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Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

Le chemin d’éternité

Archiprêtre Alexandre Winogradsky
9 novembre 2012
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Le concile Vatican II fête ses 50 ans, le renouveau du dialogue œcuménique entre les Églises orthodoxes et catholiques aussi. Comme la Terre sainte aspire à la paix, la communauté chrétienne aspire à l’unité. Une question de temps ?

Il y a une concordance presque certaine entre la météorologie et la Parole divine, les temps liturgiques. Nous sommes dans l’hémisphère nord. Jérusalem est comme le pôle tellurique, magnétique qui attire spirituellement l’être humain en quête de sens, de Présence, d’assistance du Très Haut, Tout-Puissant et Bon Seigneur. Saint François eut l’intuition de cette communion profonde lors de son séjour pacifique dans une terre jalousée. Le « Cantique des Créature », l’hymne à Frère Soleil et Sœur Lune célèbre la création au service de la paix.

Comme toute la terre de Canaan, Jérusalem attend que l’automne apporte des pluies qui viennent féconder une terre qui sait être productive. Jésus le dit aux Pharisiens et aux Sadducéens : « Vous savez interpréter les signes du ciel, mais vous êtes incapables d’interpréter les signes de ces temps-ci (en cette génération) ». (Matthieu 16, 3).

La paix ? A-t-elle le même sens ici que dans le reste du monde ? Dans les langues sémitiques, la « paix » est le résultat d’une négociation et souligne un accord payé en monnaie sonnante et trébuchante. C’est ainsi que contrats et ruptures de conciliation ont jalonné depuis 7 000 ans ce croissant fertile devenu Terre Sainte. La Bible parle de « shalom » (« salam » en arabe, « shlama » en araméen). On ignore trop souvent que le radical veut initialement dire « payer » et que cette terre des Promesses demande, appelle au sacrifice. L’âme comme le corps sont rabotés aux défis du signe des temps.

Il y a 50 ans le concile

Voici 50 ans, l’Église catholique de Rome appelait ses fidèles à la vaste réflexion du Second Concile du Vatican. On oublie trop souvent que l’Église romaine comprend de nombreux rites orientaux, d’origine byzantine, syro-chaldéenne, maronite, indienne. Elle proposa aux Églises orthodoxes de s’associer à cette « révision de vie ». Les mouvements œcuméniques apparurent alors dans un esprit de découvertes liturgiques ou d’apprivoisements culturels. Dans les années 1960, les Églises d’Orient, orthodoxes et pré-chalcédoniennes, étaient le plus souvent sous régime dictatorial ou communiste. La rencontre entre le Pape Paul VI et Athénagoras de Constantinople à Jérusalem, sous l’égide du Patriarche Benediktos de Jérusalem (S.B. Théophilos III de Jérusalem fut son diacre) le 5 janvier 1964 mena à la clôture du Concile le 8 décembre 1965. La levée des anathèmes prononcés par les deux hiérarques catholique et orthodoxe sont aujourd’hui contestées par les Églises d’Orient orthodoxes qui n’avaient pas participé à cette décision.

La réintroduction de l’Invocation à l’Esprit Saint (messe latine), l’usage des langues vivantes locales, l’émergence des Conférences épiscopales dans chaque pays, l’enracinement scripturaire furent décidés par l’Église de Rome en référence « aux vénérables traditions des Églises d’Orient » comme l’avait souligné le Pape Benoît XIV.

Aujourd’hui, le dialogue semble en suspens. Les Églises orientales catholiques, à Jérusalem comme dans l’Orthodoxie, sont contestées. Après la clôture en 1965, les Synodes patriarcaux catholiques d’Orient ne confirmèrent pas les décisions prises par les Pères du Concile. Cet aspect reste souvent méconnu de part et d’autre de l’Église issue de l’Empire Romain.

Le temps de l’Église

L’Église de Jérusalem est pétrie de sang et de mémoire : les siècles se superposent en des traditions héritées de temps qui semblent se superposer les unes aux autres. Des êtres issus du Ve, XIe, XVe… au XXIe siècle se croisent avec une certaine tolérance et souvent beaucoup de foi.Pourtant on est enveloppé de la volonté de paix de Dieu, si sensible entre le Mur Occidental et le Saint Sépulcre ou Basilique de la Résurrection.

Ici, l’Église est Une, sainte, kath’olika (ouverture sur la totalité) et ortho-doxia (foi authentique). Chaque Église particulière reparaît, avec la splendeur de son histoire. Il faudra beaucoup de temps pour se découvrir, se respecter et s’accepter à parité.

Sous le pavillon de la paix

Au seizième jour de l’an neuf/Rosh HaShanah, les Juifs entrent « sous le pavillon de la paix qu’est la sukkah (tente) ». Le toit fait de branches de palmier couvre d’ombre et de points lumineux les fidèles invités à se rassembler « en présence de toutes les générations antérieures en vue de toutes celles à venir au Jour du Messie » (Talmud Yévamot 62b).

L’Église n’a pas de fête des Tentes. Elle vit du souffle constant de l’Esprit. Il devient « ordinaire », puis « Adventus » dans la tradition latine. Dans la tradition byzantine, il reste celui de la « Pentecôte » jusqu’à la nouvelle année… et le Second avènement du Seigneur.

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