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Haut-Karabakh, une guerre sans fin

Ilaria Romano
3 août 2016
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En dépit d’un cessez-le-feu signé il y a plus de vingt-deux ans dans le Haut-Karabakh, le conflit se ravive périodiquement avec des attaques, des combats et des victimes.


Vingt-deux années se sont écoulées depuis la « fin » de la guerre dans le Haut-Karabakh, mais sur les 160 kilomètres qui font office de ligne de démarcation, des escarmouches ont régulièrement lieu des deux côtés et ont déjà causé la mort de nombreux civils et militaires arméniens et azerbaïdjanais.

Il y a quelques jours, cette région du Caucase faisait de nouveau la Une des journaux après une prise d’otages de plus de deux semaines (celle-ci avait débuté le 17 juillet) dans un commissariat d’Erevan, capitale de l’Arménie. Les insurgés exigeaient la libération de Jiraïr Sefilyan, vétéran de la guerre du Karabakh, arrêté il y a un mois pour transport illégal d’armes et fervent adversaire de tout accord éventuel de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. La tension est brusquement montée d’un cran dans la nuit de vendredi à samedi après des affrontements entre la police et des manifestants soutenant les preneurs d’otages et exigeant la démission du Président Serge Sarkissian.

La situation de crise dans le Haut-Karabakh qui, il y quatre mois connaissait une escalade de violence des plus sanglantes depuis la signature de la trêve de 1994, pèse sur la politique de l’Arménie engagée en faveur de l’indépendance de cette région pourtant située au sein des frontières officielles de l’Azerbaïdjan. Une Arménie qui se trouve aujourd’hui en équilibre entre l’isolement provoqué par la fermeture des frontières avec l’Azerbaïdjan et la Turquie, sa forte dépendance à l’égard de la Russie et les effets de la stagnation économique.

Une situation d’exclusion que les arméniens du Karabakh connaissent bien : cette petite république autoproclamée du Caucase, créée en 1991, n’a été reconnue par aucun Etat et l’Azerbaïdjan tente par tous les moyens de récupérer les territoires perdus et occupés par les milices arméniennes. Après la chute de l’Union Soviétique, ce sont entre vingt mille et trente mille personnes qui ont laissé leur vie dans ce conflit ; un million de personnes se sont quant à elles retrouvées sans abri. La signature de la trêve de 1994 devait être suivie, à court terme, par un accord de paix qui n’a jamais vu le jour, et le Haut-Karabakh avec sept districts voisins presque entièrement peuplées par des Azerbaïdjanais, est ainsi resté sous le contrôle des forces arméniennes soutenues militairement et financièrement par l’Arménie.

Ce territoire d’une superficie de 12 mille kilomètres carrés, compte désormais une population de 120.000 personnes, toutes arméniennes, après l’exode des azerbaïdjanais. Depuis 1992, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) – à travers le Groupe de Minsk – est en charge de la médiation internationale pour une résolution du conflit, mais le processus est bloqué depuis un certain temps. Les parties au conflit, Russie en tête, se servent surtout des négociations pour maintenir le statu quo, fragile et insatisfaisant à long terme, et temporiser. La Russie est depuis longtemps un allié militaire indéfectible de l’Arménie. Le Kremlin est le premier fournisseur d’armes du pays et y possède plusieurs bases militaires. 

De son côté, la population du Haut-Karabakh, à l’exclusion de Stepanakert  – la capitale peuplée de 50.000 habitants – vit principalement d’agriculture et d’élevage, bien que de nombreux jeunes, après deux années de service militaire, choisissent « naturellement » de rejoindre l’armée.

 

Les quelques investissements économiques sont principalement dirigés vers le secteur militaire, mais la guerre, le long de cette frontière, se fait toujours dans les tranchées. Les soldats, pour la plupart à peine sortie de l’adolescence, se relaient aux postes de garde contrôlant un ennemi distant, en certains endroits, de seulement quatre-vingts mètres. Il peut ne rien arriver pendant des heures et des jours, puis, soudainement, un obus de mortier ou le coup de feu d’un tireur d’élite remettent le feu aux poudres.

Chaque famille a au moins un parent qui porte l’uniforme ou qui l’a porté dans le passé entre 1992-1994. Vingt-cinq ans après l’indépendance l’espoir d’une paix est de plus en plus lointain.

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