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Fragments de paix en roulant entre Israël et la Palestine

Giulia Ceccutti
16 janvier 2021
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Des bénévoles de l'organisation israélienne The Road to Recovery transportent gratuitement des patients palestiniens ayant besoin de soins vers des hôpitaux de Jérusalem, Haïfa, Tel Aviv. Voici leur histoire.


« Nous recherchons des volontaires. A cause de la Covid-19, le nombre de ceux qui nous aident a considérablement diminué, alors que les demandes d’aide auxquelles nous ne pouvons pas répondre augmentent chaque jour. Toutes nos activités sont réalisées sur la base du volontariat. Le remboursement des frais d’essence est fourni sur demande ».

C’est le cœur de l’appel – diffusé par les réseaux sociaux et grâce à d’autres associations œuvrant pour le dialogue – lancé récemment en Israël par The Road to Recovery (Ba’derech L’Hachlama en hébreu), une organisation composée de bénévoles juifs qui transportent dans leurs voitures des Palestiniens malades, principalement des enfants, des Territoires occupés et de la bande de Gaza vers les hôpitaux israéliens.

Allées-retours depuis les check-points

Ils vont à la rencontre des personnes ayant besoin de soins – souvent vitaux – aux check-points, les emmènent à l’hôpital puis les ramènent aux points de contrôle qui séparent le sol israélien des zones palestiniennes. On parle d’au moins une centaine de personnes malades par jour, avant l’arrivée du coronavirus.

Pour de nombreuses familles palestiniennes, il s’agit d’un service essentiel. Le coût d’un taxi est prohibitif, surtout pour les patients atteints d’une maladie chronique qui nécessite des visites répétées. Dans certains cas, le coût d’un voyage équivaut à une journée de salaire.

« En 2020, nous avions environ 1 600 volontaires, actifs dans tout Israël. En ce moment, à cause de la Covid-19, nous ne pouvons compter que sur un peu plus d’une centaine de personnes », explique le fondateur Yuval Roth sur un ton calme au téléphone depuis Pardes Hanna-Karfur, dans le nord du pays, où il vit. « La plupart de nos volontaires ont la soixantaine, ils restent donc chez eux car ils font partie des catégories à risque pour le virus. Nous essayons donc de toucher les jeunes, de les impliquer ».

Transformer la douleur

Au cours de l’appel, on sent que, de l’autre côté, il y a un homme qui a donné naissance à quelque chose de grand. Presque par accident.

En 1993, Roth a perdu un frère, un réserviste, qui a été kidnappé et assassiné par des membres du Hamas. Suite à cette tragédie, il a rejoint les membres du Parents Circle – Families Forum, l’organisation israélo-palestinienne commune des familles endeuillées dont Terrasanta.net a rendu compte à plusieurs reprises dans le passé (par exemple ici). Yuval a réussi à transformer sa propre douleur en reconnaissance de la douleur de l’autre. Et en un message de réconciliation.

En 2006, un membre palestinien du Parents Circle lui a demandé une faveur : accompagner son frère à l’hôpital Rambam de Haïfa. « J’ai accepté – se souvient-il – et à partir de là, les demandes sont devenues de plus en plus nombreuses, jusqu’à ce que je me rende compte que je ne pouvais pas les gérer tout seul et que je devais demander de l’aide. Au début, je me suis tournée vers de petits cercles de connaissances, puis vers les réseaux sociaux ».

C’est ainsi qu’en 2010, quatre ans plus tard, The Road to Recovery est née officiellement. Pour avoir créé cette réalité, Yuval Roth – avec la Palestinienne Naeem Al-Bayda, l’une des aides les plus précieuses de l’association dans les Territoires occupés – a reçu le prix Victor J. Goldberg pour la paix au Moyen-Orient en 2019.

Fragments de paix

« Il ne s’agit pas seulement d’aider les gens. C’est bien plus que cela – affirme Yuval -. Ce qui se passe pendant ces voyages en voiture, c’est l’occasion concrète de rencontrer l’autre. Une rencontre de personne à personne, au-delà de l’appartenance du peuple, politique, religieuse. Simplement, un échange entre êtres humains ». Au-delà de toutes les barrières.

« Pour les Palestiniens – poursuit-il – les Israéliens ne sont que les soldats aux checkpoints. Pour les Juifs, les Palestiniens ne sont que des ennemis qui veulent nous tuer ». Chaque voyage est alors l’occasion de créer « un petit morceau de paix », conclut-il.

Un réseau du nord au sud d’Israël

Le travail de l’organisation est basé sur un réseau de personnes et de réalités qui, dans une chaîne, agissent comme des intermédiaires. En Cisjordanie, il existe un certain nombre de coordinateurs qui repèrent les personnes à aider, tandis que pour la bande de Gaza, la principale référence est l’ONG Basmat el Amal (Un sourire d’espoir).

The Road to Recovery collabore également avec d’autres organisations actives en Israël, telles que Physicians for Human Rights et Rabbis for Human Rights.

Les points de rencontre, comme nous le disions, sont toujours les checkpoints : du point de contrôle de Gilboa, le plus au nord, au point de passage d’Erez, au sud, par lequel on entre dans la bande de Gaza.

Les hôpitaux impliqués se trouvent à Haïfa, Tel-Aviv et Jérusalem. « La majorité des patients venant de Gaza – souligne Yuval – sont traités dans la partie arabe de Jérusalem-Est, à l’hôpital [luthérien] Augusta Victoria et à l’hôpital Makassed. Les autres sont traités dans la partie juive de la ville, à l’hôpital Hadassah de Jérusalem Ouest ».

Etablir des relations

Enfin, parmi les activités incluses dans le projet figurent l’achat de dispositifs médicaux pour les familles dans le besoin et des journées de vacances et de moments de retrouvailles pour les familles des patients.

« Lors de nos voyages, nous ne rencontrons toujours qu’une partie de la famille : le patient, généralement accompagné d’un parent – raconte Yuval -. Ces journées – souvent au bord de la mer, car tout au long de leur vie, de nombreux Palestiniens ne peuvent même pas voir la mer – sont donc un moyen de mieux connaître le reste de la famille et d’établir une relation plus profonde ». Il ajoute ensuite : « Nous sommes très heureux d’organiser des moments comme ceux-là ». Et d’après les photos qu’il choisit de nous envoyer, il est clair que c’est une joie partagée. Au-delà des barrières.

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