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Quitter le pays, un grand rêve et une dure réalité pour de nombreux Syriens

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29 mars 2014
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Quitter le pays, un grand rêve et une dure réalité pour de nombreux Syriens
Partir pour offrir à ses enfants les rêves qu'ils ont encore ©UK Department for International Development

La famille d’Hassaka, des chrétiens syriaques, a fait un rêve : fuir la guerre qui ravage son pays. Tous les membres de la famille ont pris la même embarcation. Tous sont morts noyés entre la Grèce et la Turquie. Nombreux sont les syriens qui souhaitent quitter le pays. Mais trois ans après le début du conflit, les obstacles pour obtenir une autorisation sont toujours aussi nombreux et difficiles à franchir. A quelle réalité doivent faire face ceux qui veulent à tout prix partir se reconstruire ailleurs ?


(Jérusalem/MMLV) – Parti d’une révolte populaire, le conflit syrien bouleverse la région depuis maintenant trois ans. Trois ans de guerre intense qui laissent aujourd’hui le pays dans une situation plus instable que jamais. Et si certaines familles restent attachées à leur terre et ne voudraient l’abandonner pour rien au monde, la majeure partie de la population n’a qu’un seul rêve en tête : partir, pour aller se reconstruire ailleurs. Mais il s’agit là d’un rêve difficile à accomplir et de nombreux obstacles administratifs ou encore financiers barrent la route des syriens qui cherchent à fuir la guerre. À l’image de la famille chrétienne syriaque d’Hassaka, dont tous les membres se sont récemment noyés. Ils tentaient de rejoindre la Grèce via la Turquie sur une embarcation dont le moteur est tombé en panne en pleine mer. « C’est une nouvelle tragédie humaine, chrétienne, nationale et levantine. Elle résume la dispersion, la dislocation et le désespoir qui frappent notre peuple, suite aux destructions et aux massacres perpétrés en Syrie », a déclaré M. Habib Ephrem, chef de la Ligue syriaque. Ce triste événement nous invite à regarder les difficultés rencontrées par ces syriens qui souhaitent émigrer, trois ans après le début du conflit.

Selon un rapport du Haut Commissariat des Réfugiés (HCR) paru début 2014, le nombre de réfugiés syriens aurait atteint 2,5 millions de personnes fin 2013. Un chiffre qui ne cesse d’augmenter à mesure que le conflit s’intensifie. 97% d’entre eux élisent domicile dans les pays limitrophes pour lesquels ils n’ont pas besoin de visa : La Jordanie, la Turquie, l’Irak ou encore le Liban. Entre 2011 et 2013, 70 786 syriens auraient demandé l’asile en Europe, essentiellement en Suède, en Allemagne ou au Royaume-Uni. La France fait partie des pays les moins convoités bien qu’elle ait reçu un total de 1 769 demandes. 

Mohamed a 21 ans et étudie l’architecture dans la ville de Damas où il réside depuis 16 ans. Il a déjà fait plusieurs demandes pour obtenir un visa qui l’autoriserait à poursuivre ses études aux États-Unis mais aucune n’a abouti. « La faute à pas de chance » selon lui car l’obtention d’un visa d’étude est très aléatoire. « Lorsqu’une personne obtient un visa pour partir, c’est comme s’il avait réussi un examen, tout le monde le félicite et est heureux pour elle » partage le jeune homme. Mais pour obtenir un visa d’étude, il faut prouver que l’on a une bonne raison et le désir de revenir en Syrie une fois le diplôme obtenu. Certains tentent de donner de l’argent aux autorités administratives dans l’espoir d’augmenter leurs chances d’obtenir un visa, mais cela ne fonctionne pas toujours. Sur les 4000 étudiants de l’école de Mohamed qui ont formulé une demande, seuls 200 ont obtenu l’autorisation de partir pour le moment. « Les jeunes constituent 60% de la population syrienne, et quasiment tous veulent s’en aller. Nous aimons notre pays et notre terre d’origine, mais pour l’instant, il n’y a pas de futur ici », déclare Mohamed justifiant son désir d’ailleurs.

Jamil, lui, a quitté le pays avant le début du conflit. À 32 ans, il est danseur professionnel et est allé s’établir en Espagne en 2011. Son statut d’artiste lui a grandement facilité la tâche pour obtenir un permis de résidence, qu’il doit renouveler tous les six mois. « Dans mon travail, je suis amené à me déplacer tout le temps, à changer de pays. Je pense que les autorités sont moins réticentes à accorder des permis à des gens comme moi car il y a peu de risque que nous restions dans le pays en question toute notre vie ». Bien qu’il ne soit pas retourné dans son pays d’origine depuis 2010, Jamil demeure extrêmement sensible au sort de la population syrienne. « Je me sens très bien intégré au sein de la population espagnole, mais j’ai quelques connaissances qui viennent de Syrie comme moi, ou d’autres pays instables comme la Libye. Nous formons une sorte de communauté. Quelque soit notre statut ici, nous nous considérons tous comme des réfugiés qui ont fui leur pays ».  Il précise que la plupart de ces réfugiés sont dans le pays sans leur famille. Lui-même a vu la sienne se disloquer complètement après le début du conflit, ses parents vivent au Caire, il a un frère au Liban, un en Turquie, un à Abu Dhabi…

Afin de mieux faire comprendre aux habitants des pays développés, la dure réalité à laquelle font face les syriens pour quitter leur pays, le journal britannique The Guardian a mis en ligne le 14 janvier dernier, une animation interactive.

Les « joueurs » sont invités à se glisser dans la peau d’une syrienne qui a décidé de partir, et ont le choix entre plusieurs options à chaque étape de leur parcours. Ils ont également accès à des informations sur le sort des réfugiés, visant à les sensibiliser pour les mois, voire les années à venir. Selon les Nations Unies, le nombre de demande devrait continuer à augmenter dans les mois prochains.

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