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Un (délicieux) court-métrage palestinien en lice pour les Oscars

Terresainte.net
27 janvier 2016
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Après Cannes et de nombreux festivals de cinéma, Ave Maria, le court métrage du réalisateur anglo-palestinien Basel Khalil poursuit sa course. Et quelle course puisque le voilà sélectionné aux Oscars. Pour la première fois, le film a été projeté à Jérusalem.


(Jérusalem – N.H) Le court métrage de Basel Khalil, Ave Maria, a été projeté hier, 26 janvier,  pour la première fois à Jérusalem-Est, au Centre Yabous. Le film de Khalil n’aborde pas le conflit israélo-palestinien, mais choisit de raconter le côté humain du conflit avec beaucoup d’humour et de dérision. C’est le premier film palestinien à être nommé aux Oscars. Le compte à rebours a commencé, avant la remise des prix le 28 février.

Ave Maria est l’histoire d’une « collision » entre une famille de colons juifs et une petite communauté de sœurs carmélites en Cisjordanie. Le début de l’histoire se déroule comme suit : cinq religieuses, ayant fait vœu de silence, vivent dans un couvent isolé au milieu de la Cisjordanie. Un vendredi, en empruntant des raccourcis par des routes palestiniennes, une famille juive a un accident de voiture peu avant la tombée du shabbat. Rentrant dans une statue de la vierge, la voiture tombe en panne à la porte du couvent des carmélites. La famille est paniquée et le secours des sœurs leur devient indispensable en cette zone qu’ils considèrent « hostile ». Obstacle : les sœurs ont fait vœu de silence et les juifs ne peuvent utiliser un téléphone, conformément aux prescription du Shabbat.

Le film montre avec beaucoup d’humour la manière dont les deux parties, initialement méfiantes et hostiles l’une envers l’autre, arrivent à s’associer pour se séparer au plus vite.

« Il est vrai que la situation est souvent sombre et misérable au Moyen-Orient, confie Khalil dans ses entretiens, mais nous les Palestiniens, avons développé un sens de l’humour particulier, semblable à celui des ghettos. » Selon Khalil les gens sont naturellement enclins à choisir une comédie au lieu d’un film politique. 

 « Danger Mines ! » affiche le panneau au bord de la route dès les premières scènes. Le spectateur est mis en garde, il s’embarque dans un récit absurde. « Les sœurs vivent dans les Territoires occupés, mais aussi sous l’occupation des règles de l’ordre, le vœu de silence, dit Khalil. Mais il y a aussi les colons qui sont eux aussi occupés par les règles du Shabbat. Lorsque ces règles sont confrontées, elles se révèlent être de peu d’importance. »  L’absurde s’exprime par ailleurs par la langue choisie, pour un Palestinien c’est frappant: la langue dominante des premières minutes de ce film palestinien est l’hébreu. Quant à l’actrice principale, toute heureuse d’arborer une croix de Jérusalem, elle est musulmane. Il s’agit de Houda al-Imaam, actrice jérusalémite. Elle joue le rôle de la mère supérieure du couvent. « J’ai joué ce rôle avec beaucoup de facilité parce que j’ai fait ma scolarité chez les sœurs de Sion puis à l’école Schmidt à Jérusalem. Raconte-t-elle devant les cameras avant la projection du film. Nous étions témoins de leur vie et de leur belle spiritualité. Nous avons appris naturellement leur mode de vie. »

Dans ce film Hudda al-Imaam représente implicitement la femme jérusalémite. « Nous sommes éduquées, cultivées, et nous parlons plusieurs langues, continue-t-elle. Un grand nombre de filles de Jérusalem vont dans des écoles chrétiennes qui dispensent une éducation de qualité. Je suis heureuse et fière que nous ayons fait le chemin de Cannes jusqu’aux Oscars. »

Khalil, 35 ans, originaire de Nazareth, compare le cinéma palestinien à l’iranien, populaire en Europe. Cependant sur la scène politique, palestiniens et iraniens sont toujours considérés comme fous. « Nous avons appris à trouver notre place, et je pense que de la souffrance émerge une forte narration.  Il est très important pour nous de prouver que nous sommes normaux. Nous avons nos récits où il y a des moments de bonheurs, et d’autres de tristesses comme pour le reste du monde. »

Au final, Ave Maria, ce sont 14 minutes jubilatoires de doux délire sur une situation qui n’en apparaît que plus absurde.

Voir la bande annonce ici.

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