À Jérusalem, les Églises de la Vieille Ville fermeront pendant la Marche des drapeaux

À la veille de la Marche des drapeaux dans la Vieille Ville de Jérusalem, plusieurs Églises ont décidé de fermer les portes des couvents et des églises par crainte de violences. À la Knesset, responsables chrétiens, députés israéliens et représentants de la police ont évoqué la hausse des actes antichrétiens.
Les églises et couvents de la Vieille Ville de Jérusalem fermeront leurs portes jeudi 14 mai pendant la « Danse des drapeaux », point culminant des célébrations israéliennes du ‘Jour de Jérusalem’. L’annonce a été faite mercredi à la Knesset, lors d’une réunion de la Commission de l’Immigration, de l’Intégration et de la Diaspora consacrée aux agressions contre les chrétiens dans la Vieille Ville.
Selon Yisca Harani, responsable de la hotline de signalement des agressions contre les chrétiens, « les Églises de la Vieille Ville ont donné instruction de fermer leurs portes pendant la Danse des drapeaux ». Elle a précisé que 181 signalements d’agressions ou d’actes hostiles contre des chrétiens avaient été recensés en Israël en 2025, contre 111 en 2024.
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La Marche des drapeaux traverse chaque année le quartier musulman de la Vieille Ville. Depuis plusieurs années, des organisations chrétiennes, des responsables musulmans mais aussi des voix israéliennes dénoncent les violences, insultes racistes et crachats visant des habitants, des commerçants ou des religieux pendant le défilé. Cette année encore, les Églises ont préféré limiter les risques en fermant leurs accès durant le passage des cortèges.
Le président de la commission parlementaire, le député Gilad Kariv, a lui-même dénoncé la situation. « Le parcours de la Marche des drapeaux à travers le quartier musulman est le résultat de pressions politiques », a-t-il déclaré. Il a estimé que la police israélienne n’était pas capable, « dans la forme actuelle du défilé », d’empêcher « les manifestations de haine contre les chrétiens et les musulmans ». Selon lui, des habitants musulmans et chrétiens sont contraints, chaque année, de fermer leurs commerces « par peur de la violence d’une minorité de participants ».
« Chaque crime de haine blesse l’âme de Jérusalem »
La réunion a donné lieu à une série d’interventions inhabituelles de responsables chrétiens venus témoigner directement devant les députés israéliens.
Mgr Giorgio Lingua, Délégué apostolique à Jérusalem et nonce en Israël, participait pour la première fois à une séance de la Knesset. « Il existe toujours un écart entre l’idéal et la réalité », a-t-il déclaré. « Il faut beaucoup de courage pour affronter cet écart. »
Le père Aghan Gogchyan, chancelier du Patriarcat arménien, a rappelé que « Jérusalem n’est pas complète sans toutes les religions qui croient à la sainteté de cette ville ». Il a dénoncé des violences commises contre des religieux « simplement parce qu’ils portent leurs symboles religieux dans les rues de Jérusalem ». « Chaque crime de haine contre des religieux blesse l’âme de Jérusalem », a-t-il ajouté, demandant à l’État israélien d’agir « le plus tôt possible » contre ces attaques.
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Le représentant copte, le père Bishoy Zaki, a regretté que les auteurs de crimes de haine ne soient pas toujours poursuivis efficacement. « Les manifestations de haine nuisent à l’unité entre les religions et rendent plus difficile notre dialogue commun », a-t-il affirmé.
La police israélienne a assuré qu’elle serait déployée « en grand nombre » jeudi dans la Vieille Ville afin d’éviter les affrontements entre communautés religieuses. Elle a reconnu toutefois que de nombreux dossiers concernant des agressions contre des religieux se terminent sans inculpation, faute de preuves suffisantes.
Un sujet déjà débattu à la Knesset
Ce n’est pas la première fois que les autorités israéliennes se penchent sur les agressions contre les chrétiens. La réunion de mercredi était présentée officiellement comme une « réunion de suivi ». Une première commission parlementaire consacrée aux violences contre les religieux et pèlerins chrétiens dans la Vieille Ville s’était déjà tenue à la Knesset en mai 2025.
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Depuis plusieurs années, les responsables des Églises dénoncent une augmentation des actes hostiles visant les chrétiens à Jérusalem : crachats sur des prêtres ou des religieuses, insultes, profanations ou intimidations dans les quartiers proches des lieux saints. Plusieurs incidents filmés ont récemment suscité une vive émotion, y compris dans la presse israélienne.
Au cours de la réunion, le député Moshe Tur-Paz a présenté des excuses « au nom de toute la communauté juive » pour ces violences. De son côté, le député Ahmad Tibi a regretté que « les agressions contre les chrétiens dans la Vieille Ville soient devenues une routine ».









