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Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

L’Église d’Écosse dénonce le sionisme et spécialement le sionisme chrétien

Louise Couturaud
18 mai 2013
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L’Église d’Écosse dénonce le sionisme et spécialement le sionisme chrétien
St. Andrew, représentation de l'Eglise d'Ecosse à Jérusalem ©Dr. Avishai Teicher

Selon l’Église d’Écosse, la Bible ne constitue pas un titre de propriété. Le rapport « L’héritage d’Abraham ? Un rapport sur la Terre Promise », préparé par l’Église nationale presbytérienne écossaise pour son Assemblée Générale et publié au mois de mai 2013, a été la cause d’un vaste mouvement de protestation de la part des responsables juifs en Grande-Bretagne et dans le monde. À tel point que l’Église d’Écosse a accepté d’en modifier les termes.


(Jérusalem/l.c.) – « C’est faire un mauvais usage de la Bible que de l’utiliser comme un guide topographique pour régler les conflits contemporains sur un territoire » peut-on lire dans ce rapport. Utilisant des termes très forts, le premier rapport rejetait la « croyance qu’ont certains Juifs d’avoir droit à la terre d’Israël en compensation de la souffrance de l’Holocauste». L’Église d’Écosse, qui rassemble environ 500 000 fidèles, s’interrogeait aussi : « le peuple juif aurait-il aujourd’hui un droit plus juste à revendiquer ce territoire s’il traitait équitablement les Palestiniens ? ». Selon elle, « la réconciliation ne sera possible que si l’occupation militaire israélienne de la Cisjordanie et à Jérusalem-Est et le blocus de Gaza prennent fin. »

Il n’est pas étonnant que ce rapport émanant d’une autorité chrétienne, étant donnée sa teneur politique, ait mis le feu aux poudres. En effet, les réactions des dignitaires juifs ne se sont pas faites attendre. Le Directeur des Communautés Juives d’Écosse, Ephraim Borowski a déclaré: « au nom de la communauté juive  d’Écosse, nous appelons l’Église à retirer ce rapport dès sa prochaine Assemblée Générale. Si l’Église ne peut pas construire des ponts, peut-elle au moins s’abstenir de les brûler ? » Selon Ephraim Borowki, le rapport se lirait « comme une polémique contre les Juifs et le judaïsme digne de l’époque de l’Inquisition ». La communauté juive d’Écosse compte un peu moins de 10 000 âmes et entretient habituellement de bons rapports avec les différentes autorités religieuses de la nation. The Kirk, comme les Anglo-Saxons surnomment l’Église d’Écosse, a accepté de modifier l’introduction du rapport pour assurer qu’elle ne doute pas du droit d’Israël à exister. Le rapport initial a été retiré de son site web.

Ce rapport était d’autant plus polémique que the Kirk remettait en cause ses premières prises de position, reconnaissant avoir été par le passé plutôt incline à soutenir le mouvement sioniste. L’expression liée à l’histoire du sionisme « une terre sans peuple pour un peuple sans terre » est d’ailleurs attribuée à un membre du clergé de l’Église d’Écosse, Alexander Keith. Elle émanerait de son ouvrage datant de 1843 : « La Terre d’Israël, selon le contrat passé avec Abraham, Isaac et Jacob » auquel fait implicitement écho le rapport de l’Église d’Écosse : « L’héritage d’Abraham ? un rapport sur la Terre Promise ».

Dans son rapport, the Kirk critiquait aussi les chrétiens soutenant publiquement le sionisme : « les chrétiens ne doivent soutenir aucune prétention de la part des Juifs, ou de tout autre peuple, à un droit divin exclusif ou même à un privilège divin dans la possession d’un territoire donné. » Une critique loin d’être anodine dans le milieu protestant marqué par une liberté de prise de position politique quant à ce sujet. Le sionisme chrétien, dont la figure de poupe est le mouvement évangéliste l’ambassade chrétienne internationale de Jérusalem (ICEJ), est un courant minoritaire dans la vie chrétienne en Terre Sainte mais dont la visibilité est importante. En octobre dernier, une marche de soutien à l’État d’Israël organisée par l’ICEJ réunissait 25 000 personnes.

En réaction à ce mouvement de fond, les représentants locaux des Églises catholique, orthodoxe, épiscopale, et évangélique luthérienne ont publié en 2006 un document œcuménique, la « déclaration de Jérusalem sur le sionisme chrétien » rejetant cette doctrine : « Le sionisme chrétien est un mouvement politique théologique moderne qui adopte les positions idéologiques les plus extrêmes du sionisme, nuisant ainsi à l’établissement d’une paix juste entre la Palestine et Israël. Dans sa forme extrême, il met l’accent sur des évènements apocalyptiques conduisant à la fin de l’histoire plutôt qu’au vécu actuel de l’amour du Christ et de la justice ».

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