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Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

«Pas seulement Palmyre, mais tout le patrimoine archéologique de l’Irak et la Syrie sont en péril»

Carlo Giorgi
17 mai 2015
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«Pas seulement Palmyre, mais tout le patrimoine archéologique de l’Irak et la Syrie sont en péril»
Vue panoramique des ruines de Palmyre (photo G. Caffulli)

Les terroristes de l'État islamique seraient très proches du site archéologique de Palmyre, en Syrie, un site du patrimoine mondial par l'Unesco. Le monde craint désormais que ce précieux trésor artistique et historique  soit détruit par la folie fondamentaliste. Nous avons rencontré à ce sujet la professeur Maria Teresa Grassi, professeur d'archéologie à l'Université de Milan.


« Nous parlons beaucoup ces jours de Palmyre, parce que ce lieu est célèbre; mais la tragédie c’est que, étape après étape, les terroristes sont en train de mettre à mal l’ensemble du patrimoine culturel de la Syrie et de l’Irak. Ces patrimoines culturels sont constitués d’un réseau de plusieurs sites et ces derniers sont détruits en silence, sans la résonnance dont bénéficie Palmyre. Si seulement le danger que coure Palmyre pouvait, dans ces prochaines heures, faire office de ‘sonnette d’alarme’ et réellement impacter l’opinion publique occidentale, alors cette résonnance aurait un sens et pourrait faire arrêter tout cela ».

Maria Teresa Grassi, professeur d’archéologie à l’Université de Milan, est consternée à la lecture des dernières nouvelles en provenance de Syrie: les terroristes de l’État Islamique (EI) ont pris d’assaut la ville de Palymre et sont tout près de son site archéologique classé au patrimoine mondial par l’Unesco. Le monde entier craint désormais que ce précieux trésor artistique et historique  soit détruit par la folie fondamentaliste. A Palmyre, entre 2007 et 2010 (jusqu’à ce qu’il soit encore possible d’atteindre les lieux et d’y travailler), la professeur Grassi a dirigé d’importantes missions archéologiques Italo-syrienne, des fouilles engagées sur l’un des quartiers centraux de la cité  antique

« Je dois dire que je suis avant tout préoccupée au sujet des habitants: ces dizaines de personnes qui ont travaillé avec nous tant dans les fouilles que dans les hôtels et restaurants. Plusieurs de mes collègues professeurs d’université syriens ont réussi à se mettre en sécurité, la plupart en regagnant l’Europe. Mais les gens simples, avec qui nous avons des liens étroits d’amitié, n’ont bien souvent pas la chance de pouvoir s’échapper. Durant ces années, nous avons pu communiquer avec eux de temps en temps. Désormais j’ai peur d’envoyer un message et de ne pas recevoir de réponse … ».

Parce que la destruction des sites archéologiques est si grave?

Prenez par exemple l’histoire du site archéologique d’Ebla (où une mission a été dirigée par l’Italien Paolo Matthiae en 1975, il a fait l’incroyable découverte de milliers de tablettes cunéiformes datant de 2300 avant JC – ndlr): avant que le professeur Matthiae n’effectue cette découverte, il «n’y » avait que trois huttes en terre et quatre moutons. Mais alors et grâce à cette découverte, la mission a inévitablement généré des contacts avec la population, et des projets à long terme sont nés impliquant non seulement les fouilles mais les musées et toute l’économie. La région d’Ebla a tout misé sur l’exploitation de son patrimoine culturel. La chose la plus importante, ce sont les retombées de cette longue période de travail sur la jeune génération: les jeunes comprennent et mesurent la valeur du patrimoine culturel du passé. Un jeune homme qui, enfant, a vu son grand-père et son père investis dans des fouilles et travaille, ensuite, à son tour dans ce domaine sait ce que cela signifie et sera, demain, un défenseur des valeurs de la culture. Détruire des sites archéologiques rompt cette chaîne et c’est en cela que c’est très grave.

Si Palmyre tombe dans les mains des islamistes, ce qui pourrait arriver à ses conclusions?

Palmyre est un site célèbre, les fondamentalistes le savent tout comme l’effet que sa destruction pourrait produire sur l’opinion publique… Mais vous devez vous rappeler que, en plus de la destruction, les fondamentalistes s’autofinancent par la vente des trouvailles du patrimoine archéologique et culturel qu’ils pillent et revendent sur le marché noir. Ce secteur est en plein essor car il est garni d’acheteurs de différentes parties du monde. Mon impression c’est qu’il y a, en façade idéologique et islamiste, une destruction du patrimoine archéologique prosélyte, mais en arrière-plan la situation est bien différente.

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Mises à jour en date du dimanche 17-05-2015 au soir : Alors que samedi 16 mai l’Etat Islamique avait pris le contrôle de la majeure partie du nord de Palmyre, les djihadistes semblent avoir été chassés des périphéries nord et Est de Palmyre selon Talal Barazi, gouverneur de Homs, province du centre de la Syrie. L’armée semble avoir repris une série de sites stratégique. Au moins 295 personnes ont péri depuis le début des offensives, mercredi dernier. Palmyre revêt une importance stratégique pour l’EI puisqu’elle ouvre sur le grand désert syrien, limitrophe de la province irakienne d’Al-Anbar, en grande partie déjà contrôlée par ces fondamentalistes sunnites.