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Nucléaire iranien: une étape historique

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8 avril 2015
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Nucléaire iranien: une étape historique

Le régime de Téhéran et les grandes puissances occidentales sont finalement parvenus à un accord pour limiter dans le temps l’enrichissement de l’uranium iranien. Le texte signé est un accord cadre, censé être complété avant le 30 juin par un accord définitif. En Iran, la satisfaction est manifeste, en Israël on s'insurge.


(Jérusalem/n.k.) – Il aura fallu presque douze ans pour parvenir à ces quatre feuillets publiés mardi 2 avril par le Département d’Etat américain.

Douze ans pour que les puissances occidentales et l’Iran parviennent à s’entendre au sujet des capacités nucléaires de Téhéran.

L’accord signé mardi 2 avril à Lausanne (Suisse), bien qu’historique, n’est qu’une étape. Les négociations doivent en effet se poursuivre jusque fin juin, date à laquelle les « 5+1 » (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie et Chine + Allemagne) et l’Iran sont censés signer l’accord définitif qui inaugurera une nouvelle ère pour le régime de Téhéran.

Le document de quatre pages signé début avril n’est qu’un accord-cadre, qui fixe dans les grandes lignes ce que doit venir confirmer et détailler le prochain document.

L’avancée est pourtant significative, tant la date butoir était incertaine et bien souvent repoussée. Commencée en 2003 après la découverte des installations d’enrichissement d’uranium iraniennes, les négociations n’ont pas cessé de se poursuivre jusqu’à aujourd’hui. L’accession du très conservateur Mahmoud Ahmadinejad au pouvoir a mis entre parenthèses les pourparlers, avant que le contact ne soit repris au lendemain de la victoire d’Hassan Rohani, plus modéré.

Qu’ont signé les grandes puissances à Lausanne ? Un programme qui, s’il est respecté, promet de sérieusement réduire les capacités nucléaires de l’Iran.

Car le fond du sujet est bien là : empêcher l’Iran de produire qualitativement et quantitativement trop d’uranium, ce qui ouvrirait la voie à une utilisation militaire, et donc potentiellement à une arme nucléaire.

Ainsi donc, l’accord prévoit d’abord de réduire le nombre de centrifugeuses servant à enrichir l’uranium.

L’Iran s’est engagé à réduire leur nombre de deux-tiers, passant de 19000 aujourd’hui à 6104. Sur ces 6104 restantes, 5060 pourront produire de l’uranium enrichi pendant 10 ans.

Concernant le stock d’uranium faiblement enrichi, celui-ci devra passer de 10 tonnes à 300 kg, avec la possibilité d’être enrichi à seulement 3,67% pendant 15 ans.

La République Islamique d’Iran a également accepté la clause selon laquelle il lui sera interdit de construire de nouvelles installations pendant 15 ans. Le site de Natanz, devra demeurer l’unique lieu d’enrichissement de l’uranium, accueillant les 5060 centrifugeuses autorisées.

Le premier volet de l’accord vise donc à réduire drastiquement les capacités de l’Iran, de manière à prévenir toute éventualité d’utilisation militaire de la puissance nucléaire. C’est le sens des délais longs des interdictions. D’autre part, la réduction de la qualité de l’enrichissement et des centrales permet de ne limiter l’utilisation de l’uranium qu’au domaine civil.

Le second volet s’axe sur les contrôles que le régime de Téhéran devra accepter de la part de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA).

L’Iran s’est engagé à ce que celle-ci puisse contrôler tous les sites pendant 25 ans.

C’est également elle qui devra confirmer que le régime des Ayatollah respecte les conditions du traité, moyennant quoi l’Occident pourra lever ses sanctions.

Car c’est en effet l’enjeu pour l’Iran : se libérer des lourdes sanctions imposées par les Etats-Unis et les Nations-Unies sur son économie. Pour l’instant par exemple, le pétrole ne peut s’exporter que moyennant du troc avec les pays non sanctionnés par les Etats-Unis.

Si l’AIEA reconnaît le respect de l’accord les sanctions seront levées. Avec le risque de voir ces sanctions rétablies ou maintenues si un doute persiste.

Pour le groupe des « 5+1 » comme pour l’Iran, l’accord signé le 2 avril laisse un goût de victoire commune.
Barack Obama s’était fixé comme engagement de campagne de régler la question du nucléaire iranien, défi sécuritaire pour son pays. Les autres puissances, notamment la France, souhaitaient également parvenir à un accord, en dépit des nombreux obstacles.
La satisfaction d’Hassan Rohani et de son ministre des Affaires Etrangères Mohammad Javad Zarif était évidente. L’engagement était également électoral, et la levée des sanctions devrait permettre à l’Iran de respirer économiquement. L’enjeu est de réintégrer le système financier international, ce qui pourrait par voie de conséquence être un facteur de stabilité régionale.
Même si la prudence demeure jusqu’au 30 juin, date de l’accord technique et définitif, les deux parties peuvent donc s’estimer satisfaites.

Des oppositions demeurent cependant. La plus bruyante est incontestablement l’israélienne, par le voix du Premier ministre Netanyahu. Celui-ci s’emploie depuis plusieurs années à barrer la route à cet accord. Malgré quelques coups d’éclats (comme son discours au Congrès en mars dernier), son message est de plus en plus inaudible, et l’accord signé marque pour lui une défaite stratégique évidente.

Soutien inattendu d’Israël, l’Arabie saoudite marque aussi son désaccord profond. Le royaume sunnite tente en effet de limiter par tous les moyens l’extension de l’Iran, régime chiite qui pourrait bien devenir la puissance dominante du Moyen-Orient.

Les oppositions sont enfin internes, comme aux Etats-Unis où l’accord doit encore être ratifié par le Congrès. Opération politique pour Barack Obama qui n’est pas soutenu par celui-ci.

Dans tous les cas, l’étape franchie début avril est historique et a au moins permis de rétablir les liens de confiance qui s’étaient perdus depuis longtemps. Reste à savoir si les différentes parties seront à la hauteur du défi lancé. Réponse le 30 juin prochain. 

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