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Israël/Palestine: le Pape appelle à une solution négociée

Christophe Lafontaine
11 décembre 2017
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Le contexte à Jérusalem inquiète les Eglises. Hier encore, le Saint-Siège a défendu une solution négociée entre Israéliens et Palestiniens. Le pape des coptes, lui, refuse de rencontrer le vice-président américain.


« Seule une solution négociée entre Israéliens et Palestiniens peut conduire à une paix stable et durable et garantir la coexistence pacifique de deux Etats », a déclaré le Saint-Siège dans un communiqué publié dimanche 10 décembre 2017. Et ce, à l’intérieur de frontières internationalement reconnues. L’Etat pontifical se disant « suivre avec grande attention les développements de la situation au Moyen-Orient, spécialement à Jérusalem.»

Dans ce communiqué, il est indiqué que le Saint-Père rappelle aussi « le caractère singulier » de la Ville sainte et « l’incontournable respect  du statu quo » à Jérusalem. Là aussi, conforme aux délibérations de la Communauté internationale et aux demandes répétées par les Eglises et communautés chrétiennes de Terre Sainte. La position de Rome à ce sujet n’a pas changé d’un iota depuis 1947. Le pape François, en ce sens,  renouvelle les propos tenus lors de l’audience générale du 6 décembre 2017.

Préoccupé par le contexte « particulièrement grave » et les conséquences de la reconnaissance unilatérale par les Etats-Unis de Jérusalem comme capitale d’Israël le 5 décembre dernier (sans toutefois que Donal Trump ne spécifie Jérusalem-Ouest ou pas), le pape a également exprimé sa « douleur » après les récents affrontements en Terre Sainte.

Au quatrième jour de violences et de protestations dans les Territoires palestiniens qui ont coûté la vie à quatre Palestiniens et blessé plus de 1000 personnes, et au regard des manifestations dans plusieurs pays, le pape François a renouvelé son appel à la « sagesse » et à la « prudence de tous. »

Des dizaines de milliers de manifestants sont en effet à nouveau descendus dans la rue dimanche au Moyen-Orient et ailleurs dans le monde pour protester contre la décision controversée. Bien sûr à Bethléem, Ramallah, Gaza. Mais aussi de Rabat (Maroc), en passant par le Caire (Egypte), Istanbul (Turquie) jusqu’en Indonésie ou Afghanistan, et à côté, au Liban voisin.

Le puissant mouvement armé libanais Hezbollah, bête noire d’Israël, a d’ailleurs appelé à une « manifestation massive » dans la banlieue sud de Beyrouth (bastion du parti), lundi 11 décembre 2017, pour dénoncer la décision du président américain.

Dans son communiqué, le Saint-Père dit prier « pour que les responsables des Nations s’engagent, en ce moment particulièrement grave, à conjurer une nouvelle spirale des violence, en répondant, par les paroles et par les actes, aux aspirations à la paix, à la justice, et à la sécurité des populations. » Il s’est par ailleurs déclaré sensible aux préoccupations pour les perspectives de paix exprimées par la Ligue arabe ou l’Organisation pour la Coopération islamique.

A Paris, le président français Emmanuel Macron a reçu Benjamin Netanyahu, le Premier ministre israélien et l’a appelé à des « gestes courageux envers les Palestiniens pour sortir de l’impasse actuelle », tout en condamnant « toutes les formes d’attaque contre Israël ». Mais le Premier ministre israélien s’est montré ferme : « Jérusalem est la capitale d’Israël […] Au plus tôt les Palestiniens arriveront à comprendre cette réalité, au plus vite nous irons vers la paix. » Benjamin Netanyahu était attendu lundi à Bruxelles pour des entretiens avec les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne et avec le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker.

Remous chez les autorités chrétiennes et musulmanes

A l’instar du président de l’Autorité palestinienne qui a refusé de recevoir le vice-président américain Mike Pence lors de sa prochaine visite ce mois-ci au Proche-Orient, le grand imam d’al-Azhar au Caire (Egypte) – la plus haute autorité universitaire de l’Islam sunnite basée au Caire -, a pris la même décision alors qu’il avait accepté de rencontrer le vice Président américain le 20 Décembre. Le lendemain, c’est le patriarche copte orthodoxe, Tawadros II, qui leur a emboîté le pas en signe de protestation, a rapporté samedi dernier l’agence de presse égyptienne Mena. La décision annoncée mercredi par le président Donald Trump « a fait fi des sentiments de millions d’Arabes », a jugé l’Eglise dans un communiqué. Les coptes représentent près de 10% des 93 millions d’Egyptiens, dans un pays où les musulmans sont majoritaires.

Aram I, Catholicos arménien de la Grande Maison de Cilicie, au cours de l’Assemblée générale du Catholicossat, qui a eu lieu ces jours derniers à Antélias, au Liban a souligné, rapporte Fides, la nécessité de respecter les droits légitimes des Palestiniens et de protéger les prérogatives que le Judaïsme, le Christianisme et l’islam exercent dans la Ville Sainte. L’agence vaticane indique aussi que le Patriarche de Babylone des Chaldéens, Mgr Louis Raphaël I Sako, a rappelé dans un message que « le devoir des Etats-Unis d’Amérique, en tant que superpuissance, est de favoriser la paix, la justice et la prospérité dans le monde entier et non pas celui de susciter des controverses et des conflits. » Le Patriarche d’Antioche des grecs melkites, Mgr Joseph Absi, quant à lui, dans une conversation avec l’Ambassadeur de Palestine à Beyrouth, a voulu confirmer – fait savoir l’agence vaticane – son soutien et celui de l’Eglise melkite aux droits du peuple palestinien et son net rejet de la décision américaine de transférer son ambassade à Jérusalem.

« Tout un évangile à prêcher aussi dans le domaine sociopolitique » (P. Neuhaus)

Au micro de Radio Vatican lundi 11 décembre, le père David Neuhaus, professeur à l’Université de Bethléem, ancien vicaire patriarcal pour les catholiques de langue hébréophone, expliquent que les « Israéliens sont contents même s’ils ont des doutes sur le prix qu’ils doivent payer […]. Les Palestiniens sont désespérés. » Il a par ailleurs condamné le « manque de responsabilité quant aux conséquences » de la part de Donald Trump : « l’éclat de violence, la perte de vies, les blessés », détaille-t-il en évoquant aussi à l’aube de Noël les répercussions « très graves » sur le secteur du tourisme, notamment à Bethléem.

Interrogé sur le rôle qui incombe à l’Eglise locale au vu des développements de ces derniers jours à Jérusalem, le père David Neuhaus a confirmé que la mission restait la même pour les chrétiens. A savoir, être des ferments d’unité dans la société et appelés à être des ponts. Certes, « nous n’avons pas le pouvoir politique, nous sommes trop minoritaires, dit-il, nous n’avons pas le pouvoir économique parce que nous sommes totalement marginalisés, nous n’avons pas un pouvoir social. » « Mais, déclare le père jésuite, juif devenu catholique,  nous avons le pouvoir de la parole. Et cette parole va être dite clairement et fortement : nous aimons tout le monde, nous sommes à côté de ceux qui souffrent le plus. Et pour cela nous devons dire une parole de vérité : c’est-à-dire que nous sommes dans la pleine reconnaissance du lien que les juifs ont avec cette terre avec la ville de Jérusalem. Nous ne le nions pas mais en même temps nous trouvons nécessaire de souligner aujourd’hui  un des droits du peuple palestinien et bien sûr le respect du lien que les chrétiens et les musulmans ont avec cette terre et cette ville sainte. »

Et le père Neuhaus de conclure sur les ondes de la radio vaticane que les chrétiens doivent continuer de parler des valeurs évangéliques de justice et de paix mais aussi de réconciliation et de pardon. Une parole « très importante car les blessures sont profondes et le soupçon mutuel domine. »  « Nous devons, ajoute-t-il in fine, regarder très clairement cet homme juif palestinien qui est sur la Croix quand il dit ’pardonne-leur parce qu’ils  ne savent pas ce qu’ils font’,  et là nous avons tout un évangile à prêcher aussi dans le domaine sociopolitique ici dans notre pays et nous devons nous aussi être courageux pour être témoin de ces valeurs-là. »

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