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De père en fils, une famille musulmane annonce la rupture du jeûne en tirant au canon

Andrea Krogmann
16 juillet 2013
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De père en fils, une famille musulmane annonce la rupture du jeûne en tirant au canon
Le maire de Jérusalem, Nir Barkat, à l'allumage du coup de canon Photo © Yonatan Sindel/Flash90

On tire le canon à Jérusalem ! Pour signaler le début et la fin du jeûne quotidien du ramadan. Une tradition qui se perd dans la nuit des temps.


(Jérusalem/a.k.) – Un petit portail en fer insignifiant donne accès au cimetière musulman « A Sa’ira » à quelques pas de la Vieille Ville de Jérusalem. Les murailles brillent dans les derniers rayons de soleil. La vie entre la rue Salah-ed-Din et ses petits marchés, centre animé du quartier, s’accélère en ces derniers instants avant le couché du soleil – moment ardemment désiré par la population musulmane croyante. Le silence qui règne dans l’enclos funéraire contraste d’autant plus. Entre des sourates gravées sur des pierres tombales, le canonnier Rafat Sandouqa vérifie une dernière fois l’heure, puis le fracas d’une détonation perce la nuit tombante – signe de la rupture d’une longue journée de jeûne de Ramadan.

La tradition du canon de Ramadan remonte à la nuit des temps, « min zaman », (depuis longtemps) sourit le jeune palestinien. L’honorable tâche est transmise de génération en génération, de père en fils, explique Rafat, qui a appris le métier de son père Rajaj. « Mon grand père « , se souvient-il, « tirait d’un vrai canon. » Cette relique de l’époque ottomanne se trouve aujourd’hui au musée d’Al Aqsa.

La tradition du coup du canon de ramadan est née il y a plus de mille ans  « par hasard », ajoute Rajaj Sandouqa: « C’est un calife du Caire qui reçut en cadeau un canon. Il ordonna de procéder à des essais – justement un premier jour de Ramadan au moment du coucher du soleil. La population entendit le coup de canon et le considéra comme signe de la rupture du jeûne. Ainsi les coups de canon furent-ils répétés les jours suivants. » La coutume s’est rapidement propagée dans d’autres pays. « Partout en Palestine, on avait des canons », raconte Rajaj. Seul le canon de Jérusalem a survécu, même s’il « n’est plus le même », comme regrette le canonnier.

Les temps ont beaucoup changé ces dernières 120 années, depuis que la famille Sandouqa a pris la charge de la bruyante coutume, ne serait-ce que la fréquence du crapouillot. Aujourd’hui, un seul coup le matin annonce le début du jeûne, le deuxième déclare sa rupture. Le deuxième coup de canon au petit jour n’est plus exécuté. De même avec le passage du canon à la pyrotechnie (on insère aujourd’hui un gros pétard dans le fut du canon), la portée du tonnerre et la fumée sont moins importantes, expliquent les canonniers. « Jusqu’à il y a dix ans, nous utilisionsle canon jordanien qui est encore dans le cimetière », dit Rajaj Sandouqa. « Aujourd’hui, tous les matins un spécialiste israélien vient avec la charge explosive qui est allumée par télécommande et dans une boite en métal. »

Jamais depuis qu’il est en charge il n’y a eu d’accidents, et même les ratés à l’allumage sont rares. Néanmoins les consignes deviennent de plus en plus strictes chaque année. Rajaj Sandouqa hoche la tête. « Après plus de vingt ans comme canonnier, ils m’ont obligé à suivre un cours de pompier à Tel Aviv. » Et depuis deux ans, ajoute-t-il, un gardien accompagne la livraison de la charge explosive et un policier israélien garde le portail d’entrée du cimetière.

Par moments, dit le canonnier, il caresse l’idée d’en finir avec les coups de canon. À l’époque de la radio et autres médias, personne n’a plus besoin de la détonation et de la fumée pour connaitre les périodes de jeûne. Mais Rajaj Sandouqa pense au siècle qui lie sa famille avec les canons du cimetière – et transmet son savoir à ses deux fils ainés.

La coutume du canon de Ramadan captive le palestinien. En dehors du mois de Ramadan, Sandouqa père travaille comme acteur et auteur dramatique, et en ce moment, il écrit un manuscrit sur le dernier des canons palestiniens.

Tonnerre et fumé se perdent au loin ce soir de juillet et d’un coup, le calme remplace l’activité habituelle. Une longue journée de jeûne est arrivée à sa fin et les diners longuement attendus créent un répit avant que la vie empressée reprend les rues du quartier. Rajaj et son fils Rafat se hâtent de rentrer à la maison où les leurs les attendent pour le repas. Demain matin, vers quatre heure, le musulman croyant va de nouveau tirer son canon, le début d’un autre jour de jeûne du mois de Ramadan.

Le 10 juillet dernier, c’est le maire israélien Nir Barkat qui a eu l’honneur de mettre à feu la charge comme en témoigne la vidéo que l’on peut voir ici (cliquez ici).

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