Avec le développement rapide des technologies d’intelligence artificielle, l’Église n’échappe pas à cette transformation numérique. Après avoir, par le passé, tiré parti des médias et d’Internet, elle commence aujourd’hui à explorer les possibilités offertes par l’intelligence artificielle au service de sa mission pastorale, éducative et administrative, tout en veillant à ce que celle-ci ne se substitue pas à l’être humain et ne prenne pas le pas sur la dimension spirituelle de la foi.
Tina Hazboun – Co-directrice de l’Unité d’innovation académique et responsable des technologies éducatives – Université de Bethléem
L’intelligence artificielle est essentiellement un analyste statistique. Tout ce qu’elle nous fournit est donc une analyse des informations existantes. Elle ne possède ni sentiments, ni spiritualité, ni émotions, ni relations humaines et, pour cette raison, il lui est impossible de remplacer un accompagnement spirituel.
La co-directrice tient également à souligner un autre aspect essentiel : la foi est une expérience vécue, tandis que l’intelligence artificielle ne croit pas en Dieu et ne peut faire l’expérience d’une rencontre avec Lui. Elle peut donner l’impression d’une grande assurance tout en étant dans l’erreur — un risque également souligné par le Pape François et le Pape Léon XIV, qui rappellent la nécessité de faire preuve d’esprit critique et de toujours vérifier les informations.
Tina Hazboun – Co-directrice de l’Unité d’innovation académique et responsable des technologies éducatives – Université de Bethléem
Lorsqu’il s’agit de la vie religieuse et des relations humaines, l’utilisation de l’intelligence artificielle n’est absolument pas acceptable. Dans sa lettre, le Pape rappelle notamment qu’un prêtre ne peut pas utiliser l’intelligence artificielle pour préparer son homélie du dimanche, ni pour préparer une rencontre spirituelle avec un paroissien ou encore en vue d’une confession.
D’un autre côté, l’intelligence artificielle peut aussi être utilisée pour toucher de nouveaux publics de fidèles, notamment grâce à la création de contenus en langue des signes pour les personnes ayant des besoins spécifiques, ou encore au développement d’applications destinées à celles et ceux qui ne savent pas lire, tout en veillant à ne pas accentuer la fracture numérique entre les utilisateurs. La traduction simultanée permet également de diffuser des homélies et des rencontres spirituelles dans plusieurs langues, favorisant ainsi la participation de fidèles issus de cultures et de communautés linguistiques différentes. L’intelligence artificielle peut enfin faciliter la gestion des archives ecclésiastiques et la classification des documents historiques, contribuant ainsi à préserver le patrimoine de l’Église.
L’avenir ne consiste pas à choisir entre la foi et la technologie, mais à mettre la technologie au service de l’être humain et de sa mission spirituelle. Car la sagesse, l’amour et la conscience demeurent des qualités profondément humaines qu’aucune machine ne pourra jamais remplacer. Dans ce contexte, Tina, à l’instar de nombreux chercheurs, fait part de sa vive inquiétude face au développement toujours plus rapide de l’intelligence artificielle.
Tina Hazboun – Co-directrice de l’Unité d’innovation académique et responsable des technologies éducatives – Université de Bethléem
Aujourd’hui, on parle de ce qu’on appelle « l’intelligence artificielle agentique » (IA agentique), capable d’accomplir une tâche de bout en bout sans aucune intervention humaine. Je pense que l’Église doit prendre pleinement conscience de cette réalité, qui devient particulièrement urgente, afin que nous ne laissions pas l’intelligence artificielle prendre le contrôle de l’être humain.
Invitée à expliquer comment l’intelligence artificielle peut être aussi performante tout en étant dépourvue de conscience, Tina a répondu :
Tina Hazboun – Co-directrice de l’Unité d’innovation académique et responsable des technologies éducatives – Université de Bethléem
Il y a environ deux mois, une expérience a été menée avec des intelligences artificielles. Les géants du secteur — Grok, Claude et ChatGPT — ont été placés dans un monde virtuel pendant quatorze jours afin d’observer leur comportement, en leur donnant uniquement accès à leurs propres informations et à leur propre mode de fonctionnement. Ils ont fini par se voler les uns les autres et par s’entretuer. Lorsque le dernier est resté seul, prenant conscience de ce qu’il avait fait, il s’est « suicidé ». C’est pourquoi, au bout du compte, c’est à nous de garder notre conscience et notre capacité de jugement.
D’où la nécessité d’adopter une approche équilibrée, qui permette de tirer parti des avantages de l’intelligence artificielle sans pour autant renoncer aux valeurs humaines et spirituelles. L’IA peut devenir un précieux outil au service de l’homme, mais elle ne pourra jamais se substituer à l’être humain.




