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Quand l’Etat islamique défie Al-Qaida

Lorenzo Nannetti
5 novembre 2014
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Quand l’Etat islamique défie Al-Qaida
Vers l'EIIL affluent les hommes et des fonds en provenance de diverses régions du monde.

Beaucoup d'attention a été accordée à l'émergence de l'Etat islamique d'Irak et du Levant (EIIL ou Da'ech) notamment au regard des conséquences qu’ils font peser sur les populations civiles. Ce dont on parle moins, en revanche, c’est de ce que le groupe a transformé au sein de l'islam radical. Nous essayons de le faire ici.


Les événements relatifs à l’émergence de l’Etat islamique d’Irak et du Levant (EIIL) et les combats de ces derniers mois ont été couverts par les médias, en particulier tout ce qui concerne leurs effets sur ​​les populations locales, la relation entre Etats du Moyen-Orient ou encore la réaction occidentale. Beaucoup moins d’attention a été prêtée à ce que ce groupe a provoqué dans le monde islamique radical. En fait, de pair avec la perturbation des équilibres régionaux, l’EIIL s’est révélée être une véritable tornade, même dans l’univers du terrorisme.

Commençons par quelques observations : tout d’abord l’EIIL n’est rien de plus que le mouvement connu sous le nom d’Al-Qaïda en Irak qui, au fil des années, a changé de nom. Malgré cela, les dirigeants internationaux d’Al-Qaïda ont expulsé l’EIIL du mouvement, le qualifiant de «trop féroce envers la population ».

Deuxièmement, une grande partie de l’islam, non seulement modérée, mais aussi radicale (y compris al-Qaïda lui-même) a condamné l’auto désignation du chef de l’EIIL, Abou Bakr al-Baghdadi, comme « calife » c’est-à-dire chef de file suprême de l’Oumma, la communauté des musulmans partout dans le monde.

Malgré cela, un certain nombre d’autres petits groupes terroristes ont progressivement décidé de s’affilier à l’EIIL, proclamant leur loyauté bien opérant hors de l’Irak et de la Syrie. Puis lorsque le président américain, Barack Obama, a lancé sa stratégie de lutte contre l’EIIL avec la formation d’une coalition internationale comprenant aussi des pays arabes, Al-Qaïda a inexplicablement changé de cap offrant à l’EIIL  de « lutter ensemble ».

Si pour un observateur occasionnel de tels enchainements d’événements ne semblent pas particulièrement importants, ils attestent de nouvelles dynamiques au sein du radicalisme islamique qui ne devraient pas être ignorées. Il faut bien se rendre compte que le défi de l’EIIL n’est pas seulement  l’Occident et les sociétés arabes, mais aussi l’ordre «gérarchique» qu’Al-Qaïda a imposé aux autres organisations terroristes depuis l’époque de Ben Laden.

 « Maintenant, nous sommes les plus importants » tel est le message de l’EEIL au monde islamique radical;  « C’est nous dorénavant que le monde craint, pas vous » est le défi implicite qu’il adresse à Al-Qaïda.

Pourquoi cela? Quelle importance cela revêt-il ? Dans l’univers du terrorisme islamique existe une dynamique qui, pour simplifier, est celle de celui qui « prend le train alors qu’il est lancé ». Plus un groupe est solide et prospère, plus son importance – que ce soit en termes de menace réelle ou de visibilité médiatique – augmente. Plus il est reconnu plus il  recrute (à l’étranger notamment) et attire les financements. C’est comme une spirale «positive», enfin pour le groupe terroriste bien sûr.

Dans le même temps, d’autres groupes risquent d’être progressivement oubliés et par effet de ricochet perdent leurs recrues et fonds. Ils deviennent moins puissants, moins attirants, la spirale est alors, pour eux, « négative ».

C’est exactement ce qu’est en train de faire l’EEIL: ses réalisations sur le terrain, la forte poussée médiatique qui accompagne ses actions (que ce soit par sa propre propagande et par la résonance dans les médias occidentaux), la peur qui frappe ses adversaires ; aux yeux des promoteurs du terrorisme (émirs, hommes d’affaires, parfois même des États entiers) l’EIIL est devenu « le cheval gagnant sur qui parier ». Pour les combattants assoiffés de jihad, il est le groupe des vainqueurs, celui dont il faut faire à tout prix partie parce que les autres ne comptent plus. Pour les petits groupes disséminés de par le monde, le rejoindre signifie augmenter sa propre résonance, pertinence, dangerosité et profiter de retombées indirectes. Ne pas le faire c’est prendre le risque d’être ignoré.

Pour Al-Qaïda, cela représente un réel et direct défi à sa suprématie. Le mouvement créé par Oussama Ben Laden et maintenant dirigé par Ayman al-Zawahiri s’est progressivement affaibli mais, pendant une décennie, a régné en maitre absolu. Il recevait les financements les plus importants, des militants du monde entier ont afflué sous ses drapeaux et des groupes extrémistes lui ont déclaré leur obédience même dans les régions les plus reculées du globe.

Désormais c’est l’EEIL qui lui a « volé la vedette ». Cela explique le changement de fusil d’épaule  qu’a opéré d’Al-Qaida passant de la condamnation initiale à l’offre de collaboration. Al-Qaïda ne peut pas se permettre de garder le silence et doit apparaître tout aussi féroce et combatif. Il doit regagner sa place d’ennemi numéro un aux yeux de l’Occident au risque de disparaître progressivement. Et pour redevenir le centre d’attention des médias internationaux, il lui fait redoubler les attaques et les attentats contre l’Occident et ses intérêts. 

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