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Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

Les lumières de la ville

Archiprêtre Alexandre Winogradsky *
2 janvier 2012
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Les lumières de la ville
Ici, naquit la vraie Lumière ©M.-A.B./CTS

À l’occasion de ce que l’on nomme pudiquement (?) les fêtes de fin d’année, les villes se couvrent de lumières. Et nous ? Quel usage faisons-nous des lumières dans nos vies ? Quel usage faisons-nous de la Parole qui jaillit comme un feu débordant?

À Jérusalem, on passe directement de l’été à l’hiver. Il fait souvent beau au temps de Noël et du Nouvel An. La Terre Sainte connaît des cycles festifs longs, souvent parallèles. Le temps de la Nativité du Christ « accompagne » la fête de Hanoukah. Elle commence invariablement le 25 Kislev et se termine huit jours plus tard au 2 du mois nouveau de Tevet. La fête est souvent liée à celle de la Noël « occidentale », du 25 décembre. La Nativité orientale est fixée au 7 janvier. Le Baptême du Christ et la Théophanie sont célébrés le 19 janvier. Les Arméniens de Terre Sainte fêtent tous ces événements le 18 janvier…

Dès la mi-décembre, nous entrons dans un temps liturgique particulier. En 2011, Hanoukah a lieu du 20 au 28 décembre. Nous sommes dans l’hémisphère Nord et avançons vers le solstice d’hiver qui est devenu une référence universelle du Christ né à Bethléem de Judée.

La fête de Hanoukah célèbre des éléments très importants de la vie de foi. Franz Kafka était dubitatif à propos de la fiole qui contenait assez d’huile pour que la lumière brille lors de la dédicace du Temple (Hanukkah) de Jérusalem en 165 av. J.-C. Tel fut pourtant le « grand miracle qui se produisit ici », dans le sanctuaire. En 168, Antiochus, le roi grec de Syrie, désacralisa le Temple de Jérusalem. Il institua un culte à Zeus, interdisant tous les préceptes de la foi juive (circoncision, nourriture cashère et Shabbat, entre autre), obligeant les Juifs à rendre un culte idolâtre aux divinités grecques.

La rébellion partit de Modi’in, non loin de Jérusalem. Mattathias et les siens connus comme les Maccabées résistèrent jusqu’à la mort contre l’idolâtrie ; le vieillard Eleazar mourut en refusant de manger du porc. Ces faits sont rapportés dans la Septante (Livres des Macchabées, ch.7), mais ne sont pas inclus dans la Bible hébraïque. Les 70 juifs d’Alexandrie rédigèrent la Septante s’adressaient aussi au monde païen. L’Église orthodoxe commémore les Maccabées le 1er août.

“H-N-KH” est une racine hébraïque qui désigne l’« enseignement » (Hinouch). Plus on « répète les Paroles et les préceptes divins » (Exode 6,4), plus on comprend le projet du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, Dieu d’Israël et qui est Celui de Jésus Christ. La connaissance est comme une « dédicace/Hanoukah » personnelle et collective qui permet d’affronter constamment l’idolâtrie, c’est-à-dire la connexion au Créateur et au Salut.

Depuis les Patriarches et la révélation de la Bible et de la Loi orale (Talmud) au Sinaï, le judaïsme a été confronté à une négation forte de cette identité reçue de Dieu. Cette lutte pour la Parole a traversé les siècles, jusqu’aujourd’hui. On a toujours tenté de supprimer les signes de l’Alliance (circoncision, nourriture, modes de vie) ou nier le temps « sacré » comme le shabbat qui est le prélude de la Résurrection.

Hanoukah est une fête joyeuse. Elle rappelle que la foi a vaincu le culte païen et le désespoir de dieux et d’hommes « qui n’entendent pas, ne parlent » (Jérémie 5,21). « Makkaba veut dire « marteau » et indique un zèle à affirmer que Dieu est vivant. L’hébreu comprend les lettres du mot comme « Qui est un Dieu comme Toi parmi les divinités, Seigneur ».

Ce jour-là, passant dans les rues de Jérusalem, on peut donner ou recevoir un petit coup de marteau sur la tête… D’autres préfèrent aujourd’hui « normaliser » la fête de huit jours dédiés à une lumière « consensuelle ».

C’est là que l’on approche le mystère de Jésus-Christ : de son Incarnation, sa naissance, de son exil, de Sa Présentation au Temple de Jérusalem. Il est pour les Chrétiens « la Lumière du monde » (Jean 1,4 ; cf. Isaïe 49,6). Il est rescapé du Massacre des Innocents/les enfants tués par Hérode.

Le 25 Kislev est le jour où les juifs rappelle que Caïn a tué son frère Abel (Talmud Sanhédrin 4,8) rappelé comme l’acte de négation de Dieu (Genèse 4,1-16 ; Coran 5,26-32).

Il est vrai que nos sociétés raffolent de bougies allumées à toute occasion ! De la baignoire aux soirées dansantes… mais bien évidemment entre les lieux de culte, le Saint Sépulcre et le Mur Occidental. Prière fervente pour les vivants et les morts. Le miracle de la chaleur humaine reste sensible à Jérusalem. 

(* Patriarcat Grec-Orthodoxe de Jérusalem)

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