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Lutte contre Daesh: que dit l’Eglise ?

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27 avril 2015
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Lutte contre Daesh: que dit l’Eglise ?
Le pape François à la sortie du Saint Sépulcre lors de sa visite pastorale à Jérusalem en mai 2014 ©AOCTS/AB

Difficile de concilier justice et défense de la paix. Face à Daesh, l’Eglise a pris position, et n’entend pas laisser les chrétiens sans réponses face à la persécution. Son message s’adresse autant aux fidèles qu’à la communauté internationale, qu’elle supplie d’agir. Quelques éclaircissements.


(Jérusalem/n.k.) – La question est des plus délicates. Difficile en effet pour l’Eglise de trouver « la » bonne solution pour répondre aux crimes commis par le pseudo-Etat islamique, Daesh.

Il semblerait plutôt qu’aucune vraie bonne solution n’existe. Le dilemme est de taille : à la fois défendre la paix, par souci du bien commun, par défense de la vie, mais dans le même temps stopper une entreprise meurtrière et essentiellement anti-chrétienne.

Face à cela, les autorités ecclésiales ont apporté quelques pistes de réponses, notamment par la voix du Pape.

Au retour de son voyage apostolique de Corée, François avait notamment déclaré qu’il est « licite d’arrêter l’agresseur injuste. Je dis bien ‘arrêter’, je ne dis pas bombarder ou faire la guerre. Les moyens de l’arrêter devront être évalués ».

Arrêter sans bombarder, sans mener bataille ? Pas si simple.

D’autant plus facile, pourraient dire certains, que le Vatican n’a pas d’armée régulière, et que les déclarations du Saint-Siège ne peuvent être qu’incitatives.

Il n’empêche que les déclarations de l’Eglise comptent et ont du poids sur la communauté internationale.

Le « ministre des Affaires étrangères » du Vatican, Mgr Gallagher confirme les propos du Saint-Père : « On ne peut pas confier la résolution d’un conflit d’aucune sorte à la seule réponse militaire. La voie de la violence conduit seulement à la destruction. La première chose urgente, pour le bien de la population de la Syrie et d’Irak et de tout le Moyen-Orient, est de déposer les armes et de dialoguer et approfondir les causes qui sont à l’origine des conflits et qui ont ensuite été exploitées par l’idéologie fondamentaliste. »

Pour lui, les déclarations du Saint-Père restent comme la boussole de la diplomatie vaticane : arrêter l’agresseur injuste, dans le strict respect du droit international. « Il est licite d’arrêter l’agression à travers l’action multilatérale et avec l’usage proportionné de la force » souligne-t-il. « Dans le cas des violations et des abus commis par le soi-disant État islamique, il semble important que les États de la région soient directement impliqués avec le reste de la communauté internationale dans les actions à entreprendre ».

Le représentant du Vatican à l’ONU, Mgr Tomasi, a récemment eu des propos plus engagés, reconnaissant qu’il faut « stopper les exactions commises en Syrie et en Irak par le prétendu État islamique. Sinon, nous nous lamenterons plus tard en nous demandant pourquoi nous n’avons rien fait, pourquoi nous avons permis qu’une tragédie aussi terrible se produise. » Pour le diplomate, « l’action militaire est peut-être nécessaire en ce moment ».

L’Eglise n’est cependant pas aveugle, et ne cesse d’appeler les fournisseurs d’armes à stopper leurs ventes. Même son de cloche pour les grandes puissances qui auraient des intérêts à un Moyen-Orient explosé.

Mgr Gallagher est clair : « Quiconque se livre au trafic d’armes et alimente la guerre est un terroriste et un criminel, comme le rappelle le Saint-Père. La communauté internationale a l’obligation de chercher à éliminer le plus possible ce commerce immoral et inhumain, y compris avec l’imposition de sanctions économiques contre les états impliqués. Les activités de l’EI sont également financées par un appui politique plus ou moins évident et par le commerce illégal de pétrole, la vente d’objets d’art et la séquestration des personnes. La communauté internationale devrait agir plus rapidement et fermement. »

On ne compte plus les audiences publiques, les angélus, les homélies où le Pape François supplie la communauté internationale d’agir, en vu du bien commun.

Pour son ministre des Affaires Etrangères, la mobilisation doit aussi se faire du côté des autorités musulmanes. « La religion ne peut être instrumentalisée pour justifier la violence. Cependant, puisque certains groupes se réclament de l’islam pour justifier leur action, il est clair que les leaders musulmans ont une responsabilité importante dans la dénonciation et la condamnation sans aucune ambigüité des agissements du dit État islamique et les atrocités commises sur les personnes pour le seul motif de leur appartenance religieuse. »

En défendant ces différentes positions, l’Eglise ne fait que s’inscrire dans la tradition philosophique thomiste de la « guerre juste ».

Aujourd’hui, la doctrine sociale de l’Eglise est claire : pour être licite, l’usage de la force doit veiller à ce que :

– le dommage infligé par l’agresseur soit durable, grave et certain

– tous les autres moyens d’y mettre fin se soient révélés impraticables ou inefficaces

– soient réunies les conditions sérieuses de succès

– l’emploi des armes n’entraîne pas des maux et des désordres plus graves que le mal à éliminer.

On peut donc mieux comprendre les différentes prises de position du Saint-Siège sur la lutte à opposer à Daesh.

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