches ont dit leur « satisfaction » devant la stabilisation dans plusieurs régions de la Syrie en espérant que ce soit bientôt le cas dans l’ensemble du pays. Afin de maintenir « l’unité nationale », ils ont également lancé un appel aux décideurs syriens et à toutes les composantes du pays à « se donner la main pour reconstruire une Syrie prospère et développée fondée sur le respect mutuel entre tous. » Ils ont invité dans le même sens les responsables du pays à travailler « sans relâche » en faveur d’un « retour des personnes déplacées. » Notamment celles installées au Liban. Pays pour lequel les chefs des Eglises catholiques d’Orient ont souhaité la formation d’un gouvernement « le plus rapidement possible. » Et ce, six mois après les élections législatives. L’état et les Libanais ont été remerciés pour avoir accueilli les réfugiés d’Irak et de Syrie. Malgré les difficultés économiques que connaît le Liban, ont souligné les patriarches. Mêmes compliments pour la Jordanie dont la « stabilité » a par ailleurs été saluée.

Le conflit israélo-palestinien a évidemment été évoqué durant la rencontre. Le CPCO a dit sa solidarité au peuple palestinien qui « qui souffre toujours sous l’occupation » dans une situation considérée comme « gelée ». Face à l’impasse dans laquelle se trouve le processus de paix, le CPCO a appelé la communauté internationale à soutenir un Etat palestinien dans le cadre de la solution à deux Etats et du retour des réfugiés palestiniens dans leur pays. Les prélats ont par ailleurs redit à l’unisson leur « rejet total » de considérer Jérusalem comme la capitale de l’Etat hébreu et de faire d’Israël un Etat-nation pour le peuple juif.

L’Egypte, quant à elle, a été encouragée à poursuivre le renouvellement du « discours religieux », la modernisation des programmes scolaires, et ce, en vue de garantir l’égalité entre les citoyens.

En ce qui concerne l’Irak, les patriarches ont souligné « le climat positif » qui commence à prévaloir dans le pays. L’élection d’un nouveau président de la république en septembre et la mise en place d’un nouveau gouvernement cet automne, contribuent à « renforcer les signes de stabilité », ont-ils souligné. N’éludant pas le travail qui reste à faire dans la lutte contre les idéologies extrémistes.

La prochaine réunion du CPCO qui vise à renforcer l’unité des chrétiens en Orient est prévue du 25 au 29 novembre 2019 au Caire en Egypte.

 

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