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COE: l’oecuménisme au chevet des Eglises de Terre Sainte

Christophe Lafontaine
27 novembre 2017
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COE: l’oecuménisme au chevet des Eglises de Terre Sainte
A l'occasion de la réunion de son Comité exécutif à Amman, des représentants du Conseil oecuménique des Églises (COE) ont rencontré le roi de Jordanie le 22 novembre. © Avec l'aimable autorisation du Bureau du Premier Ministre

Dans un communiqué du 22 novembre 2017, le Conseil œcuménique des Eglises (COE) réuni en Jordanie, apporte son soutien aux Eglises en Terre sainte et appelle le gouvernement israélien à leur laisser leur autonomie.


« Avec inquiétude. » C’est ainsi que le Comité exécutif du Conseil œcuménique des Eglises, réuni à Amman du 17 au 23 novembre 2017, déclare – dans un communiqué final –  avoir été sensibilisé sur « les menaces qui pèsent sur les institutions et les propriétés ecclésiastiques » de la ville sainte. Le Patriarche grec-orthodoxe Theophilos III s’est exprimé au nom des Chefs des Eglises de Jérusalem à cette fin. Et, le COE de s’émouvoir plus largement de « la lutte en cours des Eglises de Terre Sainte, (…), pour l’avenir de leurs communautés et de leur témoignage dans [la] région. »

L’organe directeur du COE alerte ainsi sur la menace qui plane sur «  le délicat ensemble historique de relations, de droits et d’obligations compris dans les arrangements du « statu quo » »  qui risque « de déstabiliser davantage la situation à Jérusalem et en Terre Sainte. » Pour rappel, le « statu quo » est ce corps de principes régissant les Lieux Saints dans la Vieille Ville de Jérusalem, mis en place en Terre Sainte afin de faire respecter les croyances des juifs, des chrétiens et des musulmans ; tous prétendant avoir une base historique et religieuse à Jérusalem. Ce « statu quo » participe entre autres à organiser la manière dont les chrétiens vivent aux côtés des juifs et des musulmans à Jérusalem et en Terre Sainte.

Ce qui est précisément en cause, dit le communiqué, c’est « une combinaison de contrats à la légalité contestée, des initiatives de groupes de colons radicaux et des politiques du gouvernement israélien. »  Deux dossiers, épineux et sensibles, en sont l’éloquente cristallisation.

Le premier concerne une décision de justice récente (août 2017) signifiant le caractère valide de la vente en 2004 (avant que Theophilos III ne devienne patriarche) de trois propriétés chrétiennes situées près de la Porte de Jaffa dans la vieille ville de Jérusalem, au cœur du quartier chrétien. Le patriarche Theophilos III, désireux de s’engager dans une procédure d’appel à la Cour suprême, s’est levé contre ce jugement au prétexte que la vente s’est réalisée de manière frauduleuse. Pour mémoire, la transaction controversée s’est effectuée entre l’Eglise grecque-orthodoxe et Ateret Cohanim, une association israélienne qui œuvre pour la colonisation de Jérusalem-Est englobant la vieille ville de Jérusalem. Le Patriarche s’était donc ému de cette décision de justice qui touchait selon lui à l’intégrité de la ville sainte. Au vu de ces développements le COE tient à exprimer aux Eglises chrétiennes « sa solidarité et son soutien aux efforts visant à conserver la propriété des Eglises et le contrôle des biens immobiliers à Jérusalem, notamment les biens actuellement contestés dans le quartier de la Porte de Jaffa. » Ceci au nom de « la survie de la présence chrétienne dans la région. »

Le second dossier, quant à lui, fait référence à un projet de loi (le Bill of Church Lands), en discussion au parlement israélien ourdi par la députée centriste Rachel Azaria (du parti Koulanou) visant à modifier et restreindre les droits des Eglises chrétiennes sur leurs terres. Cette proposition nationaliserait les terres appartenant aux Eglises à Jérusalem-Ouest, dont beaucoup ont été récemment vendues à des entrepreneurs privés. Ainsi peut-on lire dans son communiqué, l’instance œcuménique appelle clairement Israël à retirer le projet de loi qui donnerait à l’Etat hébreu « le pouvoir d’outrepasser les droits historiques des propriétés et des propriétaires ecclésiastiques. » Compromettant « la viabilité à long-terme (…) de la communauté chrétienne. » En plus de provoquer d’importantes secousses politiques dans le contexte local.

 « Troublant et triste »

C’était la première fois depuis sa fondation en 1949 que le Conseil œcuménique des Eglises se réunissait à Amman. Cette communauté d’Eglises représente plus de 550 millions de chrétiens.  « Elle est la plus vaste et la plus inclusive des nombreuses expressions organisées du mouvement œcuménique moderne, dont l’objectif est l’unité des chrétiens » peut-on lire sur son site officiel. Elle rassemble 348 Eglises, dénominations et communautés d’Eglises d’une centaine de pays, comprenant la plupart des Eglises orthodoxes (chalcédoniennes et orientales), un grand nombre d’Eglises anglicanes, baptistes, luthériennes, méthodistes et réformées, ainsi que de nombreuses Eglises indépendantes. A noter que l’Eglise catholique, n’est pas membre du COE, mais a un statut d’observatrice.

Le Comité exécutif du COE a dans son communiqué final salué les actions du Roi Abdallah II de Jordanie pour « ses efforts » tant sur le plan diplomatique que pratique au titre de gardien des lieux saints à la fois pour les chrétiens et les musulmans, à Jérusalem et en Terre Sainte.

Le souverain hachémite avait reçu mercredi 22 novembre une délégation du Conseil œcuménique des Eglises. Au cours de la réunion, le roi Abdallah a alors réitéré, selon l’agence officielle Petra, que les chrétiens arabes font partie intégrante de la région et constituent un élément clé de son identité, affirmant que la protection de leurs droits est le devoir de tous. Le monarque a ajouté que le déclin du nombre de chrétiens à Jérusalem est « troublant et triste », soulignant que Jérusalem « doit toujours être un symbole d’espoir et de paix, et non un symbole de division. »

Le Comité exécutif du Conseil œcuménique des Eglises (COE) s’est réuni à Amman aussi pour « déterminer la voie à suivre en termes d’implication du COE pour la justice et la paix en Palestine et Israël » réfléchissant à la mise en place d’un plan stratégique pour la période 2018-2021 pour le Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et en Israël (EAPPI). Ce programme a commencé en 2002 (après le déclenchement de la seconde Intifada en 2000) et a pour mission d’accompagner les Palestiniens et les Israéliens dans leurs actions non violentes et leurs efforts concertés en vue de la paix.

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