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Gaza: le transfert des pouvoirs du Hamas au Fatah ajourné

Christophe Lafontaine
1 décembre 2017
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Gaza: le transfert des pouvoirs du Hamas au Fatah ajourné
Coup de frein pour la passation des pouvoirs du Hamas au Fatah à Gaza ©Abed Rahim Khatib/Flash90

La passation de pouvoir dans la bande de Gaza devait avoir lieu le 1er décembre 2017. Elle est reportée de 10 jours : les deux partis palestiniens, Fatah et Hamas s’accusent mutuellement de manquer à leurs promesses. 


C’était un passage de témoin attendu. Mais à 48h du transfert programmé des pouvoirs, les deux factions palestiniennes, Fatah et Hamas, ont demandé un sursis. On pouvait s’y attendre. Prévue le vendredi 1er décembre 2017, la passation de pouvoir du Hamas au Fatah sera donc finalement reportée de dix jours. Ce renvoi intervient après que les deux frères ennemis se sont mutuellement accusés de ne pas respecter les clauses de l’accord de réconciliation conclu le 12 octobre 2017 au Caire (Egypte). Selon l’AFP, le Fatah (laïc et modéré) qui domine l’Autorité palestinienne, a expliqué que ce délai devait permettre de « finaliser des dispositions afin que la réconciliation puisse être menée à terme », selon un porte-parole à Gaza, Fayez Abou Eita.

Pour bien comprendre, le mouvement islamiste Hamas – considéré comme terroriste par Israël, les Etats-Unis ou l’Union européenne – est censé rétrocéder à l’Autorité palestinienne, internationalement reconnue, les pouvoirs dans la bande de Gaza sur laquelle il règne en maître et sans partage depuis 2007. Ce transfert devait incarner l’accord de réconciliation conclu sous le parrainage de l’Egypte ambitionnant de mettre fin à une dizaine d’années de divisions palestiniennes qui ont provoqué sur le plan humain une grave dégradation des conditions de vie pour les Gazaouis. Sur le plan politique, on aura vu que l’antagonisme des frères ennemis aura durement malmené la cause palestinienne face à l’Etat hébreu.

Problème : le rapprochement visé est au point mort. Malgré la visite d’une délégation égyptienne dans l’enclave palestinienne, ces derniers jours l’acrimonie est montée entre les deux partis rivaux palestiniens. Selon le Fatah,  le Hamas, fort de 25 000 hommes armés et de milliers de roquettes, continue de contrôler de facto la bande de Gaza, refusant de rendre les armes. Un obstacle majeur pour le processus de réconciliation. Pour sa part, le mouvement islamiste reproche à Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, de maintenir les sanctions financières imposées en 2017 pour faire pression sur le Hamas. Notamment en refusant de payer l’électricité fournie aux Gazaouis par Israël. Beaucoup de sujets constituent également de sérieuses pierres d’achoppement. Il faut encore régler la question de la fermeture des frontières, des transferts médicaux, ou des impôts.

Le sort des fonctionnaires

En cause également, et non la moindre : le sort de milliers de fonctionnaires à Gaza. Rappelons-nous : quand le Hamas a bouté l’Autorité palestinienne hors de la bande de Gaza par la force en 2007, le mouvement a installé sa propre administration, recrutant des dizaines de milliers de fonctionnaires. Les dizaines de milliers de fonctionnaires employés jusqu’alors par l’Autorité palestinienne ont continué à être rémunérés par cette dernière, restés sans activité pour la plupart pendant une décennie. C’est là que le bât blesse. Mardi dernier l’Autorité palestinienne a appelé tous ces fonctionnaires à reprendre leur ancien poste. Ce retour a provoqué une levée de boucliers de la part du syndicat de la fonction publique dépendant du Hamas. Ce dernier a indiqué mercredi avoir donné pour instruction à ses délégués de bloquer les employés de l’Autorité palestinienne qui se représenteraient à leur travail. Conséquence immédiate : des dizaines d’employés de l’Autorité se sont retrouvés bloqués aux entrées des ministères des Finances, de la Santé ou de l’Education, ont affirmé des témoins à l’AFP. Le Hamas, c’est simple, veut voir ses fonctionnaires intégrés dans l’administration de l’Autorité. Mais le coût serait exorbitant pour une Autorité palestinienne déjà bien à la peine financièrement.

Dix jours suffiront-ils ?

Ainsi le projet de réconciliation tangue. L’Onu, pourtant, le soutient. Selon l’AFP, l’envoyé spécial de l’instance internationale, Nickolay Mladenov, en visite dans la bande de Gaza, a pressé les parties de poursuivre sur la lancée de l’accord du 12 octobre, « très important »  selon lui. Il a aussi évoqué une nouvelle réunion des groupes palestiniens en décembre en Egypte, et espéré qu’ils «  veilleraient à ce que l’accord du Caire soit appliqué dans les temps. » Dans la bande de Gaza, coincée entre Israël, Egypte et Méditerranée, le retour annoncé de l’Autorité palestinienne a nourri l’espoir de jours meilleurs. Ils sont deux millions de Palestiniens à vivre sur un territoire exigu à l’économie exsangue qui menace selon l’Onu de devenir «  invivable » d’ici à 2020. Les Gazaouis ont connu trois guerres avec Israël depuis 2008. Plus de 40% de la population active est au chômage (56% des jeunes selon la Banque mondiale). Le taux de pauvreté approche 40% et deux tiers des habitants dépendent d’une aide étrangère. La frontière avec l’Egypte est fermée quasiment en permanence depuis des années. Le report du transfert de pouvoirs renforce donc les doutes. Dix jours suffiront-ils à surmonter des différends entre les groupes Fatah et Hamas ? Pas sûr. 

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