Terresainte.net - Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible.
Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

Banque mondiale: la relance de l’économie palestinienne est en zone C

Terrasanta.net
20 octobre 2013
email whatsapp whatsapp facebook twitter version imprimable
Banque mondiale: la relance de l’économie palestinienne est en zone C
La zone C en Cisjordaniem Territoires palestiniens. (d'après une carte de B'Tselem)

L’économie palestinienne pourrait faire un bond en avant dans la zone C si les restrictions de la politique des forces de sécurité israéliennes en territoires palestiniens, notamment en Cisjordanie, étaient supprimées. C’est ce que dit la Banque mondiale dans un rapport rendu public ces derniers jours.


(Milan / g.s. ) – L’économie palestinienne pourrait faire un bond en avant dans la zone C si les restrictions de la politique des forces de sécurité israéliennes en territoires palestiniens, notamment en Cisjordanie, étaient supprimées. C’est ce que dit la Banque mondiale dans un rapport rendu public ces derniers jours.

La section du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord du Département de la réduction de la pauvreté et de la gestion économique de l’organisation internationale, basée à Washington, a établi des comptes et les a mis en ligne dans un document intitulé la Cisjordanie et Gaza. Zone C et avenir de l’économie palestinienne, en date du 2 octobre 2013.

Le texte part d’un fait : 61% de la superficie de la Cisjordanie est peu ou pas accessible aux Palestiniens, qui souffrent des restrictions sur la liberté de circulation et des taxes imposées par l’occupation militaire israélienne. Ce sont les terres situées dans la zone C, définies par les Accords d’Oslo de 1993. Une zone qui en 1998 aurait du  passer sous contrôle palestinien (selon les négociations sur les zones occupées par les colonies). Un contrôle qui est solidement resté dans les mains des Israéliens.

Contrairement aux zones A et B des territoires (qui comprennent essentiellement les principales villes et villages palestiniens), la zone C est caractérisée par une continuité territoriale et une riche dotation de terres agricoles et de ressources naturelles.

Si l’économie palestinienne pouvait faire usage de ces ressources, même en tenant compte des critères d’éco-compatibilité, elle pourrait augmenter le produit intérieur brut de 35%. Dans la pratique, selon les experts de la Banque mondiale, le régime de restrictions a fait perdre aux Palestiniens près de 3,4 milliards de dollars.

Du côté palestinien, selon Washington, la situation causée par les retombées du conflit israélo-palestinien et l’insécurité qui en découle ne facilitent ni la circulation des capitaux ni l’entrepreneuriat : le secteur privé est stagnant et le système économique repose sur l’argent de donateurs étrangers. Au cours des sept dernières années, les investissements privés ont contribué de 15% au produit intérieur brut, contre les 25% généralement enregistrés dans les pays où l’économie est d’un niveau moyen. Le secteur manufacturier a stagné depuis 1994 et contribue aujourd’hui de seulement 10% au PIB (en 2011, le taux a réduit de moitié par rapport aux sept années précédentes). Les investissements n’ont pas été utilisés dans des secteurs rentables – comme l’informatique ou le tourisme – mais dans le commerce intérieur et le secteur immobilier. Le taux de chômage reste ainsi élevé (22 %) et ceux qui travaillent sont employés en grande partie dans le secteur public.

Il est vrai que depuis quelques années cette partie de l’économie palestinienne est en croissance, portée par un soutien financier étranger, par un certain assouplissement des restrictions imposées par Israël au cours de la deuxième Intifada (2000-2004) et par des réformes introduites par le gouvernement de l’Autonomie. Mais nous devons aussi observer que lorsqu’en 2012 l’aide internationale a diminué de moitié, malgré le taux de croissance, le PIB palestinien a baissé de 9% par an pour la période 2008-2011 à 5,9% en 2012. Il tombe radicalement à 1,9% dans la première moitié de cette année (et dans la bande de Gaza, en phase dépressive, on note une chute de 0,1%).

La liberté d’autogestion des Palestiniens dans la zone C permettrait le développement d’entreprises dans divers secteurs (agriculture, exploitation de carrières, le tourisme et les télécommunications) et la construction d’infrastructures. Une telle impulsion à l’économie aurait pour conséquence une hausse des recettes fiscales de l’Autorité palestinienne, évaluées à environ 800 millions de dollars. Chiffre qui conduirait à une baisse de 50% du déficit budgétaire et réduirait la nécessité d’un soutien financier de l’étranger, et à une réduction des taux de pauvreté et de chômage.

Quels seraient les principaux avantages que le récent rapport de la Banque mondiale constate de l’abolition des restrictions dans la zone C ?

Pour l’agriculture, les principaux enjeux sont l’accès à des terres fertiles et à des sources d’eau pour l’irrigation. Les colons israéliens exercent un contrôle sur 187.000 dunums de terre (le dunum est une mesure qui équivaut à 1.000 mètres carrés, et il est donc question 18.700 hectares ). Dans la zone C, il en reste 326 400 (plus de 32.000 hectares) irrigués de 189 millions de mètres cubes d’eau nécessaires chaque année (les Accords d’Oslo ont attribué aux Palestiniens égales 138 500 dunums, à 20% des ressources disponibles estimées). Avec l’irrigation des zones jusque-là indisponibles et l’exploitation des ressources forestières, l’économie palestinienne pourrait s’enrichir d’un montant total de 704 millions d’euros (équivalent à 7% du PIB de 2011).

La mer Morte est riche en minéraux, en particulier d’importants gisements de potasse et de brome. Israël et la Jordanie exploitent déjà ces ressources, obtenant de 4,2 milliards de dollars chaque année pour leur vente. Sur la base de ces données, il est estimé que les Palestiniens pourraient récolter les bénéfices de 918 millions de dollars par an (9% du PIB de 2011), une somme équivalente à l’ensemble du secteur manufacturier de l’Autorité palestinienne.

Le premier produit d’exportation de l’économie palestinienne provient des carrières d’où est extraite la pierre typique de tous les bâtiments de Jérusalem. L’exploitation de la surface disponible de 20 000 dunums dans la zone C permettrait un accroissement économique de 241 millions de dollars (2% du PIB). Estimation prudente qui tient compte des questions liées à la durabilité environnementale.

En Cisjordanie, les zones A et B sont déjà densément peuplées et l’industrie immobilière est à la recherche de nouveaux terrains de construction, disponibles seulement dans la zone C. Aujourd’hui, selon l’analyse du Bureau des Nations Unies de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), les Palestiniens ne peuvent construire que sur 6% de la zone C. Entre 2000 et 2007, seulement 6 demandes d’autorisation sur 100 ont été accordés par les autorités israéliennes. Et il n’est pas seulement  question des maisons, mais aussi des infrastructures (routes, réservoirs, usines de traitement des déchets, etc.), des installations industrielles et des lignes de communication avec les zones A et B. En se limitant seulement au secteur privé (bâtiments commerciaux et résidentiels), la Banque mondiale estime que les Palestiniens pourraient créer une valeur ajoutée annuelle de 239 millions de dollars (environ 2% du PIB).

Le tourisme en Palestine est peut être le secteur le plus affecté par les restrictions de la liberté d’accès et d’entreprise dans la zone C, surtout si l’on considère la rive occidentale de la mer Morte. La Banque mondiale suggère que les Palestiniens pourraient développer son industrie hôtelière, comme le fait Israël. Ce qui permettrait l’entrée de 126 millions de dollars de recette (1% du PIB), et constituerait une force motrice pour plusieurs autres initiatives liées à l’industrie.

Dernier domaine étudié dans le rapport, celui des télécommunications. Dans la zone C, il est impossible pour les Palestiniens d’installer des antennes ou des tours, ou de poser des câbles pour des lignes ADSL. On ne peut utiliser que des fréquences 2G (pour la téléphonie mobile de deuxième génération), mais pas celles de la 3G (troisième génération, déjà à disposition des israéliens). Ce qui entraîne des coûts de gestion élevés, et la couverture du territoire reste médiocre. Ce qui rend les entreprises palestiniennes non compétitives par rapport aux concurrents israéliens situés dans la zone C. Ici aussi, la libéralisation permettrait une croissance du PIB palestinien : on parle d’un apport de 48 millions de dollars.

Feuilletez un numéro au format PDF

Découvrez le magazine au format papierCliquez ici

La Newsletter

Abonnez-vous à la newsletter hebdomadaire

Cliquez ici