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Irak et Kurdistan : le pétrole divise

Terrasanta.net
20 juin 2014
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Irak et Kurdistan : le pétrole divise
L'un des deux pétroliers qui traversent la Méditerranée chargée avec de l'extrait brut dans le Kurdistan irakien.

Il y a quelques jours, deux énormes pétroliers naviguaient sans but à travers la mer Méditerranée. Ils transportaient chacun un million de barils de pétrole, destinés à être vendus à « moitié prix ». Cependant, aucun port ne semble vouloir les accueillir. Si un pays acceptait d’acheter ces marchandises, il contribuerait immédiatement à la désintégration de l’Irak.


(c.g.) – Il y a quelques jours, deux énormes pétroliers – le United Leadership et le United Emblem de la Marine Management Service MC – naviguaient sans but à travers la mer Méditerranée. Ils transportaient chacun un million de barils de pétrole, destinés à être vendus à « moitié prix ». Cependant, aucun port ne semble vouloir les accueillir, comme s’il s’agissait de pestiférés. Le fait est que – comme l’explique aujourd’hui l’agence Bloomberg – si un pays acceptait d’acheter ces marchandises, il contribuerait immédiatement à la désintégration de l’Irak.

Ces deux navires sont la preuve que le pétrole est une des causes de la guerre en Irak. En effet, le transport de pétrole brut est au centre d’un conflit entre la région semi-autonome du Kurdistan irakien – qui a extrait le pétrole pour le charger ensuite à bord des navires – et le gouvernement central de Bagdad, qui a revendiqué le droit d’encaisser les gains provenant de la vente.

Selon les experts, le Kurdistan irakien est riche en pétrole : une capacité de 45 milliards de barils, soit un quart des réserves de l’Irak. Depuis 2003, l’année de l’invasion américaine de l’Irak, le gouvernement d’Erbil, la capitale de la région, affirme le droit d’extraire le pétrole de ses gisements et de garder les bénéfices des ventes ; cependant, Bagdad a toujours soutenu que le bénéfice obtenu par la vente de ce pétrole devait revenir au gouvernement central, pour n’en reverser ensuite qu’une petite partie au Kurdistan. Erbil voit les bénéfices résultant de la vente du pétrole comme un facteur important de développement pour son territoire. Bagdad craint que cette revendication ne réveille le souhait d’indépendance des Kurdes, ce qui conduirait à la désintégration de l’État.

Au cours des derniers mois, la polémique entre Erbil et Bagdad s’est exacerbée. D’une part, un nombre croissant de compagnies pétrolières multinationales ont décidé d’investir dans le Kurdistan (considéré comme plus sûr que le Sud de l’Irak et que la région ouest de l’Irak, dangereusement proche de la Syrie). D’autre part, entre 2012 et 2013, un nouvel oléoduc «stratégique» a été construit, rendant Erbil indépendante de Bagdad : le pipeline (qui s’étend uniquement sur le territoire kurde) rejoint la ville de Kurmala à la frontière turque. Là, il se rattache à un pipeline qui atteint la ville turque de Ceyhan, sur la Méditerranée. Ainsi, Erbil, contre l’avis de Bagdad, mais dangereusement soutenue par le gouvernement turc, a commencé à exporter son pétrole. Dans les premiers mois, le pétrole kurde a été pompé jusqu’au port de Ceyhan où il fut emballé sans être mis en vente. Cependant, le 22 mai, le Kurdistan a franchi l’inertie en agissant ouvertement contre Bagdad : le pipeline a commencé à travailler à pleine capacité et le premier pétrolier, le United Leadership, a navigué, rempli « d’or noir », jusqu’à un port méditerranéen non identifié. Pendant ce temps, les autorités de Bagdad ont réagi en demandant aux pays occidentaux, possibles acheteurs, de ne pas acheter ce qu’ils considèrent comme du « pétrole illégal ». Le 10 Juin, un deuxième pétrolier, le United Emblem, a été chargé de pétrole kurde avant de prendre la mer. Le même jour, la situation en Irak a viré au tragique : des militants islamistes ont lancé leur attaque sur la ville de Mossoul, l’ont conquise, puis se sont mis en route pour Bagdad.

Même sur la terre ferme, l’objectif des belligérants est avant tout de conquérir les raffineries et les puits de pétrole, pour contrôler les ressources économiques du pays. Par exemple, les terroristes de l’État islamique d’Irak et du Levant (EIIL) et les forces de l’armée régulière se sont violemment affrontés pour le contrôle de la plus grande raffinerie d’Irak, située à Beiji, à 250 kilomètres au nord de Bagdad. Les peshmergas – l’armée kurde – ont quant à eux disposé leurs troupes aux alentours de Kirkouk, une ville du nord proche du Kurdistan irakien, dont le territoire est riche en pétrole.

Le seul espoir pour stopper la progression des extrémistes de l’EIIL serait que le pays démontre son unité. C’est aussi le point de vue exprimé hier par le vice-président des États-Unis, Joe Biden, qui a exhorté le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki, à s’engager dans la lutte aux côtés des forces kurdes. Dans ce contexte, si un pays occidental décide d’acheter la précieuse cargaison du United Leadership ou du United Emblem, il endossera la responsabilité de la suppression d’un accord entre Bagdad et Erbil, et aidera ainsi, indirectement, à la victoire des fondamentalistes islamiques.

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