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Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

Bande de Gaza, la reconstruction en panne sèche

Chiara Cruciati
2 septembre 2016
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Deux ans se sont écoulés depuis les bombardements de l'opération israélienne « Barrière de Protection ». La bande de Gaza se retrouvait dévastée comme jamais auparavant. À ce jour, seulement un quart des maisons ont été reconstruites.


Deux ans se sont écoulés depuis l’opération israélienne « Barrière de Protection », effectuée en représailles aux tirs de roquettes lancés depuis la bande de Gaza vers des habitations israéliennes – ndlr. En 51 jours – du 8 juillet au 26 août 2014 – l’opération dévastait comme jamais auparavant la bande Gaza. Le bilan final était terrible : plus de 2200 morts palestiniens (près de 1500 civils), 72 du côté israélien (dont 66 soldats).

Cependant, même après deux années, l’opération militaire ne laisse pas de répit aux habitants. Il y a quelques jours, dans les décombres du quartier Shajaiya, à l’est de la ville de Gaza, des restes humains étaient retrouvés. C’est un squelette qui a refait surface dans cette zone, l’une des plus dévastées par l’offensive. En effet après des jours de bombardements continus, empêchant l’entrée des secours et de tout journaliste, le quartier de Shajaiya avait été rayé de la carte.

Ce corps nous rappelle que l’opération militaire n’a jamais pris fin. A Gaza, des dizaines de palestiniens sont toujours considérés comme perdus. Nombre d’entre eux sont probablement enfouis sous les décombres, jamais retirées entièrement, d’autres seraient dans les mains des autorités israéliennes. Aucune nouvelle, malgré les demandes répétées d’informations, aucun corps, ni vivant ni mort.

Parmi eux se trouve Noor Omran. Il était âgé de 16 ans et vivait dans al-Qarara, près de Khan Younis, dans le sud de Gaza. Le 23 juillet, il avait pris son vélo pour aller pour voir si la ferme familiale avait été frappée. Il ne savait pas que les troupes israéliennes étaient en train d’envahir cette zone. Il n’est jamais rentré à la maison : la famille a bien retrouvé le vélo, intact, mais aucune trace de Noor. La Croix-Rouge a bien livré à Israël l’ADN du garçon afin de savoir s’il faisait partie des prisonniers vivants ou morts (selon les autorités israéliennes 19 corps de palestiniens tués en 2014 sont encore en leur possession), mais aucune réponse n’a été donnée. Une autre raison et une douleur qui retarde indéfiniment le retour à la normalité.

De cette « normalité », il n’y a rien à Gaza. Si, en avril, les Nations-Unies ont indiqué que 97% des débris avaient été enlevés (souvent avec des milliers de bombes et de missiles non explosés), 14 millions de dollars seraient nécessaires pour terminer le travail. Mais de l’argent, il n’y en a pas : en octobre 2014, la communauté internationale promettait des dons à hauteur de 5,4 milliards de dollars pour la reconstruction de Gaza ; or, à ce jour, moins de 40% de l’argent promis a effectivement été versé.

Moins de 3000 maisons ont été reconstruites sur un total de 12 576 maisons complètement détruites et 6 455 gravement endommagées et inhabitables. A la bureaucratie étouffante, à l’absence des fonds promis par la communauté internationale, s’ajoute le blocus qui empêche l’entrée de ciment et de matériaux de construction en provenance d’Israël. Au printemps, toutes les livraisons étaient bloquées- elles sont bien sur gérées par Israël – au prétexte que les matériaux serviraient à reconstruire les tunnels du Hamas et non pas les maisons des civils.

« Tout est sous le contrôle d’Israël » nous explique J. A., coopérant qui préfère garder l’anonymat. « Israël décide de faire entrer ou pas le ciment et ce sans qu’aucune autorité internationale ne puisse exercer une quelconque pression. Israël est gagnant : les matériaux de construction représentent environ 70% du coût total d’un bâtiment. Avec les tunnels vers l’Egypte aujourd’hui inexistants et le passage de Rafah fermé [entre Gaza et l’Egypte], le ciment ne pénètre que par Israël ».

« Les Gazaouïs sont confrontés à un système complexe et désorganisé : la reconstruction des habitations civiles est confiée aux familles elles-mêmes. A l’exception des réfugiés, pris en charge par l’agence des Nations Unies pour l’aide aux réfugiés palestiniens (UNRWA), mais qui doivent s’inscrire dans un mécanisme bureaucratique complexe créé par l’ONU ».

Ce soi-disant mécanisme pour la reconstruction de Gaza (GRM), prévoit que chaque famille s’enregistre auprès du ministère des Travaux publics pour figurer sur une des listes des donateurs directs (Koweït et Qatar qui ont mis à disposition des fonds spéciaux) : « A partir de là, elle indique le matériel nécessaire, la quantité et la nature et n’a plus qu’à attendre. Attendre que les donateurs honorent leur promesse, attendre qu’Israël veuille bien les transférer aux distributeurs au sein de Gaza ». Une attente qui, pour la plupart de la population Gazaouïe, n’est pas prêt de finir ; chiffres à l’appui : seulement 3 000 maisons ont été reconstruites.

Seule solution, la location que des milliers de familles sont obligées de payer en attendant de reconstruire leurs maisons. « Cela explique le taux élevé d’endettement des familles Gazawies – note J.A. – Elles souscrivent des prêts afin de payer leur loyer ou initier la reconstruction en attendant les dons. Mais souvent, cela ne suffit pas, elles se retrouvent alors avec une maison à moitié reconstruire et plus d’argent pour payer le loyer. Ce n’est pas un hasard si depuis le début de l’année, 35 cas de tentative de suicide et 5 suicides ont été enregistrés, un nombre sans précédent à Gaza ».

Un énorme fardeau surtout si l’on prend en considération les dernières données du Bureau central des statistiques palestinien : le taux de chômage dans la bande de Gaza est de 41,2% chez les hommes et 62% chez les femmes. L’économie s’est effondrée, les usines détruites, les terrains inaccessibles parce situés le long de la frontière qu’Israël a, unilatéralement, déclaré «zone tampon». Pour toutes ces raisons, selon l’ONU, 80% de la population Gazaouïe est dans le besoin d’une aide humanitaire.

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