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Irak: « Le chemin des chrétiens reste sombre et incertain, sans avenir, ni espoir »

Terresainte.net
16 juin 2014
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Irak: « Le chemin des chrétiens reste sombre et incertain, sans avenir, ni espoir »
Une église abandonnée de la plaine de Ninive. Irak. ©Vincent Gelot/Mille et une foi

« Un peuple entier meurt un peu plus chaque jour, moralement et culturellement, privé de son identité, de sa liberté et de son droit de vivre en paix comme n'importe quel peuple de la terre. » Un témoignage livré à Vincent Gélot lors de son séjour en Irak. D’une actualité saisissante dans la situation actuelle.


(Jérusalem) – Pour Vincent Gelot qui vient de passer deux ans à parcourir l’orient chrétien (Proche et Moyen-Orient, Asie centrale, Corne de l’Afrique, Golfe Persique)… les nouvelles sont d’autant plus difficiles à entendre qu’il a visité toutes les villes et villages aujourd’hui pris au piège d’une nouvelle guerre.

Dans le Livre d’Orient qu’il a fait remplir aux communautés rencontrées, les chrétiens confièrent leurs craintes, leur prière et leurs espérances. La lettre qui suit en est le reflet. Elle fut écrite par un moine chaldéen depuis le monastère de Dera Saida, l’un des importants de la plaine de Ninive. Son témoignage date d’octobre 2012, mais il n’a pas pris une ride et son sens s’en trouve même renforcé au regard du drame qui se joue en Irak.

Un peuple persécuté depuis toujours

Depuis ses origines, l’Irak est considéré comme l’un des berceaux de civilisations les plus anciennes: sumérienne, acadienne et babylonienne. La Mésopotamie fut nommée la Terre d’Abraham (la terre de Chaldée), Abraham étant le premier avoir répondu « oui » à l’appel de Dieu vers la Terre Promise.

La Mésopotamie compte parmi les régions la plus importantes de l’histoire antique: sa terre a vu se succéder des peuples divers et des civilisations variées. Nous autres, chrétiens de Mésopotamie, faisons partie intégrante de cette population et nous continuons de parler dans le langage de Jésus.

La propagation du christianisme en Mésopotamie remonte au temps de l’apôtre Thomas. Une grande Eglise vit le jour sur cette terre et se propagea jusqu’en Inde et en Chine. Cette Eglise perdura mais dans de grandes difficultés/dans la douleur, en raison de la persécution des Perses Sassanides, des Mogols et des Arabes. 

Aujourd’hui, nous sommes victimes de violence, fruit de l’addition de problèmes multiples, d’attaques issus d’une idéologie d’un autre âge, de la guerre (la dernière en date, la guerre du Golfe…), tout un ensemble qui a entrainé la mort de milliers de jeunes, d’adultes et d’autant d’enfants devenus orphelins et de veuves. Un peuple entier meurt un peu plus chaque jour, moralement et culturellement, privé de son identité, de sa liberté et de son droit de vivre en paix comme n’importe quel peuple de la terre.

Le chemin des chrétiens reste sombre et incertain, sans avenir, ni espoir. Il n’y a plus d’espérance possible pour nous en Irak, et plus de trois millions ont déjà émigré à l’étranger depuis 2003. Depuis que les églises sont la cible d’attaques, plus de 50000 chrétiens ont migré vers la Syrie, la Turquie et la Jordanie en raison des menaces de fondamentalistes islamistes. Leur grief à notre égard : être chrétien, la foi assimilée à l’occident.

Après la chute du régime en 2003, nous croyions qu’un avenir nouveau était possible, nous pensions qu’une fois la guerre finie, les choses devaient forcement changer en mieux. Parce qu’on nous avait promis la paix et la démocratie, nous espérions pouvoir faire table rase de ce passé. Mais la nouvelle réalité s’est révélée être encore plus dramatique. Dès lors, les chrétiens d’Irak disparaissent peu à peu du pays. 

La question qui se pose à nous est celui de notre avenir. Qui protègera et défendra notre existence dans ce pays? Que ceux qui lisent cette lettre nous viennent en aide et prient pour nous. Au bout du compte, j’espère que la situation ira en s’améliorant et je prie le Bon Dieu du fond du cœur d’apporter la paix en Irak, dans le monde entier et à tous ceux qui souffren. Que le Seigneur nous bénisse.

 

Père Waheed Gabriele Tooma,

moine chaldéen d’Iraq de l’Ordre des Antonins de Saint Hurmizd – 30/10/2012

(Texte original en italien)

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