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Une mosaïque de 1500 ans révèle le passé géorgien d’Ashdod

Christophe Lafontaine
30 novembre 2017
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Une mosaïque de 1500 ans révèle le passé géorgien d’Ashdod
Travail de relevé de l'inscription retrouvée sur une mosaïque à Ashdod (Israël) © Anat Rasiuk, Autorité des Antiquités israéliennes

Une mosaïque chrétienne du VIe siècle a été découverte au sud d’Ashdod a annoncé l'Autorité des Antiquités d'Israël, le  jeudi 23 novembre 2017. Le vestige comporte notamment une date du calendrier géorgien. Inédit.


Ce pourrait être le cas le plus ancien d’utilisation du calendrier géorgien attesté en Israël. Et c’est, sans aucun doute, la première preuve d’une présence chrétienne géorgienne sur les rives méditerranéennes de la Terre Sainte à l’époque byzantine. Des archéologues israéliens ont en effet mis à jour une mosaïque (1,60m sur 50cm) très bien conservée du VIème siècle. Ce tapis de tesselles était probablement, à l’époque, une partie du sol d’une église ou peut-être même d’un monastère. La découverte a eu lieu en août dernier lors d’une troisième saison de fouilles dans l’ancienne ville côtière méditerranéenne d’Ashdod-Yam à un kilomètre de la côte, qui est désormais englobée dans la ville moderne d’Ashdod. Mais c’est seulement, la semaine dernière que l’Autorité des Antiquités d’Israël (AAI) en a fait la publicité dans un communiqué publié le 23 novembre.

Ce qui est exceptionnel, c’est que la mosaïque comprend une dédicace commémorative, en grec, extrêmement riche en informations. L’inscription s’étend sur quatre lignes et est dédiée aux constructeurs de l’édifice religieux. Selon le communiqué de l’AAI, l’évêque Procope, le fondateur de l’église, y est mentionné ainsi que l’année de sa construction, selon le calendrier géorgien. « [Par la grâce de Dieu (ou du Christ)], ce travail a été fait depuis la fondation sous Procope, notre évêque le plus saint et le plus sacré, au mois de Dios de la 3ème indiction, année 292 », lit-on. Selon le docteur Léa di Segni, de l’Université hébraïque de Jérusalem, qui a déchiffré l’inscription, la date de construction correspondrait à l’année 539 de l’ère chrétienne. Il s’agit en Terre Sainte de la plus ancienne trace de l’usage de ce calendrier, a-t-elle déclaré. A noter que Jérusalem et ses environs compte également plusieurs établissements géorgiens de l’époque byzantine.

Christianisme primitif

Le chantier des fouilles a été mené par le Dr Alexander Fantalkin du Département d’Archéologie et des Civilisations du Proche-Orient de l’Université de Tel Aviv, en coopération avec le Professeur Angelika Berlejung de l’Université de Leipzig (Allemagne) collaborant avec le Dr Balbina Bäbler de l’université allemande de Göttingen et avec l’Archéologue du district d’Ashkelon de l’Autorité des Antiquités d’Israël, Sa’ar Ganor. Les archéologues croient que le reste de la ville byzantine d’Ashdod-Yam (en français, Ashdod-sur-mer) se trouve sous les dunes de sable de la ville actuelle d’Ashdod. La ville antique a des racines qui remontent à la fin de l’âge de fer. La cité figurait parmi les plus importantes de la côte du pays pendant la période byzantine. L’Autorité des Antiquités d’Israël indique que la ville était connue sous le nom grec d’Azotos Paralios et « couvrait alors une large superficie, et apparaît sur la célèbre carte de Madaba (ndlr : 6ème siècle) avec des bâtiments publics, y compris des églises et une rue bordée de colonnades. » Une photographie aérienne de la période du mandat britannique montre qu’à l’époque, il y avait des restes significatifs dans le voisinage de la mosaïque mise au jour. Selon les chercheurs Fantalkin et Ganor, il est probable que l’ensemble du complexe enseveli sous les sables soit celui représenté sur la carte de la mosaïque de Madaba (Jordanie). Les archéologues espèrent qu’une étude plus approfondie du complexe permettra de mieux comprendre le rôle d’Ashdod-Yam dans l’histoire du christianisme primitif.

« Selon des sources historiques, le célèbre prince géorgien et évêque Pierre l’Ibère (ndlr : c’est-à-dire d’origine géorgienne) a vécu à Ashdod-Yam avant sa mort », précise le Dr Alexander Fantalkin. Mais il n’y avait jusqu’à présent aucune certitude. « Il semblerait, se réjouit le chercheur, que nous avons découvert des preuves réelles de son influence sur la ville byzantine d’Ashdod-Yam.» Pierre l’Ibère (412-491) est connu pour avoir refusé d’accepter le concile de Chalcédoine et pour avoir été nommé évêque de Gaza et de Maiouma.  

Pour l’heure, il faudra passer par l’étape d’une nouvelle levée des fonds.

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Dans la Bible, la ville d’Ashdod (Azotos) apparaît plusieurs fois notamment dans le Premier Livre des Martyrs d’Israël. Il est fait mention de Judas Maccabée, chef juif du IIe siècle av. J.-C. qui était à la tête des forces juives pendant la révolte des Maccabées contre la domination syrienne hellénistique des séleucides. Il attaqua notamment les villes philistines avec un raid sur Ashdod. La cité fut le centre du culte du dieu Dagon et durant la révolte des Maccabées, le temple qui lui était dédié fut détruit avant que la ville ne soit intégrée au nouveau royaume hasmonéen puis à l’Empire romain au Ier  siècle avant notre ère. Le Nouveau Testament fait également mention d’Azot après que le diacre Philippe a baptisé l’eunuque éthiopien dans les Actes des Apôtres. Il est indiqué qu’il poursuivit son chemin jusqu’à Césarée, en évangélisant toutes les villes par lesquelles il passait.

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