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Israël-Palestine: bataille culturelle à l’Unesco

Christophe Lafontaine
7 juillet 2017
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Israël-Palestine: bataille culturelle à l’Unesco
Le Tonbeau des patriarches dans son environnement: la ville palestinienne d'Hébron ©Lior Mizrahi/Flash90

L’Unesco a déclaré vendredi 7 juillet 2017 la vieille ville de Hébron « zone protégée ». Il y a trois jours l’organe culturel onusien a condamné les pratiques israéliennes à Jérusalem.


A trois jours d’intervalle, Israël a dû essuyer deux revers sur la scène culturelle internationale. Aujourd’hui, le comité du patrimoine mondial de l’Unesco a décidé d’inscrire la vieille ville de Hébron, en Cisjordanie occupée, sur sa liste de patrimoine mondial. Les représentants palestiniens à l’Unesco ont salué le classement du site comme un « succès » de leur diplomatie. Hébron est désormais considérée comme, « zone protégée », en tant que site « d’une valeur universelle exceptionnelle ». Une décision hautement symbolique. Ce sont les Palestiniens qui ont demandé l’inscription de la ville sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité en tant que site palestinien menacé par l’occupation israélienne. Evoquant une montée « alarmante » du vandalisme contre des propriétés palestiniennes dans la vieille ville, qu’ils attribuent aux colons israéliens. En outre, il s’agit aussi pour eux d’alerter la communauté internationale sur la situation locale.

Israël n’a pas manqué de condamner sévèrement le vote de ce jour. L’ambassadeur de l’Etat hébreu auprès de l’Unesco, Carmel Shama-Hacohen, a aussitôt dénoncé « l’un des moments les plus déshonorants» dans l’histoire de l’organisation.  Le Times of Israel, rapporte que l’ambassadeur de l’Etat hébreu aux Nations unies, Danny Danon a quant à lui comparé « cette tentative de séparation des liens entre Israël et Hébron »  à « un étalage hideux de discrimination et un acte d’agression contre le peuple juif ». Pour sa part, le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères, Emmanuel Nahshon, avait assimilé le projet palestinien à une « fake news » accusant l’Autorité palestinienne de prétendre que le tombeau des Patriarches faisait « partie de l’héritage national palestinien » niant ainsi une présence juive de 4000 ans à Hébron. Sur twitter, il a même qualifié cette décision de « souillure morale ».

La ville d’Hébron abrite en son sein le tombeau des Patriarches que les musulmans nomment mosquée d’Ibrahim. Selon les trois traditions monothéistes, les ancêtres bibliques comme Abraham et Sarah, Isaac et Rebecca, Jacob et Lea y sont enterrés. Le vote s’est tenu en secret à l’occasion de la 41e session du Comité du patrimoine mondial de l’Unesco, qui a lieu actuellement à Cracovie, en Pologne. Douze membres du Comité, ont voté pour, six se sont abstenus et trois ont voté contre. Vu l’abstention, la majorité requise était de dix voix. Les Etats-Unis ont dès le début ouvertement soutenu la tentative d’Israël de bloquer la résolution sur Hébron. « De nombreux sites précieux – de la République démocratique du Congo à la Libye, de l’Irak à la Syrie – sont aujourd’hui menacés de destruction réelle et imminente. Ils demandent d’urgence l’attention pleine et immédiate de l’Unesco, qui ne doit pas être gaspillée sur cette sorte d’action symbolique », avait alors écrit l’ambassadrice des Etats-Unis à l’Onu Nikki Haley au secrétaire général de l’Onu, Antonio Guterres, et à la directrice générale de l’Unesco, Irina Bokova.

Nouvelle résolution sur Jérusalem

Plus tôt dans la semaine, mardi 4 juillet, la même commission de l’Unesco a adopté une résolution refusant les revendications israéliennes sur la Vieille Ville de Jérusalem. La résolution fait référence à Israël en le qualifiant de « puissance occupante » à Jérusalem-Est. Le comité soulignant ainsi qu’Israël ne pouvait pas revendiquer de souveraineté sur la ville.  De fait, l’annexion par Israël de Jérusalem Est n’a jamais été reconnue par la communauté internationale. En  mai dernier, le conseil administratif de l’Unesco avait lui aussi adopté une résolution qualifiant Israël de « force occupante ». Pour mémoire, l’Unesco a adopté au total 19 décisions au sujet de Jérusalem, qui reconnaissent toutes le statut historique de la ville tel qu’il était avant l’annexion israélienne en 1967.

La résolution de l’Unesco votée mardi, ajoute l’agence vaticane Fides, invite l’Etat hébreu à suspendre « les fouilles, constructions de tunnels, d’œuvres, projets et autres pratiques » s’appliquant à Jérusalem-Est et surtout à la vieille ville. Cette prise de position de l’organisme dépendant de l’Unesco a été accueillie avec satisfaction par les gouvernements palestinien et jordanien (qui avaient présenté cette résolution) saluant le travail de la diplomatie du Royaume hachémite qui revendique le rôle de gardien des Lieux Saints chrétiens et musulmans de la Ville Sainte.

La résolution précise cependant aussi et c’est une première « l’importance de la vieille ville de Jérusalem et de ses Murailles pour les trois religions monothéistes ». Termes qu’on ne retrouve pas dans les textes antérieurs de l’Unesco au sujet de Jérusalem. Le texte voté mardi ne cite pas non plus le complexe du mont du Temple en utilisant uniquement ses noms musulmans, « Mosquée Al-Aqsa/Al-Haram Al-Sharif », comme le faisait une résolution de 2016, qui le définissait comme « un lieu de culte musulman ». Le texte a été vivement critiqué par les responsables israéliens. Le ministère des Affaires étrangères a répondu en affirmant que la décision ne changeait pas la réalité, à savoir que Jérusalem demeure la capitale du peuple juif.