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Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

L’urgence du dialogue

Frédéric Manns ofm
26 mars 2012
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L’urgence du dialogue
Les frères présents à Calie, Colombie ©ofm.org

Le troisième séminaire franciscain sur le dialogue s’est tenu en février en Amérique latine, à Cali, en Colombie. Le père Frédéric Manns du Studium Biblicum franciscanum en revient avec une réflexion enracinée dans la Bible.


Dans son livre La lumière du monde Benoit XVI exprime sa certitude que le monde postmoderne ne peut s’en sortir sans la rencontre avec Dieu et avec l’autre. L’ordre franciscain a épousé cette perspective et a opté résolument pour le dialogue interreligieux et interculturel. Le vingt cinquième anniversaire de la rencontre d’Assise semble porter du fruit. Dans les pays où prévaut un climat de violences interreligieuses cette rencontre n’a pas toujours été bien comprise. Pour les frères mineurs il faut au contraire renforcer le dialogue montrant que c’est l’unique solution pour écarter la violence. L’écoute de l’autre et l’accueil de la part de vérité qui est en lui sont importants. Mi-février, à Rabat, au Maroc, des frères se sont réunis pour repenser le dialogue avec l’Islam dans le respect souverain de l’autre. Le Maroc est un symbole pour les franciscains, car les premiers missionnaires y furent martyrisés du vivant de François d’Assise. Du 17 au 24 février, à Cali, en Colombie le troisième séminaire franciscain sur l’œcuménisme et le dialogue interreligieux en Amérique latine a réuni une vingtaine de frères engagés dans le dialogue. La commission internationale du dialogue des franciscains a décidé de se réunir chaque année dans un autre continent pour relancer et repenser ses activités. En s’engageant dans le dialogue les franciscains pensent retrouver le charisme du Poverello, mais aussi s’insérer dans la révélation biblique.

En effet, la Bible est riche d’épisodes de rencontres interreligieuses. Abraham a accepté la bénédiction de Melchisédech, un sacrificateur païen, et lui a payé la dîme. Joseph en Egypte a épousé la fille d’un prêtre égyptien de On, Asénéth (Gen 41,45). Moïse a épousé Cipporah, la fille d’un prêtre madianite (Ex 2,16-22), puis une femme coushite, malgré les critiques de Myriam (Nb 12,1). Salomon reçut la reine païenne de Saba, et accepta ses présents. Le livre des Proverbes, les Psaumes et de nombreux textes de l’Ancien Testament, en particulier le Cantique des Cantiques, s’inspirent de la spiritualité véhiculée par des poèmes égyptiens, babyloniens, voire iraniens. Naaman un syrien fut guéri par le prophète Elie. Balaam, le prophète du roi de Moab Balacq, fut considéré comme un prophète par Israël. Ses oracles messianiques ont été repris et relus par le Nouveau Testament.

Le livre de Ruth accepte que l’ancêtre du roi David fut une moabite et le livre de Jonas rappelle que le prophète a été envoyé à Ninive pour prêcher la conversion aux païens qui ont accepté son message. Cyrus, roi de Perse qui a permis aux déportés juifs de rentrer chez eux, est appelé le Messie dans le livre d’Isaïe 45,1.

Même à Jérusalem dans le Temple le parvis des Gentils était réservé aux païens qui voulaient prier et faire des offrandes au Dieu d’Israël. Jérusalem avait la vocation d’être la maison de prière pour tous les peuples.

L’Evangile de Matthieu relate que des mages, c’est à dire de prêtres d’une religion astrale, vinrent à Bethléem au moment de la naissance de Jésus. Jésus a accueilli des païens, une femme syro-phénicienne, et des centurions romains. Il est allé prêcher dans les villes de la Décapole. Il est allé à Tyr et à Sidon. Selon le livre des Actes des Apôtres, Pierre a accepté un centurion romain dans la communauté chrétienne. Paul a prêché aux païens lorsque les Juifs ne l’acceptèrent pas dans les synagogues (Ac 13). A Lystres il déclara que Dieu ne s’est laissé nulle part sans témoins, et il félicita les athéniens d’être religieux : il se référait à leurs autels au Dieu inconnu et à leurs hymnes. Une attitude positive envers les religions qui leur reconnaît une part de vérité se dégage de ces textes. Curieusement le nom primitif donné au christianisme était « le chemin » (Ac 22,4 ; 24,14) et non pas « la vérité ». Le christianisme avait la certitude que chez même chez les païens des semences du Verbe étaient présentes. C’est en cheminant ensemble qu’on découvre la vérité. « La vérité sur les choses est le fruit du dialogue », aimait à répéter Husserl. Massignon affirmait de son côté : « On ne trouve la vérité qu’en pratiquant l’hospitalité ». L’arc en ciel, signe de l’alliance universelle stipulée avec Noé, doit sa beauté aux tons variés de ses couleurs. De même la voix des croyants divers qui s’élève vers le ciel ressemble à une symphonie de louange adressée au Dieu unique.

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