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Jésus dans l’art israélien une exposition surprenante

Beatrice Guarrera
16 mars 2017
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Jésus dans l’art israélien une exposition surprenante
Adi Nes, né en Israël en 1966, oeuvre sans titre de 1999, ©Petrus Schüler ofm

Au musée d'Israël, jusqu'à 16 avril une exposition montre comment Jésus est représenté chez les artistes israéliens. Où l’on voit l'iconographie chrétienne symboliser parfois le peuple juif, parfois le palestinien.


(Jérusalem) – Jésus représenté par les artistes israéliens (juifs ou arabes): il a le visage d’un juif emmené dans un camp de concentration, il est sur la croix comme un bédouin auquel on a confisqué ses terres, il a le regard d’un enfant palestinien qui va mourir. L’exposition qui se tient jusqu’au 16 avril au Musée d’Israël à Jérusalem, intitulée « Voici l’homme: Jésus dans l’art israélien » (Behold the Man: Jesus in Israeli Art), a de quoi surprendre.

L’image de Jésus sur la croix représente depuis longtemps la plus grande souffrance de l’humanité. Celle d’un homme mort injustement dans d’affreux tourments, homme fils du Créateur, condamné par  ses propres créatures. La gravité de cet événement, qui bouleverse depuis plus de deux mille ans, est arrivée avec le temps à symboliser aussi autre chose, au point d’être utilisée par des artistes israéliens pour représenter la douleur avec la plus grande force d’expression possible. Des artistes juifs l’utilisent depuis le XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui des Israéliens : certaines de leurs œuvres ont été choisies et rassemblées par le conservateur de l’exposition Amitai Mendelsohn. Parmi les auteurs, Maurycy Gottlieb, Marc Chagall, E.M. Lilien, Reuven Rubin, Igael Tumarkin, Moshe Gershuni, Motti Mizrachi, Menashe Kadishman, Michal Na’aman, Adi Nes et Sigalit Landau.

Marc Chagall avec sa célèbre « Crucifixion en jaune » a été l’un des premiers à transformer la crucifixion de Jésus en symbole de la souffrance du peuple juif. Pendant longtemps, les juifs ont considéré la représentation de la croix presque comme un tabou, alors qu’ils avaient été tenus pour être le « peuple déicide ». Au XIXe siècle, la situation a changé. Les illustrations de Ephraim Moses Lilian (Autrichien, 1874-1925)  utilisent très souvent la couronne d’épines, des croix et des images associées à la figure de Marie. Elles veulent symboliser aussi bien la souffrance juive de la diaspora que le rôle du sionisme, qui a conduit à la résurrection de la Terre d’Israël. Le mal de l’holocauste est rappelé dans la série « 6.000.001 » de Moshe Hoffman (Israélien, 1938-1983). Jésus sur la croix, qui ressemble à un juif, est attrapé par le bras par un soldat allemand. Dans d’autres œuvres, les artistes utilisent encore le symbole de la croix: des juifs en ligne face aux camps de concentration forment une croix, ou ces planches de bois cassées à l’intérieur de la clôture d’un camp de concentration.

Reuven Rublin représente lui-aussi Jésus: le sionisme aurait la mission de ramener aux juifs à la vie, tout comme Jésus est ressuscité pour donner la vie à l’humanité. Au contraire, la peinture de Naftali Bezem (Israélien né en Allemgane en 1924) donne un autre sens aux symboles chrétiens. Dans « Courtyard of the Third Temple » (cours du Troisième Temple) Bezem fait référence au massacre de Kafr Kassem en 1956, qui a causé la mort d’environ cinquante Palestiniens. Pour la première fois la figure de Jésus est reprise pour peindre une victime palestinienne.
Igael Tumarkin (israélien né en allemagne en 1933) associe à la crucifixion la souffrance des bédouins, auxquels les terres ont été confisquées, et il réalise ainsi son œuvre en assemblant des lambeaux de vêtements sur une croix en bois. Une femme palestinienne avec un enfant dans les bras est le sujet de la photographie prise dans une prison par Micha Kirshner (Né en Italie en 1947). La référence à la Vierge Marie est claire: la femme souffre, comme Marie, et le destin de l’enfant sera celui de la mort, comme Jésus.

Un dernier repas avec les apôtres en tenue militaire est l’une des dernières œuvres de l’exposition: les soldats israéliens, émissaires d’un pouvoir plus puissant qu’eux, sont les victimes qui pourraient être trahies, tout comme Jésus. 
Cette intéressante exposition du Musée d’Israël montre comment l’iconographie chrétienne est toujours d’actualité, capable de décrire les conflits de notre époque. Du point de vue des artistes, la question n’est pas celle de la foi mais de la force du symbole qui ont un caractère universel et de Jésus dont le charisme les fascine.

Jusqu’au 16 avril au musée d’Israël à Jérusalem.

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