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Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

On a marché sur la tête

Marie-Armelle Beaulieu
2 janvier 2012
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Fin novembre, un ami m’envoya un lien vers une vidéo en ligne. C’était en anglais. Je crus ne pas tout comprendre. Parce que si je comprenais bien, le ministère israélien de l’intégration déconseillait aux juifs israéliens d’épouser des juifs américains. C’était impossible que des juifs déconseillent d’épouser des juifs, donc je n’avais pas compris parce que j’ai des lacunes en anglais. C’est un euphémisme de dire que j’ai des lacunes en anglais mais j’avais compris. J’en eus la confirmation en lisant une dépêche de l’Agence France Presse intitulée : « N’épousez pas un juif américain » : Israël retire une campagne aux USA ». Je cite la suite : « Le gouvernement israélien a mis fin à une campagne de promotion qui visait à dissuader les Israéliens installés aux États-Unis d’épouser des juifs américains, arguant d’un fossé religieux et culturel, et qui a provoqué un tollé dans la communauté juive américaine. Dans une saynète d’une trentaine de secondes, un Américain prend des bougies allumées dans l’appartement d’une Israélienne pour le prélude à une soirée romantique, alors qu’elle compte en fait célébrer le très solennel « jour du souvenir » israélien. Une voix lance ensuite en hébreu : « Ils seront toujours Israéliens. Leur partenaire ne saura pas forcément ce que cela signifie. Aidez-les à revenir en Israël ».

La désormais défunte campagne s’est aussi faite à l’aide d’affiches exhortant les Israéliens habitant aux États-Unis à rentrer chez eux avant que leurs enfants ne les appellent « daddy » (le mot anglais pour « papa ») au lieu d’« abba » (son équivalent en hébreu). La communauté juive américaine s’est offusquée de cette campagne. », poursuit la dépêche. Depuis, il n’y a pas que les juifs américains pour s’offusquer. Mais ce sont eux qui ont orchestré une campagne à l’humour juif pour tourner en dérision les juifs israéliens et stigmatiser certains de leurs comportements. Il n’empêche. Je reste songeuse sur le fossé qui se creuse entre la société (juive) israélienne et à peu près le reste du monde. Comme je reste songeuse (et dubitative) devant l’utilisation – et je choisis le terme à dessein – qui est faite du « jour du souvenir » comme de l’holocauste en général en Israël. J’aime l’État d’Israël même si j’ai souvent la dent dure, je lui préfère le Peuple juif, mais quand je vois ce que l’un fait faire à l’autre et réciproquement… je cherche les mots, j’essaie de rester pondérée et préfère dire avec sobriété que les bras m’en tombent.

Israël a des ennemis à sa porte, c’est vrai. Mais c’est à se demander si son plus grand ennemi ce n’est pas lui même, parce qu’à force de marcher sur la tête, il va finir par aller dans un de ses murs qu’il affectionne tant. 

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