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Un nouveau calife au Moyen-Orient ?

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1 juillet 2014
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Un nouveau calife au Moyen-Orient ?
L'unique photo de l'autoproclamé nouveau calife.

Dimanche 29 juin, les djihadistes de l’État islamique en Irak et au Levant plus connu sous le sigle EIIL ou Da'ech, ont proclamé le rétablissement du califat islamique moins d'un siècle après son abolition par Mustafa Kemal (1924). Au travers de cette déclaration, ce groupe de militants islamistes radicaux entend changer de statut afin de devenir, à proprement parler, l'état islamique de référence pour tous les musulmans du monde. Il entend imposer ce califat sur toutes les régions déjà conquises en Syrie et en Irak mais bien plus encore l'étendre jusqu'au Liban et en Palestine. Retour sur la présence de Da'ech et l’effroi que ces terroristes sèment parmi les populations.


(Jérusalem/E.R) – Dimanche 29 juin, les djihadistes de l’État islamique en Irak et au Levant plus connu sous le sigle EIIL ou Da’ech, ont proclamé le rétablissement du califat islamique moins d’un siècle après son abolition par Mustafa Kemal (1924). Au travers de cette déclaration, ce groupe de militants islamistes radicaux entend changer de statut afin de devenir, à proprement parler, l’état islamique de référence pour tous les musulmans du monde. Il entend imposer ce califat sur toutes les régions déjà conquises en Syrie et en Irak mais bien plus encore l’étendre jusqu’au Liban et en Palestine. Retour sur la présence de Da’ech et l’effroi que ces terroristes sèment parmi les populations.

Un nom ne cesse de revenir dans tous les médias du Moyen-Orient et concentre toutes les peurs, rimant avec enlèvements, tortures et massacres : ce nom c’est Da’ech, l’anagramme arabe de l’État islamique en Irak et au Levant. En pleine internationalisation, ce mouvement est non seulement en train de gagner sa « notoriété » au sein des groupes terroristes les plus fanatiques de la décennie mais a restauré le califat islamique. Son porte-parole proclamait dimanche : le califat est « le rêve de tout musulman », sous-entendu que désormais les musulmans du monde doivent prêter allégeance au nouveau calife. Car calife il y a bien et c’est le chef du mouvement Abou Bakr Al-Baghdadi qui a été désigné comme successeur du prophète Mahomet et donc “emir des croyants”. La nomination du calife Ibrahim comme il se fait appeler n’est pas pris à la légère. Charles Lister, chercheur à Doha expliquait sur le site du Monde : “c’est le développement le plus important dans le djihad international depuis le 11 septembre. Cela pourrait marquer la naissance d’une nouvelle ère de djihadisme transnational ». 

La proclamation du califat laisse dubitatif quant à l’avenir déjà difficile des populations chrétiennes. Terresainte.net en avait déjà exposé l’évolution dans un article Chrétiens contraints à l’exil.  Da’ech a été un des grands acteurs de leur extinction ne nourrissant qu’une ambition exclusive : abolir les frontières de l’Irak, la Syrie, le Liban et la Palestine dans un premier temps, puis de l’Égypte et la Jordanie pour régner sur un Orient exclusivement musulman.

Mouvement, créé en réaction à l’intervention américaine de 2003, Da’ech n’a cessé de gagner du terrain en Irak malgré l’offensive des forces gouvernementales. Mardi 24 juin, Da’ech s’est emparé de la 2e ville du pays, Mossoul s’assurant le contrôle du nord du pays. De nombreux raids aériens ont évité de justesse la prise de la plus grande raffinerie de pétrole du pays à Baiji, à seulement 200 km au nord de capitale.

Mais quelques jours plutôt, dimanche 22 juin, Da’ech s’était néanmoins emparé de trois localités de la province d’Anbar, située à une soixantaine de kilomètres de la Jordanie. Point d’attention : la ville de Tarbil, le principal point de passage entre les deux pays. Le royaume Hachémite n’a d’ailleurs pas tardé à répondre par l’envoi de renforts militaires à sa frontière orientale. Fin avril, des jihadidistes deDa’ech avaient mis en garde sur le site Youtube : «J’ai un message pour le tyran de Jordanie, nous venons vers vous avec la mort ».

Da’ech est aussi largement implanté en Syrie, (voir Luttes fratricides entre musulmans de janvier 2014). Poursuivant son objectif, l’EIIL a déjà détruit les postes frontières entre la Syrie et l’Irak. Des actes que ni Téhéran ni Washington ne prennent à la légère. Da’ech menace l’existence même d’un pays et état, sur lequel Américains et Iraniens comptent assurer leur mainmise. Une alliance américano-iranienne semblerait étrange de prime abord mais les deux ennemis y ont leur intérêt : le pétrole pour les uns, l’influence chiite pour les autres.

Pour l’heure, ce sont plus de cinquante conseillers politiques et militaires américains qui ont été envoyés afin d’évaluer la situation ; leur nombre devrait gonfler jusqu’à 300 dans les prochains jours. La Russie a déjà armé le gouvernement irakien avec des avions de combat.

De forces insurgées à un réseau terroriste régional, le politologue Hassan Abou Hanieh expliquait au Figaro: “L’EIIL est un réseau très organisé et très puissant qui accueille des volontaires du monde entier”. Quant à Christophe Ayad, journaliste au Monde au Proche-Orient, il détaillait : “ce qui distingue Da’ech d’Al Quaeda c’est sa radicalité. Il pense qu’il faut se battre tout le temps et partout même contre les musulmans. C’est une nouvelle génération de terroristes. Il n’y a aucun compromis ou collaboration possibles, ni avec les occidentaux ni avec les Arabes eux-mêmes. Autre point, l’EIIL n’a pas été « aboubé » par Al Quaeda comme cela a pu être le cas pour d’autres mouvements islamistes en Syrie”.

S’inspirant de la pensée takfirie, un courant revendiquant comme mode opératoire l’excommunication et l’assassinat de tous les non-croyants ou musulmans ne partageant pas leurs points de vue ; les takfiri s’autorisent des actes contraires à l’islam dans l’intérêt de la lutte qu’ils poursuivent face “aux mécréants”. Même l’Arabie Saoudite, qui soutient le renversement du président Bachar Al Assad en Syrie et donc certaines de ces milices, craint le retour au pays de ses jihadistes (sur le modèle des talibans afghans). Riyad a déjà annoncé que “tout Saoudien participant à des combats à l’étranger et faisant partie de « groupes terroristes » serait passible de peines allant de trois à 20 ans de prison” (source l’Orient Le jour).

Mercredi 25 juin, c’est le Liban qui a découvert l’“exportation” de Dae’ch sur son territoire. Le dernier attentat suicide est le fait d’un saoudien d’une vingtaine d’années. Dix personnes ont été blessées lorsque deux kamikazes se sont faits exploser en dans un hôtel en bord de mer à Raouché, un des lieux les plus touristiques du Liban. Quelques jours auparavant, c’est un barrage de l’armée qui avait été visé par une voiture piégée faisant douze blessés. Un des complices ayant été arrêté, a reconnu durant son interrogatoire être venu au Liban pour y commettre un attentat suicide à l’instigation de l’EIIL.

Sans parler de l’impact économique négatif sur la saison estivale à venir, le Liban avec plus d’un million de syriens – majoritairement sunnites – redoute un embrasement incontrôlable. Préventivement des plans de sécurité d’envergures ont été mis en œuvre à Beyrouth, Tripoli et dans la vallée de la Békaa. La menace Da’ech est entrain de rassembler sur un front commun toutes les confessions. Un Paradoxe sécuritaire alors que le pays du Cèdre est en proie aux plus grandes divisions et dans une impasse politique face à l’élection de son nouveau président. À Beyrouth et dans sa proche banlieue, on ne compte plus le nombre de perquisitions, voitures et suspects arrêtés. Le député Raad du parti du Hezbollah a appelé à la solidarité nationale et a martelé ce message aux forces de Da’ech : “personne ne peut nous menacer d’insécurité ou de chaos. Nous vous combattrons dans votre propre bastion s’il le faut, mais vous ne viendrez pas chez nous”. En réponse à cette menace, la question de l’instauration de visa préalable pour les ressortissants des états arabes a aussi été posée. Une mesure que le gouvernement libanais a sérieusement étudiée mais repoussée, cela aurait été un « tremblement de terre diplomatique » – les populations des émirats et de l’Arabie Saoudite figurant parmi les plus gros investisseurs au Liban.

En Palestine, à seulement 880 kilomètres de Bagdad (distance de Jérusalem), Da’ech est aussi sur toutes les lèvres. Les opérations en Irak ont été fortement relayées dans les médias et sur les chaînes de télévision. Mardi 22 juin, apogée des combats, des habitants de Béthléem parlant des événements commentaient : « Da’ech ne passera pas le mur, pas notre mur ». L’enlèvement de trois adolescents israéliens et leurs corps retrouvés sans vie, lundi 30 juin au soir, laissent aussi planer l’hypothèse d’une action de Da’ech. En effet, la non revendication de ces meurtres laisse perplexe. Les populations locales en appellent à la réputation du mouvement, passé maître dans l’enlèvement d’étrangers (plus douze d’étrangers donc des humanitaires seraient retenus par l’EIIL).

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