À l’écart des grands itinéraires de pèlerinage, la maison des Frères mineurs capucins de Jérusalem cultive une vocation singulière. On n’y vient pas pour passer une nuit avant de reprendre la route. On y demeure. Quelques jours pour une retraite, plusieurs semaines pour étudier, parfois une année entière pour laisser la Terre Sainte éclairer autrement la Parole de Dieu. “À Jérusalem, on apprend la Bible en marchant”, résume frère Enrico Maiorano, actuel gardien du couvent.
Présents à Jérusalem depuis 1929-1930, les Capucins achetèrent en 1931-1932 un terrain dans le quartier de Talbiyeh, mais ne prirent possession de leur maison que bien des années plus tard. Appelés par le patriarche Luigi Barlassina, les quatre premiers frères étaient Libanais et rattachés à la province de Lyon. Ils souhaitaient fonder un lieu de formation consacré aux études bibliques et au service de l’Église locale. D’abord accueillis par les Dominicains, ils virent le terrain acquis pour leur projet réquisitionné par les Britanniques, puis les bâtiments transformés en hôpital psychiatrique par l’État d’Israël.
Mais l’essentiel est désormais ailleurs. La maison abrite le Centre de spiritualité et de formation biblique “Jésus, lumière du monde”. Elle peut recevoir une soixantaine de personnes, mais ne fonctionne pas comme une hôtellerie pour pèlerins. Elle accueille des religieux, des prêtres, des universitaires et des groupes venus vivre une retraite, approfondir les Écritures ou prendre un temps sabbatique. Des salles sont réservées au travail et à la méditation. Le jardin offre le silence nécessaire à la prière. Dans la chapelle, la sobriété capucine se mêle à des éléments rappelant la terre d’Israël.
Viaduc judéo-arabe
“À l’heure actuelle, les objectifs de la maison sont multiples : la formation à travers l’étude et la recherche bibliques et archéologiques ; offrir un lieu, une maison, à ceux qui rêvent de venir en Terre Sainte pour participer à cette mission et servir l’Église locale, en particulier les communautés de migrants indiens. En outre, la situation particulière de notre maison, dans la partie ouest de la ville, nous invite à créer des ponts de dialogue et de collaboration avec le monde juif, tout en sachant tisser des liens avec le monde arabe. C’est dans cette perspective que nous avançons”, explique frère Enrico.
La petite fraternité internationale compte sept membres : un Italien, un Turc, trois Indiens, un Zimbabwéen et un Angolais. Ils se consacrent à l’étude, à la recherche et à l’enseignement biblique et archéologique dans les instituts présents à Jérusalem — le Studium Biblicum Franciscanum (SBF) et l’École biblique et archéologique française (Ébaf) — ainsi qu’à l’accompagnement pastoral des communautés indiennes de langues konkani et malayalam. La maison dépend directement du ministre général de l’Ordre. Mais les Capucins ne vivent pas leur présence à l’écart des autres familles religieuses. Leur histoire en témoigne : les Dominicains les ont accueillis à leur arrivée, puis les Frères mineurs les ont soutenus. Aujourd’hui encore, cette proximité franciscaine nourrit leur mission. “Deux frères de la grande famille franciscaine avancent ensemble avec pour objectif de réconcilier les peuples, de prier dans les Lieux saints et d’étudier la sainte Écriture”, souligne le gardien.
Dans une ville saturée d’Histoire, la lumière dont parlent les Capucins n’est pourtant pas seulement celle des pierres ou de l’archéologie. Elle vient d’abord des vies données. Frère Enrico évoque le capucin français Pierre-Marie Benoît, qui sauva plus de 4 500 juifs pendant la Shoah, ainsi que le bienheureux Jacques de Ghazir, frère libanais présent aux origines de la fondation. “Je pense que la plus grande lumière vient du témoignage des personnes”, affirmait-il pour le magazine Famille chrétienne en italien, la langue de la communauté.
C’est peut-être là que se trouve le cœur de cette présence capucine : une maison où l’on étudie la Bible, mais où l’on apprend surtout à la lire dans les lieux, dans les rencontres et dans le service. Une maison discrète, faite pour qu’on s’y arrête. Afin de mieux repartir.
L’habit fait le frère mineur
Les Franciscains OFM et les OFM Capucins appartiennent à la même famille née de saint François d’Assise.
Les premiers sont les Frères mineurs, auxquels est notamment confiée la Custodie de Terre Sainte.
Les Capucins constituent une branche autonome, apparue au XVIe siècle pour retrouver une vie plus dépouillée,
fraternelle et contemplative.
Leur nom vient du grand capuchon de leur habit. Une même règle, un même fondateur, mais des histoires
et des missions distinctes.
Dernière mise à jour: 20/09/2026 16:43


